• Le circuit d’approvisionnement fortement perturbé
• L’aliment bétail de plus en plus cher
• Entre 50.000 et 300.000 pour un animal
Tabaski et le prix du mouton au Burkina Faso ! Chaque année, l’équation se pose pour les musulmans autour de cette fête commémorant la soumission d’Abraham (Ibrahim) à Dieu par l’immolation d’un bélier (ou un autre animal). Une équation pour ceux qui veulent sacrifier l’animal, autant que pour ceux qui en disposent et veulent vendre. L’année 2026 ne semble pas vouloir faire exception.

« J’ai voulu payer le mouton aujourd’hui, car si je dépose l’argent, je pourrais l’utiliser pour autre chose. Mais les prix sont élevés. Le gabarit que je prenais à 75-80.000 FCFA, on me dit d’amener 125.000 FCFA ». O.A. a voulu se retirer l’épine du pied dans la matinée du 13 mai 2026, en effectuant le déplacement au marché de bétail de la Commune rurale de Pabré, dans la région du Kadiogo, à une dizaine de jours de la fête. Mais il a dû rebrousser chemin, après une dizaine de km, car sa bourse n’était pas à la hauteur du prix des animaux. Et pour ceux qui proposent les animaux sur le site et qui sont pratiquement tous des revendeurs, les animaux sont de plus en plus rares et coûtent davantage plus cher. A les écouter, ils ne cherchent même pas plus de 5.000 FCFA de bénéfice par tête.
Le marché de Kamboinsin, dans l’Arrondissement 09 de Ouagadougou, a la particularité d’être un marché de quartier. Avec au moins 100 personnes sédentaires qui y tirent leur pitance quotidienne, il est alimenté par les villages dans un rayon de moins de 100 km et les animaux y sont convoyés généralement par moto et chaque convoyeur ne peut qu’en envoyer tout au plus 05. Autre signe distinctif de ce marché, on y retrouve la race locale presque dans tous les hangars. Sur la supposée cherté des animaux, il y a une seule explication sur les lieux : le coût de l’aliment bétail. « Le sac de 50 kg de tourteau de coton vendu autrefois à 3.000 FCFA est passé à 17.500 FCFA. Le sac de son de blé qu’on prenait à 3.000 FCFA il y a moins de deux mois est désormais à 5.000FCFA. Le sac de coques de haricot coûte 6.000 FCFA au lieu de 1.500 FCFA. Même le plat de son de maïs est passé de 100 à 250 FCFA. Peut-on nourrir des animaux avec autant de ressources sans que cela ne rejaillisse sur leur prix de vente ? », interroge Tenoaga Jean Baptiste Ouédraogo, responsable du site.
« Le circuit d’approvisionnement a complètement changé. Aujourd’hui, les animaux quittent le Niger, passent par le Nigeria, rentrent au Bénin avant de passer par Cinkansé pour arriver à Ouagadougou. Pour ceux qui viennent des zones comme Dori, il faut attendre les convois qui peuvent parfois mettre deux semaines entre le jour d’achat de l’animal et le départ vers Ouagadougou, occasionnant ainsi des frais supplémentaires pour leur entretien. L’alimentation coûte de plus en plus cher. Voici les facteurs qui rendent le coût des animaux élevé », renchérit Daouda Tenkodogo, président adjoint des commerçants de bétail du marché de Tanghin, dans l’Arrondissement 4.

Dans ce marché de bétail qui compte plus de 300 occupants permanents, la taille et le circuit d’approvisionnement rendent la réalité beaucoup plus complexe. Malgré toutes ces difficultés, ils pensent qu’il faut même relativiser quand on parle de l’augmentation des prix. On peut toujours avoir un bélier respectant les conditions pour être sacrifié quand on est dans la fourchette de 50.000 à 300.000 FCFA, seulement, le gabarit de l’animal ne sera pas le même que pour les années antérieures. Voilà donc qui peut rassurer un tant soit peu ceux qui sont dans le besoin et qui n’ont pas encore envahi les marchés pour leurs emplettes. « On n’est pas encore dans la fièvre de la fête. Actuellement, on peut passer la journée sans que personne vienne acheter un animal », se plaint le responsable du marché de Kamboinsin. Et son homologue de Tanghin de préciser que : « Dans les habitudes, les Ouagalais ne payent leurs moutons que dans les trois derniers jours avant la fête, car ils n’ont pas souvent un coin pour les garder, mais surtout ils veulent ainsi éviter des coûts supplémentaires ».
Dans le communiqué interministériel datant du 8 mai 2026, interdisant l’exportation du bétail animaux jusqu’a nouvel ordre, afin d’« assurer la disponibilité du bétail sur le marché national », ces acteurs se sont refusés à tout commentaire. Tenoaga Jean Baptiste Ouédraogo reste convaincu qu’ « on ne fixe pas le prix de vente en fonction de la disponibilité du produit mais en fonction de son coût de production». Comme quoi, l’accessibilité n’est pas seulement liée à la disponibilité.
Moumouni SIMPORE




