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Dr Constantin Dabiré, PDG de la SA2IF « Nous sommes sur plusieurs opérations … et cela nous permet de consolider »

Le Forum international de la presse économique a eu lieu les 24 et 25 juin 26 à Dakar, au Sénégal. Cet évènement inaugural, organisé par la Plateforme des médias de l’UEMOA, était placé sous le thème évocateur « Innover pour l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest ». Acteurs économiques, journalistes, étudiants étaient réunis autour de l’objectif de favoriser une meilleure circulation de l’information économique, tout en renforçant la visibilité et l’attractivité de l’Afrique de l’Ouest auprès des investisseurs internationaux.

Dr Constatin Dabiré, PDG de la Société africaine d’intermédiation et d’ingénierie financière (SA2IF, a pris part à un panel sur les nouveaux financements alternatifs. L’Economiste du Faso lui a tendu son micro. Il revient sur les financements alternatifs et fait le point du dynamisme du marché financier régional et du rôle des médias économiques.

L’Economiste du Faso : Vous avez participé au forum d’adresse économique de l’UMOA et vous nous avez parlé de l’autorisation des soucoupes. C’est une source de financement pour laquelle, souvent, nos Etats adhèrent. Pensez-vous que c’est un impératif ou un choix pour ces Etats-là d’y aller ?

Dr Constantin Dabiré, PDG de la SA2IF : Je vous remercie pour cette occasion que me donne L’Economiste Du Faso de pouvoir m’exprimer sur cette thématique. Je saisis également l’occasion pour remercier le fondateur de votre média. Je pense qu’il était à l’origine de l’invitation de la SA2IF à ce premier Forum international de la presse économique de l’Afrique de l’Ouest au cours duquel de grands débats ont été faits et parmi lesquels nous avons eu effectivement un panel spécifiquement dédié aux instruments de financement alternatifs. Je dirais que ces instruments de financement alternatifs et innovants, bien sûr, tels que les Sukuk, la Titrisation, les financements durables, et j’irai très loin pour parler des partenariats publics-privés, des produits dérivés qui sont en cours de réflexion au niveau de la BRVM, sans oublier le marché des matières premières, sont des instruments, des modalités de financement existants ailleurs dans le monde entier et qui sont en train d’être introduits progressivement dans notre zone pour pouvoir diversifier les sources de financement, pour diversifier le nombre d’investisseurs institutionnels, pour approfondir la liquidité du marché financier régional.

Vu sous cet angle-là, je dirais que ces instruments de financement alternatifs sont à la fois une complémentarité aux sources de financement classiques existantes, mais aussi quelque part, un impératif, dans la mesure où ces instruments permettent d’apporter des financements supplémentaires dans nos Etats, nos entreprises, nos économies.

D’accord, vous avez cité beaucoup de financements alternatifs, lesquels, selon vous, sont les plus adaptés pour votre marché au niveau de l’UEMOA?

Merci, est-ce qu’on peut vraiment dire lesquels de ces financements sont plus adaptés au marché financier régional ? Je dirais que tous ces financements que nous avons cités, c’est-à-dire les Sukuk, la titrisation, les financements durables, même comme je l’ai dit, moi je vais au-delà, les partenariats publics-privés, les produits dérivés, le marché des matières premières, qui permettent donc de mobiliser les financements, de les diversifier, sont tous indispensables. Maintenant, au cas par cas, on devrait faire des analyses pour voir les bienfondés de ces sources.

Je vais prendre un exemple. Lorsque nous prenons un peu la technique de titrisation qui consiste en réalité à mobiliser de la ressource financière à travers l’émission de titres obligataires adossés sur ce qu’on appelle un sous-jacent qui est soit des créances financières ou commerciales existantes, soit des engagements futurs en mesure de générer des ressources, soit des subventions. Ce qui est important, c’est de s’assurer que ce montage financier qui sera fait est compatible avec le cadre juridique existant.

Il va falloir d’abord s’assurer qu’il existe un cadre juridique règlementaire approprié et s’assurer que l’opération telle qu’elle sera montée répond à ce cadre. Ensuite, il faut s’assurer que la dette qui sera levée est soutenable sur le plan budgétaire et il faut s’assurer également de la capacité justement de l’émetteur de pouvoir rembourser sa dette. Il n’y a pas beaucoup de verrous, mais il y a des diligences à faire pour s’assurer effectivement que ces financements sont justifiés. Et pour finir, il faut s’assurer que le coût de sortie de l’opération est aussi compétitif que les financements classiques.

Voici un cas concret. Au niveau des Sukuk également, il va falloir faire des diligences pour pouvoir justifier la nécessité effective de conduire des mètres de soucoupes qui sont adossés sur des immobilisations existantes, des infrastructures existantes. Ce qui revient dans ce cas précis à évaluer ces infrastructures, évaluer leurs valeurs et évaluer la capacité de ces infrastructures à pouvoir générer des flux de revenus, lesquels vont servir à rembourser le service de la dette qui est adossée et liée à ce Sukuk. Et une fois de plus, ce faisant, il sera nécessaire de voir le cadre juridique, de voir la compatibilité du cadre juridique et de faire d’autres diligences.

Et pour moi, c’est à travers ce type de raisonnement qu’on pourrait apprécier au cas par cas de la justification et de l’utilisation de chacun de ces instruments pris individuellement, en vue de lever des ressources, de diversifier les sources de financement et de diversifier la palette des investisseurs institutionnels.

D’accord, si je vous comprends, c’est plus facile d’adosser un Sukuk à un PPP, par exemple ?

Tout dépend. Pour moi, le partenariat public-privé peut être une source de financement alternative. Le Sukuk en lui-même est une source de financement alternatif. Mais c’est vrai que sur une opération montée à partenariat public-privé, on peut lever des ressources sous forme de Sukuk pour pouvoir réaliser des projets d’investissement liés au PPP. Oui, là, c’est faisable et c’est complémentaire.

De votre point de vue, comment se comporte le marché financier régional, dans quelle dynamique se positionne-t-il ?

Votre question est pertinente. C’est vrai que nous sommes sur un marché financier qui, selon moi, reste encore embryonnaire, comparativement aux principaux marchés financiers à l’échelle mondiale. C’est normal. D’ailleurs, la part de l’Afrique dans les marchés financiers est assez marginale. Mais lorsque nous regardons spécifiquement le cas de notre zone, nous avons déjà, il faut le dire, deux compartiments. On a un peu le compartiment en termes de marché financier, nous avons le compartiment, aujourd’hui, des titres publics, notamment régi par la BCEAO, par UMOA-Titres, et nous avons le compartiment classique de la BRVM.

Lorsque nous revenons sur le compartiment du marché des titres publics, aujourd’hui, je crois savoir que ce compartiment connaît une histoire incroyable depuis ces dernières années, où un État comme le Burkina a pu mobiliser plus de 1.000 milliards l’année passée. Et lorsque nous regardons les encours sur ce compartiment du marché des titres publics, ils sont très élevés, ce qui justifie, selon moi, la dynamique de ce marché. Et d’ailleurs, ce marché est très dynamique. Nous voyons pratiquement, toutes les semaines, les montants qui sont élevés, qui sont mobilisés par les États. Nous voyons également l’évolution de la règlementation de ce marché. Nous voyons les différents instruments qui sont mis à la disposition de ce marché pour faciliter l’arrivée des ressources.

Aujourd’hui, nous avons des instruments à 12 mois, 3 ans, 5 ans, 7 ans sur ce marché. Et je crois que cela est une avancée notoire pour un État, qu’un État puisse mobiliser au moins des ressources sur une maturité de 7 ans pratiquement toutes les deux semaines, toutes les semaines, pour faire face à ses besoins. Donc, je dirais que le marché des titres publics de la zone Umoa est très dynamique et est en plein essor. Il a connu plusieurs mutations et continue de connaître des mutations. Quand je reviens également sur le compartiment de la BRVM, je dirais qu’à ce niveau également, ce compartiment connaît un nouveau dynamisme depuis ces cinq dernières années, avec une diversification des instruments dont nous avons parlé, dont les produits de titrisation, les produits liés à la finance durable. Et depuis un certain temps, nous avons le compartiment des matières premières qui a été mis en place et nous avons des réflexions également sur les produits dérivés.

Donc, ce compartiment également est en train de connaître une certaine dynamique et on voit également que le niveau de capitalisation va croissant d’année en année sur ce compartiment. Et nous voyons qu’aujourd’hui, la BRVM est une place financière incontournable en Afrique. Elle occupe une très belle position et elle est dans une logique de conduire des réformes qui vont rendre encore ce marché plus dynamique, plus profond, plus liquide.

Ceci dit, je crois bien que nos marchés financiers en Afrique sont en pleine expansion, en pleine croissance. Et dans les années à venir, je crois que ces marchés seront le tremplin de la mobilisation des ressources, tant pour les États que pour les entreprises.

Donc, à partir de ce constat-là, vous en tant que premier responsable de la SA2IF, comment vous vous positionnez justement par rapport à ce marché en pleine expansion ?

En tant qu’intermédiaire boursier, effectivement, nous participons aux activités du marché à travers les mandats que nous recevons de nos partenaires, de nos clients qui sont soit des entreprises, soit des États, des entreprises privées et parapubliques et pour lesquelles nous parvenons à lever des ressources, notamment sur le marché primaire, que ce soit au niveau du compartiment du marché d’études publiques où, pratiquement toute la semaine, nous y sommes avec des clients, ou sur le marché du compartiment de la BRVM sur lequel également nous intervenons sur les émissions primaires pour le compte de nos clients mais également sur le marché secondaire pour les transactions. Cela veut dire que nous jouons un rôle à l’image de toutes les sociétés de gestion et d’intermédiation que je salue au passage sur ce marché en tant qu’intermédiaire entre les agents à besoin de capitaux et les agents à excédent de capitaux.

On a aussi vu que vous avez ouvert un bureau à l’échelle internationale pour être un peu plus proche des investisseurs. Peut-on dire que la SA2F est actuellement en pleine expansion sur le marché régional ?

Oui, c’est vrai, vous avez tout à fait raison. La SA2F est en pleine expansion sur le marché financier régional. L’année passée, elle a ouvert, effectivement, à Abidjan, une représentation qui, je dirais, est assez dynamique. Cela vise à être plus près des investisseurs de la sous-région, à être plus près également de la Bourse. Nous savons qu’aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est une plateforme tournante, je dirais incontournable de la finance de la sous-région. Étant donné que le siège de la BRVM se trouve dans cette ville, ainsi que le siège de l’Autorité des marchés financiers, pratiquement toutes les SGI essayent d’y ouvrir des représentations pour être plus proches des acteurs.

Mais je tiens à rappeler que même notre essor, nous l’avons fait au Burkina. Et je profite de cette occasion pour remercier nos partenaires burkinabè, pour remercier les autorités burkinabè, les entreprises burkinabè qui n’ont cessé de faire confiance à la SA2IF, qui continuent à faire confiance à la SA2IF. C’est aussi l’occasion pour saluer tous les partenaires de la SA2IF qui relèvent de différents pays de l’UMOA et les partenaires de la SA2IF qui sont également en Côte d’Ivoire et qui continuent de faire confiance à la SA2F.

Effectivement, la SA2IF a dirigé un appel public à l’Épargne qui est un grand succès. Après cela, avez-vous repensé à utiliser ou à aider l’État justement dans la mobilisation de l’épargne en plus ?

Oui, mais il faut dire qu’au-delà de cette opération dont vous parlez, nous sommes toujours, comme la plupart des SGI, en contact permanent avec les différents États de l’UMOA, avec qui nous sommes en partenariat, avec qui nous travaillons sur des sujets bien donnés, aussi bien sur le comportement monétaire que sur le comportement financier. Et à ce sujet, au-delà de l’opération dont vous parlez, nous avons participé à plusieurs opérations, que ce soit au Burkina, que ce soit en Côte d’Ivoire, que ce soit au Togo, tant publiques que privées, en tant que cochefs de file ou souvent dans les syndicats de déplacement.

Donc, c’est dire qu’effectivement, au-delà de cette première opération qui a permis à la SA2IF de se positionner, nous sommes sur plusieurs opérations avec plusieurs partenaires et cela nous permet de consolider au jour le jour nos acquis et nous profitons de votre plateau, de cette opportunité pour dire merci à tous ceux qui font confiance à la SA2IF. 

On sent quand même que la SA2F a un regard vers les journalistes et la presse économique. Actuellement, dans votre secteur d’activité, qu’est-ce que vous attendez de la presse économique dans votre région et spécifiquement des journalistes économiques ?

Ok, je vous remercie pour votre question qui est très pertinente et je voudrais remercier les journalistes économiques africains de l’UEMOA, et surtout cette association qui a organisé aujourd’hui, ce Forum international de la presse économique qui, selon moi, a connu un très bel succès. Ce faisant, je dirais qu’aujourd’hui, la presse, les journalistes économiques ont un rôle fondamental à jouer dans la diffusion de l’information comptable financière. D’ailleurs, lorsque nous regardons aujourd’hui les normes comptables internationales, qui sont des normes standards s’appliquant dans la plupart des pays, qui sont en train de venir progressivement dans nos pays africains, nous voyons que l’information financière comptable a un rôle fondamental.

Et la communication de cette information dans un souci de transparence est assez importante. Ce faisant, les journalistes deviennent un courant de transmission, un canal de diffusion de l’information, un canal de transmission de cette information. Au-delà, je dirais même que les journalistes économiques deviennent un vecteur par lequel on peut sensibiliser la population, on peut sensibiliser les ménages, on peut faire de l’éducation financière.

Je vous suis depuis un certain temps, je vois comment vous participez à des évènements en lien avec la finance, la bourse. Je suis convaincu qu’aujourd’hui, sans vous demander de faire de l’éducation financière, vous serez en mesure de le faire, à force de participer à tous ces évènements. Donc, c’est l’occasion de remercier tous ces journalistes qui participent à ces évènements, qui organisent ces évènements qui commencent à prendre de l’ampleur dans la compréhension des phénomènes économiques et dans leur diffusion à travers les différents médias.

Entretien réalisé par ESS

De PDG à chercheur et écrivain

Merci beaucoup, merci pour ces mots. En plus d’être PDG de la SA2IF, vous êtes aussi chercheur, vous publiez des livres, et l’un des derniers porte sur le partenariat public-privé.  Pouvez-vous nous dire des mots là-dessus ?

Ah, je ne savais pas que vous me suivez de près. Oui, c’est vrai que dans une vie passée, j’ai fait beaucoup de recherches, j’ai publié beaucoup d’articles scientifiques, j’ai publié beaucoup d’ouvrages. Je continue à faire encore des recherches. D’ailleurs, je vous dirais que nous avons publié, avec le Fagace, dans un ouvrage collectif, un article qui porte sur le financement des infrastructures et les fonds de garantie.

Ceci dit, mon dernier ouvrage, qui porte sur le financement et la gouvernance des infrastructures via les partenariats publics et privés, essaie de montrer en quoi les partenariats publics et privés sont une source alternative de financement qui permet aux États, dans un contexte de raréfaction de ressources, de pouvoir nouer des partenariats avec le secteur privé, à même de lever des ressources importantes pour financer des infrastructures d’utilité publique, d’intérêt public, pour permettre aux États d’atteindre leurs objectifs en termes de réalisation des infrastructures. Cet ouvrage fait une analyse de l’environnement africain, je dirais même sud-africain, des partenariats publics et privés, des infrastructures, et démontre les facteurs clés de réussite des infrastructures dans un contexte africain. Il met en relief la gouvernance et le financement et démontre que sans gouvernance, il ne peut y avoir de financement efficace.

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