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Burkina Faso- FMI: « La coopération se porte très bien », dixit William Gbohoui, Représentant-résident du FMI au Burkina Faso

Le Fonds monétaire international (FMI) est souvent évoqué dans les débats économiques, mais son rôle concret reste parfois mal compris du grand public. À la suite de la décision positive de son Conseil d’administration en faveur du Burkina Faso, intervenue le 26 juin 2026, L’Économiste du Faso s’entretient avec le Représentant- résident du FMI au Burkina Faso, M. William Gbohoui, sur l’état de la coopération entre l’institution et les autorités burkinabè. Dans un contexte national marqué par des défis sécuritaires, humanitaires, climatiques et budgétaires importants, cet échange vise à mieux comprendre le rôle du FMI, les performances des programmes économiques et financiers des autorités du Burkina Faso financés par le FMI, ainsi que leur contribution aux priorités de développement du pays.

L’Economiste du Faso: Monsieur le Représentant-Résident, pour beaucoup de Burkinabè, le FMI reste une institution parfois mal comprise. Pouvez-vous nous expliquer en termes simples le mandat du FMI et la nature concrète de son partenariat avec le Burkina Faso?

William Gbohoui, Représentant-résident du FMI au Burkina Faso

William Gbohoui (Représentant-résident du FMI au Burkina Faso) : Je remercie L’Économiste du Faso de son intérêt pour le mandat du FMI et notre coopération avec le Burkina Faso, et de l’opportunité que vous m’offrez de parler directement à tous vos lecteurs.

Le mandat du FMI consiste à promouvoir la coopération monétaire et la stabilité du système financier international, afin d’assurer la croissance et la prospérité durables de ses pays membres auxquels elle rend compte de ses actions. Le Burkina Faso, à l’instar de tous ses autres pays membres, est représenté au Conseil d’administration du FMI. Pour remplir son mandat, le FMI coopère avec ses pays membres à travers trois axes principaux :

Le suivi des évolutions économiques et financières et le conseil aux pays membres dans la formulation et la mise en œuvre des politiques économiques à travers des discussions périodiques, communément appelées consultations au titre de l’article IV parce que cette obligation est énoncée à l’article IV des Statuts du FMI.

Le renforcement des capacités pour aider les administrations publiques à définir et mettre en œuvre des politiques économiques avisées.

Les financements donnant aux pays une marge de manœuvre supplémentaire pour ajuster leurs politiques publiques de manière ordonnée, et ainsi créer des conditions propices à une économie stable et à une croissance durable.

Notre partenariat avec le Burkina Faso consiste à soutenir les autorités dans leurs efforts pour assurer la stabilité macroéconomique, renforcer les finances publiques et créer les conditions d’une croissance plus durable et plus inclusive. Dans ce cadre, le FMI contribue à établir et préserver un cadre macroéconomique stable et résilient, indispensable à la mise en œuvre des priorités nationales de développement des autorités.

Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires, humanitaires et climatiques, comment se porte la coopération entre le FMI et le Burkina Faso ? Quelles sont aujourd’hui les priorités de la coopération entre le FMI et le Burkina Faso?

La coopération entre le FMI et le Burkina Faso se porte très bien, en témoigne la continuité des programmes des autorités appuyés par le FMI et la visite à Ouagadougou, en février 2026, de notre Directeur général adjoint, M. Kenji Okamura, qui a réaffirmé le soutien et l’engagement du FMI aux côtés du Burkina Faso.

Le Burkina Faso fait preuve de résilience dans un environnement particulièrement difficile. Le FMI accompagne les efforts des autorités en finançant deux programmes économiques et financiers du gouvernement à travers la Facilité élargie de crédit (FEC) et la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) du FMI.

Le programme soutenu par la FEC sur la période 2023-2027 vise trois objectifs principaux : (i) dégager des marges de manœuvre budgétaires pour financer les dépenses prioritaires et réduire la vulnérabilité de la dette, (ii) renforcer la résilience aux chocs tout en réduisant la pauvreté et les inégalités, et (iii) consolider la discipline budgétaire, la transparence et la gouvernance. D’un montant initial de 228,76 millions de DTS, il constituait déjà, dans l’histoire, le plus grand appui financier du FMI au Burkina Faso à son approbation en septembre 2023. En plus, cette allocation a été augmentée d’un montant additionnel de 60.2 millions de DTS par le Conseil d’administration du FMI pour supporter les efforts des autorités à faire face aux effets de la crise au Moyen-Orient, en sa séance du 26 juin 2026, portant l’enveloppe globale du programme FEC à 288.96 millions de DTS (environ 390 millions de dollars).

La FRD soutient les réformes ambitieuses du gouvernement pour réduire les vulnérabilités liées au climat et renforcer la résilience économique. Elle s’articule autour de quatre axes majeurs : i) renforcer la résilience et la transparence budgétaires en institutionnalisant la gestion et le financement des risques de catastrophe ; ii) ancrer la résilience climatique dans les investissements publics ; iii) promouvoir l’approvisionnement durable en énergie propre et en eau ; iv) attirer des financements climatiques en publiant des données sur les risques climatiques et en améliorant la dissémination des investissements dans ce domaine. Approuvé par le Conseil d’administration du FMI en février 2026 pour un montant de 90,3 millions de DTS (environ 122 millions de dollars), ce programme qui complète la FEC court jusqu’en septembre 2027.

Un volet très important de notre coopération avec le Burkina porte sur le renforcement des capacités des administrations publiques dans nos domaines d’expertise. Cela concerne, notamment, la mobilisation des recettes, la gestion des finances publiques, l’efficacité de la dépense publique, la gestion de la dette, ainsi que la gouvernance et la transparence budgétaire parmi tant d’autres, à travers des missions d’assistance technique, de formation et des missions de partage d’expérience avec d’autres pays.

Comment les programmes soutenus par la Facilité élargie de crédit (FEC) et la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) du FMI s’inscrivent-ils dans les priorités nationales de développement du Burkina Faso ?

Les programmes soutenus par la Facilité élargie de crédit — FEC — et la Facilité pour la résilience et la durabilité — FRD — sont d’abord des programmes économiques et financiers des autorités. Ils s’inscrivent dans les priorités nationales, dans la mesure où ils visent à consolider les bases économiques nécessaires au développement. Il ne peut y avoir de développement durable sans stabilité macroéconomique, sans finances publiques solides et sans capacité à financer les priorités nationales de manière soutenable.

La FEC appuie les efforts des autorités pour renforcer les finances publiques, financer les dépenses prioritaires de développement et les programmes sociaux, lutter contre la pauvreté, renforcer la gestion économique, et assurer la soutenabilité de la dette. Pour un pays comme le Burkina Faso, les chocs climatiques, notamment les sécheresses, les inondations, les pressions sur l’agriculture et les risques liés à l’énergie peuvent affecter la croissance, les finances publiques, la balance des paiements et la sécurité alimentaire. La FRD, en mettant l’accent sur la résilience face aux chocs climatiques et structurels, complète la FEC et se focalise sur ces vulnérabilités de long terme qui peuvent entraîner des conséquences macroéconomiques majeures. Ces objectifs soutiennent et sont cohérents avec les priorités de développement du pays contenues dans le plan RELANCE 2026-2030, notamment la sécurité alimentaire, le développement des ressources humaines, grâce à l’investissement dans l’éducation et la santé, les infrastructures, la gouvernance, la résilience agricole, l’industrialisation et la transformation structurelle de l’économie.

La crise au Moyen-Orient a accentué les pressions sur les prix du pétrole, du gaz et des engrais. Comment le FMI accompagne-t-il les autorités du Burkina Faso face à ces nouveaux défis?

Le choc lié à la crise au Moyen-Orient est préoccupant pour un pays importateur net de produits pétroliers et d’engrais comme le Burkina Faso. La hausse des prix internationaux des prix des produits pétroliers et des engrais peut peser sur les finances publiques, renchérir les coûts de production, créer des tensions sur la sécurité alimentaire, accroître les besoins de financement extérieur, et compromettre la viabilité de la dette. Face à ce nouveau défi, les autorités ont été proactives en engageant des mesures immédiates de sauvegarde et en entamant des discussions avec les équipes du FMI pour une augmentation du financement au titre de la FEC pour contribuer à répondre aux pressions liées, notamment, aux prix des engrais. Comme je le mentionnais plus haut, le Conseil d’administration du FMI, en sa séance du 26 juin 2026, a approuvé cette augmentation pour un montant additionnel de 60.2 millions de DTS (environ 81.3 millions de dollars) au titre de la FEC.

Approuvé très rapidement, cet accompagnement additionnel du FMI, qui témoigne de la capacité du FMI à répondre diligemment aux requêtes de ses pays membres, vise à aider les autorités à absorber ce choc sans compromettre les acquis des différentes réformes des autorités. Cela signifie préserver la stabilité macroéconomique, maintenir la viabilité des finances publiques et maintenir le cap sur les réformes, tout en protégeant les plus vulnérables. L’objectif est aussi d’éviter que la réponse au choc ne se fasse au détriment des dépenses prioritaires ou de l’investissement productif.

Comme vous l’avez mentionné, un Conseil d’administration du FMI s’est tenu le 26 juin 2026 sur le Burkina Faso. Quel était l’ordre du jour de cette réunion du Conseil d’administration et quelles ont été ses principales conclusions ?

Dans le cadre des programmes des autorités soutenus par le FMI, il est prévu des suivis semestriels, communément appelés revues, pour évaluer la performance dans la mise en œuvre des différents objectifs du programme. La réunion du Conseil d’administration du 26 juin 2026 avait à l’agenda l’étude du rapport des équipes du FMI sur les discussions avec les autorités dans le cadre de la 5e revue du programme FEC, de la demande d’augmentation de l’accès au titre de la FEC, de la 1re revue du programme FRD, ainsi que des consultations au titre de l’article IV avec le Burkina Faso pour l’année 2026.

À la suite de l’examen du rapport d’évaluation des équipes du FMI, le Conseil a donné son approbation pour l’achèvement de la 5e revue de la FEC et de la 1re revue de la FRD, ouvrant la voie à un décaissement immédiat de 76,62 millions de DTS (environ 103.4 millions de dollars) au profit du Burkina Faso.

Cette décision souligne la solide performance des autorités dans la mise en œuvre de leurs programmes économiques et financiers marquée par le respect de la quasi-totalité des objectifs quantitatifs, ainsi que la mise en œuvre à temps des différentes réformes structurelles prévues à fin décembre 2025. La mise en œuvre résolue de réformes et politiques économiques avisées par les autorités conjuguées au niveau élevé des cours internationaux de l’or ont permis d’assurer la viabilité budgétaire tout en soutenant les plus vulnérables. Face aux défis sécuritaires, une raréfaction de l’aide publique au développement, et un contexte géopolitique très volatile, le Burkina Faso a enregistré une performance économique très solide en 2025, avec une accélération de la croissance de 4.8% en 2024 à 5.3% en 2025 et un recul significatif de l’inflation en moyenne annuelle à -0.5% en 2025, contre 4.2% en 2024. Grâce à une discipline budgétaire remarquable et une forte mobilisation des ressources domestiques, le déficit budgétaire s’est établi à 1.8% du PIB, contre 5.8% en 2024, offrant une marge de manœuvre budgétaire, particulièrement opportune dans la conjoncture économique mondiale actuelle. La vigueur des exportations d’or a aussi soutenu la position extérieure, qui est passée d’un déficit de 3,5 % du PIB en 2024 à un excédent de 6,3 % en 2025.

Ces indicateurs suggèrent que l’économie burkinabè se porte bien. Mais au-delà des chiffres macroéconomiques, quels bénéfices concrets les Burkinabè peuvent-ils attendre des programmes soutenus par le FMI ?

Ces performances économiques ne signifient pas que tous les enjeux ont disparu. Des défis en matière de sécurité, qui est un bien public d’importance capitale, de protection sociale, d’infrastructures et de résilience subsistent. Mais, ces bonnes performances montrent que, même dans un contexte difficile, des politiques économiques cohérentes peuvent permettre de préserver la stabilité économique, soutenir la confiance et dégager des marges pour financer les priorités de développement.

Au-delà des chiffres, les bonnes performances macroéconomiques ont un impact réel sur le bien-être des citoyens. En effet, une économie plus stable, c’est d’abord une meilleure capacité à maîtriser l’inflation, à financer les services publics de manière soutenable, à préserver les dépenses sociales et à soutenir les populations les plus vulnérables. C’est aussi un cadre plus prévisible pour les entreprises, les investisseurs et les partenaires au développement. L’amélioration de la transparence budgétaire et de l’efficacité des dépenses publiques sont des réformes importantes qui permettent de mieux orienter les ressources vers les priorités qui touchent directement les populations : santé, éducation, protection sociale, infrastructures, sécurité alimentaire et résilience. En assurant que chaque franc mobilisé contribue davantage aux priorités du pays, elles contribuent in fine à créer les conditions d’un développement plus solide, plus inclusif et plus durable.

Monsieur le Représentant, cette bonne gestion budgétaire n’a-t-elle pas été réalisée aux dépens des dépenses sociales et donc de la protection des plus vulnérables?

La protection des plus vulnérables occupe une place centrale dans les discussions entre le FMI et les autorités. Ce n’est pas pour rien que le renforcement de la résilience aux chocs et la réduction de la pauvreté et des inégalités figurent parmi les objectifs clés du programme soutenu par la FEC. Pour le FMI, la protection des plus vulnérables est un objectif primordial, parce que la croissance économique ne peut contribuer à un développement durable que si elle est inclusive, génératrice d’emplois, respectueuse de l’environnement, et offre des filets sociaux qui protègent les populations en cas de besoin.

Les questions de protection sociale et de réduction de la pauvreté, comme l’assurance maladie universelle, le registre social unique, sont au cœur de nos discussions avec les autorités. Par exemple, le gouvernement se fixe un plancher ambitieux de dépenses sociales et de réduction de la pauvreté à mettre en œuvre pour chaque exercice budgétaire que nous évaluons à chaque revue du programme.

Le secteur aurifère prend une place croissante dans l’économie burkinabè. En se basant sur votre expertise dans la gestion des ressources naturelles, quels sont vos conseils pour mieux gérer les revenus miniers pour qu’ils servent au développement durable du pays et éviter la trappe de la malédiction des ressources naturelles comme dans d’autres pays ?

Le secteur aurifère occupe une place croissante dans l’économie burkinabè. En 2025, il représente plus de 20 % du PIB et près de 90 % des exportations. Sa contribution aux recettes publiques a fortement augmenté, et a un effet d’entraînement substantiel sur l’ensemble de l’économie à travers tout l’écosystème de fournisseurs de biens et services au secteur. Je vous conseille de lire nos rapports de mars 2025 et juin 2026 sur l’économie burkinabè pour plus d’information sur le secteur minier.

Les ressources naturelles peuvent être une bénédiction si elles sont bien gérées. Comme l’or est une ressource non renouvelable dont les prix sont exposés à la volatilité des marchés mondiaux, une forte dépendance aux revenus de l’or pose effectivement des risques à la stabilité économique, à la soutenabilité des finances publiques, ainsi que de baisse de compétitivité pour les secteurs non aurifères. Une gestion prudente nécessite d’éviter de financer des dépenses permanentes avec des recettes qui peuvent s’avérer temporaires, renforcer la transparence et la qualité des données, y compris dans l’exploitation artisanale et semi-mécanisée, et surtout mettre en place un cadre contracyclique permettant d’épargner les gains exceptionnels en période de boom pour les investir dans les infrastructures, le capital humain, et la diversification économique.

Les réformes engagées dans le secteur minier — notamment le nouveau Code, la création de la SONASP et de la SOPAMIB, ainsi que la promotion du contenu local — témoignent d’une trajectoire positive, visant à mieux capter les revenus et à soutenir la diversification économique. La réduction du déficit budgétaire en 2025 confirme, par ailleurs, l’engagement des autorités en faveur de la stabilité macroéconomique.

Plusieurs modèles de gestion des ressources issues des ressources naturelles ont été expérimentés dans le monde et permettent de tirer des leçons sur les bonnes pratiques. La création récente du Fonds souverain minier d’investissement du Burkina “Siniyan-Sigui” avec pour objectif de générer de l’épargne intergénérationnelle pour financer des investissements structurants illustre, de mon point de vue, l’ambition des autorités de transformer une richesse minière épuisable en un levier de développement durable pour les générations présentes et futures.

Propos recueillis par la Rédaction

«Nous demeurons un partenaire engagé auprès des autorités»

Mon premier message est un message de félicitations aux autorités qui, face aux épreuves, mettent en œuvre des politiques économiques avisées qui permettent de préserver la stabilité économique et de dégager des marges pour financer les priorités nationales de développement. Mon deuxième message est que la coopération entre le FMI et le Burkina Faso se porte très bien. Nous demeurons un partenaire engagé auprès des autorités du Burkina Faso avec pour objectif commun de consolider les acquis, de renforcer la résilience face aux chocs, de protéger les populations vulnérables et de créer les conditions d’une croissance plus forte, plus inclusive et plus durable.

Je profite aussi de l’opportunité que vous m’offrez pour remercier les autorités pour l’excellente collaboration et la qualité du dialogue que nous entretenons. Je ne saurais finir sans rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui se battent quotidiennement contre les défis sécuritaires et pour assurer l’intégrité territoriale du Burkina.oVive la coopération entre le FMI et le Burkina Faso ! Et que la paix règne sur le Burkina Faso !

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