Burkina Faso: l’or ne suffit plus
Pendant des décennies, les compagnies minières communiquaient principalement sur leurs performances industrielles : nombre d’onces produites ; coût de production ; réserves ; découvertes ; teneur du minerai ; dividendes. Le message était simple : « Nous produisons de l’or ». Ces indicateurs demeurent essentiels. Elles renseignent sur la solidité d’une entreprise, sa compétitivité et sa capacité à créer de la valeur économique- elles. Cependant, elles ne racontent plus toute l’histoire minière. Désormais, la richesse d’une mine ne se mesure plus seulement en onces d’or, mais en valeur créée pour le pays, les communautés et les générations futures.
Aujourd’hui, on voit apparaitre des rapports d’impact, des rapports ESG, RSE, de développement durable. Des documents dans lesquelles on évoque désormais : santé, éducation, environnement, entrepreneuriat, contenu local, femmes, etc. Au Burkina Faso, autorités et citoyens souhaitent que la richesse du sous-sol se transforme durablement en richesse pour tous : des emplois, des entreprises locales plus fortes, des écoles, des centres de santé, des infrastructures, des compétences et des opportunités pour les jeunes. Depuis plusieurs années, le pays connaît une évolution claire des attentes autour du secteur extractif.
Dans un contexte où la souveraineté économique et la transformation locale occupent une place centrale dans le débat public et institutionnel, la question de la contribution réelle des industries extractives s’est déplacée. Elle ne porte plus uniquement sur la richesse produite. Elle interroge la richesse transmise. Le Burkina veut désormais que la richesse minière bénéficie davantage aux populations.
Cette évolution ne traduit pas une remise en cause du secteur minier. Elle exprime une exigence nouvelle : celle d’un lien plus direct entre l’activité industrielle et le développement des territoires. Dans les zones minières, cette attente est tangible. Elle s’exprime à travers la demande d’emplois plus qualifiés, de chaînes de valeur locales plus solides, d’opportunités économiques plus durables, mais aussi d’investissements visibles dans les compétences, l’éducation et les services de base. La question n’est plus seulement : combien l’industrie minière produit-elle ? Elle est aussi : combien transforme-t-elle durablement ?
Dans ces nouveaux types de rapports publiés, il ne s’agit plus de simplement faire de la communication. Les sociétés minières acceptent d’être évaluées autrement. Dans cette évolution, certaines tentent de déplacer leur manière de définir la performance, c’est le cas d’Endeavour Mining au Burkina Faso qui publie son Rapport d’Impact couvrant la période 2021–2025, ce 29 juin 2026. Quelques exemples, dans ce document rendent visibles des actions considérées comme éloignées de l’activité extractive. Il s’agit de formation, développement des compétences, structuration de fournisseurs locaux, ou encore effets d’entraînement sur les économies régionales. De nouvelles initiatives, plus humaines et économiques que l’activité industrielle peut influencer. Et dans certaines zones couvertes par cette mine, cette réalité prend déjà forme.
À Somona, des programmes de formation ont permis à de jeunes Burkinabè d’accéder à des compétences techniques et professionnelles qui ouvrent des perspectives durables au-delà du secteur minier. Pour beaucoup, il ne s’agit pas seulement d’un emploi, mais d’un changement de trajectoire.
Autour des sites, des entreprises locales se sont également structurées et renforcées. Aurora Drilling, par exemple, illustre cette dynamique : celle d’une PME burkinabè qui a pu se développer en intégrant progressivement les standards techniques et les opportunités liées à l’écosystème minier. Derrière ce type de trajectoire, il y a un enjeu plus large : celui de la montée en puissance du tissu économique local.
D’autres initiatives, comme AgriFuturs Burkina, traduisent une autre forme d’impact, plus indirecte mais tout aussi structurante. En accompagnant des jeunes vers des compétences agricoles modernes, elles contribuent à diversifier les sources de revenus et à renforcer des enjeux essentiels de résilience économique et alimentaire.
Des exemples qui illustrent une transition en cours : celle d’une industrie qui commence à s’intégrer plus profondément dans les communautés locales. « Au-delà des chiffres, ce qui compte le plus, ce sont les partenariats que nous avons noués avec les communautés locales, des partenariats ancrés dans le respect, le dialogue et une ambition partagée. Nous sommes conscients que le contexte au Burkina Faso est complexe, et nous ne prenons pas nos responsabilités à la légère…Ensemble, nous restons déterminés à bâtir un héritage de prospérité partagée, d’économies locales renforcées et d’opportunités durables pour le peuple du Burkina Faso », a témoigné Souleymane Boly, Directeur Pays, Vice-président Affaires Publiques, Endeavour.
Crépin SOMDA
Les défis restent nombreux
Dans quelques années, les attentes des populations vont évoluer. Les exigences de transparence, d’équité et de retombées locales seront de plus en plus élevées. Cette dynamique qui est en marche, va obliger les sociétés minières à se redéfinir en permanence. Elles devront garder comme cap, d’être des acteurs clés dans le développement économique et humain des pays dans lesquelles elles sont. Au Burkina Faso, la performance minière ne peut plus se résumer à l’efficacité d’une extraction. Elle doit être jugée à sa capacité à produire des effets durables dans communes, régions et villes, à développer et structurer des compétences, à faire émerger des entreprises, et à créer des opportunités qui dépassent le cycle de vie des mines. L’or s’épuise. Les compétences, les entreprises et les opportunités créées, elles, peuvent continuer à faire grandir un pays bien après la dernière once extraite.


