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Conférence internationale de la BCEAO: la Banque centrale s’ouvre aux opportunités des crypto-actifs

• Et aux défis pour la stabilité monétaire et financière

• Une réflexion qui a réuni des Gouverneurs de Banques centrales

• Des institutions financières internationales, des experts de la FinTech et des chercheurs

Dakar, la capitale sénégalaise, a abrité, le 8 mai 2026, ce qui peut être considéré comme un tournant décisif dans le système financier, bancaire et d’intermédiation, de la régulation de l’UEMOA. Et pour peu. Le gotha bancaire : les Gouverneurs de Banques centrales africaines et leurs représentants (BEAC, Botswana, Comores, Ile Maurice, Kenya, Mozambique, Nigeria, RD Congo, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe, Sierra Leone, Tunisie), ainsi que des Banques centrales partenaires hors du continent ; des représentants d’institutions financières internationales, au premier rang desquelles figurent le FMI, la Banque mondiale (BM), la Commission de l’UEMOA, la BRI et le GAFI, des dirigeants d’institutions financières régionales, notamment la BOAD, l’Agence UMOA-Titres, et l’Autorité des marchés financiers de l’UMOA (AMF-UMOA), des experts reconnus dans le domaine des technologies financières, de la cybersécurité, de la blockchain et de la régulation des crypto-actifs, issus d’autorités de supervision, d’entreprises spécialisées et de centres de recherche ; des chercheurs universitaires spécialisés dans les innovations monétaires, la stabilité financière et l’économie numérique étaient réunis dans un seul endroit.

Cheikh Diba, ministre des Finances et du Budget du Sénégal, durant son allocution d’ouverture des travaux. (Ph BCEAO/Dakar)

Invités par la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, avec en tête son Gouverneur, Jean-Claude Kassi Brou, à la Conférence internationale sur les crypto-actifs et innovations numériques : opportunités et défis pour la stabilité monétaire et financière. Cette rencontre s’inscrit dans la dynamique d’échanges sur les politiques d’innovation technologique et financière, les expériences de régulation et les mécanismes de prévention des risques émergents liés à la digitalisation. Dynamique engagée par la BCEAO qui en est à sa 3e Conférence internationale.

Le choix de ce thème est voulu.  « Dans la zone UEMOA, la BCEAO a engagé plusieurs initiatives pour promouvoir l’innovation digitale tout en préservant la stabilité du système financier. La mise en place de la Plateforme interopérable du Système de paiement instantané (PI-SPI), la création du Comité chargé de l’élaboration de la règlementation relative aux crypto-monnaies dans l’UMOA (C-CRYPTO) et les réflexions en cours relatives à l’émission d’une monnaie digitale de Banque centrale par la BCEAO traduisent cette volonté d’accompagner la transformation digitale dans un cadre sécurisé et harmonisé. Ces différentes initiatives témoignent de la nécessité, pour les Banques centrales africaines, d’adapter leurs cadres prudentiels, règlementaires et technologiques, afin de préserver la confiance et la stabilité financière, tout en saisissant les opportunités offertes par la digitalisation », a expliqué le gouverneur de la Banque centrale, lors de son discours d’accueil des invités.

« Le monde traverse une transformation profonde, rapide et irréversible, portée par les avancées technologiques et l’essor de l’économie numérique. Cette mutation redéfinit les mécanismes de production et d’échanges. Dans ce nouvel environnement, les crypto-actifs et les innovations numériques s’imposent progressivement comme des composantes majeures du système financier international, redessinant les contours de la souveraineté monétaire et de l’intermédiation financière », a, pour sa part, déclaré Cheikh Diba, ministre des Finances et du Budget du Sénégal, dans son allocution d’ouverture des travaux.

Des dirigeants d’institutions financières régionales, des experts reconnus dans le domaine des technologies financières, de la cybersécurité, de la blockchain et de la régulation des crypto-actifs, issus d’autorités de supervision, d’entreprises spécialisées et de centres de recherche ; des chercheurs universitaires spécialisés dans les innovations monétaires étaient aussi présents à cette Conférence internationale.

L’objectif général de la Conférence, selon la BCEAO,  est de renforcer la compréhension des enjeux économiques, monétaires, prudentiels et technologiques liés à l’essor des innovations digitales et des crypto-actifs. Elle doit offrir une plateforme d’échanges de haut niveau pour analyser leurs impacts sur les systèmes financiers africains et identifier les politiques publiques et les dispositifs institutionnels nécessaires au maintien de la stabilité et de la résilience du secteur financier, dans un environnement en mutation rapide. Elle entend également mettre en lumière les mesures à prendre pour tirer pleinement parti des opportunités offertes par ces innovations, tout en maîtrisant les risques potentiels.

Pourquoi ce sujet est central pour la BCEAO et I’UEMOA ?

A cette question, c’est Bertrand Milot, Président et cofondateur de Bradley & Rollins, chercheur associé à la Chaire de recherche du Canada en cybersécurité de l’Université de Montréal qui y a répondu. Selon lui, l’UEMOA n’observe plus la transformation numérique à distance, elle la vit déjà Les services financiers numériques ont atteint une profondeur qui oblige à penser l’interopérabilité, la supervision, la résilience opérationnelle et la protection des usagers à l’échelle régionale.  « Le sujet n’est plus faut-il y aller ? Pour lui, il est désormais : comment gouverner cette transformation ? »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Il y a 248 millions de comptes de monnaie électronique en circulation dans l’espace UEMOA en 2024, 1,59 million de points de service actifs (réseau de distribution régional de proximité).  L’Afrique subsaharienne, en particulier, affiche une croissance d’environ 52% sur un an de la valeur on-chain reçue, confirmant que la région est pleinement entrée dans la dynamique mondiale. Ainsi, on retiendra 3 données : 2,51 trillions de dollars de capitalisation crypto-mondiale, 312 milliards de dollars US de Stablecoins en circulation et 205 milliards en termes de valeur on-chain Afrique sub (reçus en 12 mois, de juillet 2024 à juin 2025 ».

Ces évolutions constituent indéniablement des leviers puissants de modernisation. Elles offrent des perspectives significatives en matière d’amélioration et de l’efficience des paiements, de stimulation et de l’innovation et d’inclusion financière. Toutefois, « elles s’accompagnent également de risques et de vulnérabilités qu’il convient d’appréhender avec rigueur et précision. Dès lors, une vigilance accrue s’impose, notamment, au regard de la forte volatilité des crypto-actifs et de leur dimension transfrontalière, ainsi que des enjeux de cybersécurité, de protection des consommateurs et des risques accrus liés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme », a ajouté Jean-Claude Kassi Brou.

Qui poursuit que pour sa part, la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest a engagé des actions structurantes visant à accompagner la transformation numérique du secteur financier de l’Union dans un cadre sécurisé, inclusif et propice à l’innovation. Dans un espace monétaire intégré tel que l’UEMOA, ces avancées ouvrent des perspectives importantes en matière d’approfondissement de l’intégration financière et d’amélioration de l’efficience des marchés.

ESS

Les résultats attendus

Une meilleure compréhension des dynamiques d’innovation financière et technologique induites par l’essor des crypto-actifs, des monnaies digitales de Banque centrale et des mécanismes de tokenisation. Les participants devraient, notamment, saisir les implications de ces évolutions sur la conduite de la politique monétaire, la stabilité macro-financière et la structuration du système bancaire et financier ;

Une cartographie actualisée des initiatives menées sur le continent africain, dressée dans le domaine des monnaies digitales, des plateformes technologiques de paiement et des cadres nationaux de régulation des crypto-actifs. Cette analyse comparative contribuera à identifier les tendances structurantes, les choix institutionnels opérés et les enseignements tirés des expériences les plus avancées ;

Un partage d’expériences sur les bonnes pratiques internationales en matière de supervision, de gouvernance technologique, de cybersécurité et de protection des données, notamment, à partir des cadres stratégiques développés par le FMI, la BRI et plusieurs Banques centrales pionnières ;

Des recommandations stratégiques et opérationnelles visant à accompagner l’élaboration, au sein de l’UEMOA, d’un cadre règlementaire harmonisé, permettant à la fois d’encadrer les innovations financières, de préserver la confiance du public, de protéger l’intégrité des marchés financiers et de consolider la stabilité financière ;

Des coopérations régionales et internationales renforcées entre les autorités monétaires, les régulateurs sectoriels, les institutions financières et les acteurs de l’économie numérique.

Source : BCEAO

 

Les opportunités de la Tokenisation, par la Gouverneure Lisa D. Cook, Conseil des Gouverneurs de la Réserve fédérale (USA)

La Gouverneure Lisa D.Cook a donné la communication introductive de cette Conférence internationale. Elle s’est penchée sur « les actifs numériques et leur utilisation sur les marchés ». De son point de vue, la tokenisation peut améliorer les processus de gestion de la liquidité et du collatéral dans plusieurs manières significatives.

La tokenisation peut permettre à la liquidité d’être streamer grâce à des solutions qui permettent aux partis de partager une seule source transparente pour traquer les transactions et gérer les problèmes associés au collatéral. En plus, les contrats smart peuvent automatiser des activités qui nécessitent des interventions manuelles, comme des appels et des substitutions collatérales, améliorant l’efficacité opérationnelle. En plus, l’utilisation des fonds tokenisés pour atteindre les requêtes, simplifier la gestion et améliorer la pression de la rédemption, en évitant les évènements de stress dans les marchés et en améliorant la stabilité. Peut-être la plus significative est la tokenisation et les termes programmables et contractuels qui permettent de créer de nouveaux types de transactions à l’intérieur du jour pour la gestion de l’argent et de la liquidité. En termes de dynamique, la tokenisation peut soutenir la compétition et les nouvelles formes de collaboration La tokenisation peut potentiellement réduire les barrières d’entrée pour les entreprises de services financiers pour compléter avec les institutions traditionnelles.

Les capacités liées à la propriété fractionnelle peuvent être particulièrement attirantes dans les économies, notamment dans l’Afrique du Sud où les économistes et les investisseurs peuvent avoir moins de ressources pour investir mais où il existe une nécessité d’améliorer les marchés capitalistes en complément de la dette de sécurité sociale….

 

Crypto-actifs et définitions

La Tokenisation des actifs désigne le processus qui consiste à représenter un actif réel ou financier sous la forme d’un “token” numérique enregistré sur une technologie de registre distribué (DLT), généralement une blockchain. Ce token reflète les droits de propriété ou une fraction de l’actif sous-jacent et permet son émission, son transfert et son règlement de manière numérique.

– Un contrat intelligent est un programme numérique sur blockchain qui s’exécute automatiquement dès que les conditions du contrat sont remplies sans intervention humaine.

– Les stablecoins sont des crypto-actifs qui visent à maintenir une valeur stable par rapport à un actif donné ou un panier d’actifs.

Source : BCEAO

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