
• 1 point de service bancaire pour 10. 000 adultes
• 17,68 % de taux d’utilisation des services
• Plus de 23 millions de comptes mobile money
Malgré un léger recul du nombre d’agences bancaires en 2024, les services bancaires continuent de gagner des utilisateurs. Les dernières statistiques sur l’inclusion financière révèlent, toutefois, une réalité contrastée : alors que la bancarisation progresse lentement, le réseau bancaire demeure fortement concentré dans quelques régions. Dans le même temps, l’essor du mobile money transforme profondément les modes d’accès aux services financiers et contribue à élargir la couverture du territoire. C’est ce que révèle le tableau de bord statistique 2024 de l’inclusion financière, publié par l’Agence nationale de promotion de la finance inclusive (ANPFI), en décembre 2025. Ces données actualisées et analysées contribuent à éclairer les interventions et guider les choix stratégiques des parties prenantes du secteur financier, selon les propos du Directeur de l’ANPFI, Wango Fidèle Yaméogo.
Dans ce document, il ressort que le réseau bancaire burkinabè a peu évolué au cours de l’année écoulée. Le nombre d’agences est passé de 351 en 2023 à 350 en 2024, soit une agence de moins sur l’ensemble du territoire. Les indicateurs de pénétration géographique montrent, en effet, une amélioration sur le long terme. Entre 2015 et 2024, le taux de pénétration géographique des services bancaires est passé de 2,24 à 3,63 points de service pour 1.000 kilomètres carrés. Cette évolution traduit un élargissement progressif de l’offre bancaire, même si le rythme demeure relativement modeste, au regard des besoins d’un pays dont de nombreuses localités restent éloignées des infrastructures financières classiques.
La progression apparaît plus limitée, lorsqu’elle est observée sous l’angle démographique. Le taux de pénétration démographique demeure inférieur à un point de service bancaire pour 10.000 adultes. En d’autres termes, l’accès physique aux agences reste encore faible pour une grande partie de la population. Cette situation constitue l’un des principaux défis de la bancarisation au Burkina Faso.
L’autre enseignement majeur des statistiques de 2024 concerne l’utilisation effective des services bancaires. Le taux d’utilisation s’est établi à 17,68 %, contre 17,15 % un an plus tôt. Sur la dernière décennie, il a progressé de plus de trois points de pourcentage, passant de 14,32 % en 2015 à 17,68 % en 2024. Cette évolution traduit une appropriation croissante des services bancaires par les populations, malgré la faible expansion du réseau physique.
Alors que l’utilisation des services bancaires poursuit sa progression au Burkina Faso, la couverture territoriale du réseau bancaire demeure inégalement répartie. Les dernières statistiques montrent que les populations accèdent davantage aux services financiers, mais que plusieurs régions restent encore faiblement desservies. Ce constat met en évidence un paradoxe. Alors que le nombre d’agences stagne, voire recule légèrement, les banques continuent de gagner des utilisateurs. Les statistiques de plus la progression de la bancarisation ne repose plus uniquement sur l’ouverture de nouvelles agences. D’autres facteurs interviennent désormais dans l’élargissement de l’accès aux services financiers.
48% des agences bancaires concentrées au centre du pays
L’analyse de la répartition régionale du réseau bancaire permet également de mesurer les déséquilibres qui persistent sur le territoire national. La région du Centre concentre à elle seule 48,9 % des agences bancaires du pays. Autrement dit, près d’une agence sur deux y est implantée. Les Hauts-Bassins occupent la deuxième place avec 13,1 % des agences. À l’opposé, certaines régions demeurent très faiblement couvertes. L’Est et le Plateau central ne représentent chacun que 1,1 % de l’ensemble des agences bancaires. Ces écarts illustrent la forte concentration des infrastructures financières dans les principaux pôles économiques du pays. Ils traduisent également les difficultés auxquelles restent confrontées les populations vivant dans les zones les moins desservies.
Cette concentration géographique soulève plusieurs interrogations. D’une part, elle pose la question de l’équité territoriale dans l’accès aux services financiers. D’autre part, elle laisse apparaître l’existence de marges de progression importantes dans plusieurs régions où la présence bancaire demeure limitée. Pour les établissements financiers, ces territoires représentent potentiellement des espaces de développement encore peu exploités. Cependant, l’évolution récente du secteur laisse penser que la conquête de nouveaux clients ne passera pas nécessairement par une multiplication des agences traditionnelles. Depuis plusieurs années, les services financiers numériques occupent une place croissante dans le paysage national de l’inclusion financière.
Plus de 23 millions de comptes mobile money
Le développement du mobile money illustre cette transformation. Les statistiques montrent une progression spectaculaire du nombre de points de service de monnaie électronique. Ceux-ci sont passés de 12 730 en 2016 à 149 369 en 2024. Le nombre total de comptes ouverts a atteint 23,7 millions en 2024, même si seulement 36,5 % de ces comptes étaient actifs au cours de l’année.
La couverture territoriale offerte par le mobile money apparaît sans commune mesure avec celle des agences bancaires. En 2024, le taux de pénétration géographique du mobile money atteignait 537,58 points de service pour 1.000 kilomètres carrés, contre seulement 3,63 pour les banques. Le taux de pénétration démographique a lui aussi fortement progressé pour atteindre plus de 102 points de service pour 10.000 adultes.
Ces chiffres ne signifient pas que le mobile money remplace les banques. Les deux systèmes répondent à des besoins souvent différents. Les banques demeurent les principaux acteurs de la collecte de l’épargne, du financement de l’économie et de l’octroi de crédits. Néanmoins, la monnaie électronique joue désormais un rôle déterminant dans l’accès quotidien aux services financiers, notamment dans les localités où les infrastructures bancaires sont peu présentes. L’évolution simultanée de ces deux secteurs révèle ainsi une mutation profonde du paysage financier burkinabè. D’un côté, les banques continuent d’accroître progressivement leur clientèle, malgré un réseau physique quasiment inchangé. De l’autre, le mobile money étend rapidement sa présence sur l’ensemble du territoire et contribue à rapprocher les services financiers des populations.
ESS

