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SNC 2026: « Faire de la jeunesse le véritable pilier de la culture », dixit Professeur Salaka Sanou, président de la Commission thème

À chaque édition de la Semaine nationale de la culture (SNC), un thème est choisi. Celui-ci reflète la vision de la politique culturelle du moment. Pour cette 22e édition, le thème retenu est « Culture, jeunesse et transmission des valeurs sociales ». Un choix qui n’est pas anodin. Pour mieux comprendre cette thématique, qui mieux que le Professeur Salaka Sanou pour en parler. Il est le président de la Commission thème de la Semaine nationale de la culture (SNC) depuis 2022, mais avant cela, il a occupé le poste de Secrétaire permanent de la SNC de 1996 à 2000. Le Pr Sanou est aussi spécialiste de la littérature culturelle africaine. Au cours d’un entretien tenu le 22 avril 2026, à L’Economiste du Faso, il a expliqué le choix du thème de cette édition 2026. Lisez-plutôt.

L’Economiste du Faso : « Culture, jeunesse et transmission des valeurs sociales », pourquoi le choix de ce thème pour cette 22e édition ?

Professeur Salaka Sanou : Ce thème est la manifestation de cette volonté de mettre la jeunesse au cœur du développement en utilisant la culture comme socle pour ce développement-là. Donc, il s’agit d’inviter la jeunesse burkinabè à découvrir sa culture, à la connaître et à découvrir les valeurs qui la soutiennent, afin de s’appuyer sur ces valeurs pour assurer son développement. S’appuyer sur ces valeurs pour assurer son développement, c’est dans tous les sens. C’est le développement économique parce que l’industrie culturelle est là, les industries culturelles sont là, mais comment faire en sorte que la jeunesse puisse utiliser la culture comme matière première. Pour y arriver, il faut qu’elle la connaisse, il faut qu’elle connaisse les principaux éléments de la culture, il faut qu’elle s’appuie sur ces éléments-là pour être créative et être créative pour pouvoir avoir des revenus, être créative pour pouvoir perpétuer l’idée de création et donc être créative pour donner une image de ce Burkina Faso. C’est le développement aussi sur le plan culturel.

Pourquoi développement sur le plan culturel ?

Parce que l’éducation que nous avons reçue est une éducation extravertie, une éducation qui est faite pour les autres, pour l’extérieur et non pas pour nous-mêmes. Il s’agit de faire en sorte que la culture, notre culture à nous, donc notre identité culturelle nous serve comme référence pour réaliser notre développement. Il s’agit de faire en sorte que l’engagement que nous avons, la culture qui est notre être au monde-là, que cette culture-là soit le ferment de notre développement.

Alors, développement culturel aussi à travers l’école, parce qu’il s’agit de faire de l’école, au lieu d’être une école extravertie comme c’est le cas jusqu’ici, que ce soit une école intravertie par nous-mêmes, pour nous-mêmes, que l’école soit conçue pour nous-mêmes, par nous-mêmes à notre service. Développement social aussi parce que la culture est un moyen d’épanouissement de l’homme. Moyen d’épanouissement dans le sens que quand on sait qui on est, on est fier de l’être. Et si on est fier de l’être, on est fier de participer au développement de sa communauté. Donc, on participe à l’épanouissement de l’individu, à l’épanouissement de sa communauté, donc à l’épanouissement de la Nation entière.

Le choix de ce thème est-il parti d’un consensus, à savoir que la jeunesse est en perte d’identité culturelle ?

Alors, vous savez que les différents thèmes des éditions de la Semaine nationale de la culture prennent en compte les actualités. Et le fait que la jeunesse soit au cœur de cette 22e édition de la SNC, c’est une interpellation. Si on interpelle une jeunesse, c’est qu’on veut la responsabiliser. On veut la responsabiliser pour qu’elle soit véritablement un acteur du développement.

C’est une réalité à travers laquelle on constate que la jeunesse dévie du chemin dans lequel on voudrait qu’elle s’engage pour pouvoir assurer le développement. Donc, c’est une interpellation pour que la jeunesse soit beaucoup plus responsable, que la jeunesse prenne conscience de ses responsabilités et qu’elle s’engage aussi à assurer, à jouer ce rôle-là dans le développement. A ce titre, le thème est interpellateur, le thème est d’actualité, parce qu’il s’agit de faire de la jeunesse le véritable pilier de la culture.

Quelle lecture faites-vous de la jeunesse dans la préservation, la transmission du patrimoine culturel ?

J’ai l’habitude de dire que la jeunesse burkinabè, c’est une jeunesse à cheval sur deux chaises. Alors, une chaise que l’on peut considérer comme traditionnelle, mais en réalité qui n’en est pas une, puisque la jeunesse ignore nos traditions. Mais une autre chaise qu’on estime être moderne, mais en réalité qui n’en est rien, puisque la jeunesse ignore aussi ce qu’est la modernité. Elle pense que c’est la mode occidentale qui est la modernité. Quand vous voyez comment les jeunes s’habillent, quand vous voyez comment les jeunes se comportent, la drogue, les stupéfiants et tout ça, pour elle, c’est être moderne que de s’engager dans ce travers de la société. Non, la jeunesse doit être interpellée et elle doit faire en sorte que justement, ce qu’on attend d’elle, c’est qu’elle soit vraiment un acteur du développement.

Par conséquent, son rôle dans la transmission des valeurs doit être un rôle fondamental. Comme je le disais, d’abord, il faut qu’elle découvre ses valeurs sociales, qu’elle les comprenne, qu’elle les connaisse, qu’elle les analyse et qu’à son tour aussi, elle passe le relais dans 15 ans, dans 30 ans à une autre jeunesse qui aura plus besoin de ces valeurs pour pouvoir assurer son développement. La jeunesse d’aujourd’hui joue un rôle tampon entre les anciens et l’avenir et il faut qu’elle assure ce rôle tampon-là pour que dans 30 ans, elle soit elle aussi la référence culturelle à laquelle les jeunes dans 30 ans vont s’appuyer pour pouvoir justement jouer ce rôle aussi qu’on attendra d’elle à un moment donné.

Certains jeunes disent vouloir s’adapter à la tradition mais souvent, ils laissent entendre qu’ils n’ont pas de repères, qu’il n’y a pas de modèles. Ils ont tendance à critiquer la génération actuelle. Ils disent en vouloir pour preuve que la morale agonise au Faso. Ont-ils tort ou raison ?

Alors, je pense qu’il y a plusieurs aspects dans cette question-là ; parce qu’il faut regarder la réalité aujourd’hui dans nos villes. Les jeunes n’ont pas de bons repères. Ils ont des repères mais qui ne sont pas des bons repères, qui ne sont pas des bonnes références, parce que ce ne sont pas des références qui assurent le développement. Les anciens que nous nous sommes aujourd’hui, à certains égards, nous avons échoué dans notre rôle. Échoué du fait que nous avons été à une école qui était extravertie. Une école qui n’était pas à destination de notre communauté. Mais face à cela, il y a comme une espèce de sursaut. Et le choix de ce thème, c’est comme un sursaut qui va amener, nous, notre génération, à prendre nos responsabilités ; parce que nous devons transmettre des valeurs sociales à la jeunesse à travers la culture.

Mais ce que je dis, ça s’adresse à la jeunesse urbaine. Mais la jeunesse rurale aussi est dans la même situation. Quand vous allez dans les villages, les jeunes s’habillent avec des tailles basses. Pour eux, ils sont mieux habillés sur le plan moderne, entre guillemets, que ceux qui sont en ville. Mais ces jeunes aussi, ce n’est pas qu’ils manquent de repères. C’est un refus de voir ces repères-là.

Je le sais parce que je suis assez souvent au village. Je vois l’évolution de la jeunesse de mon village. Je vois l’évolution de la jeunesse dans ma famille. Je vois que ce n’est pas par manque de repères, mais tout simplement parce que la jeunesse a une autre manière de faire. Et nous en avons, nous, en tant que parents, une part de responsabilité ; parce que nous n’avons pas voulu éduquer nos enfants comme nos parents nous ont éduqués.

Dans une rigueur à la limite militaire. Une rigueur qui ne tolère aucune déviation. C’est ce qui nous a permis aujourd’hui d’être ce que nous sommes. Mais à notre tour, nous décidons de ne pas faire souffrir nos enfants. Vous avez beaucoup de cadres qui disent, ce que moi j’ai souffert, il ne faut pas que mes enfants connaissent la même souffrance. Vous n’allez pas envoyer les enfants au village ? C’est l’autre aspect que je vais aborder tout à l’heure. Je ne veux pas faire souffrir mes enfants. Il ne s’agit pas de faire souffrir ses enfants. Il s’agit d’éduquer ses enfants avec rigueur. Pour que ces enfants-là aient des repères dans la vie. Qu’est-ce que vous voulez ? Quel message vous donnez à l’enfant ? Vous lui faites comprendre que le village est le lieu de pénitence. C’est une prison. C’est là où on va le sanctionner parce qu’il a mal travaillé. Et s’il travaille bien, on va l’envoyer en colonie de vacances. Qu’est-ce que vous voulez que le jeune retienne du village ? C’est un lieu qu’il va éviter. Mais s’il cherche à éviter ce lieu-là, comment voulez-vous qu’il découvre les valeurs qu’il y a dans ce lieu ? Donc, c’est nous-mêmes qui aurons chassé nos enfants de notre milieu naturel.

Il faut que les parents évitent de dire aux enfants, si tu ne travailles pas bien, on va t’envoyer au village. Au contraire, on doit faire en sorte que les enfants aient envie d’aller souvent au village ; parce que c’est là où se trouvent les racines. C’est là où se trouve le fondement de leur être en société. Mais s’ils ne connaissent pas ce fondement-là, s’ils ignorent totalement cette culture, ils seront des gens sans valeur, sans référence, sans repère. À ce moment-là, ils vont aller au gré des vents qui vont les amener d’un sens ou de l’autre, selon la force du vent à un moment donné. Donc voilà, notre part de responsabilité, à nous anciens, à nous parents, c’est de faire en sorte que la jeunesse ait envie d’aller à la source, ait envie d’aller découvrir nos valeurs. Que la jeunesse soit exaltée en allant au village.

Aujourd’hui, êtes-vous réconforté avec l’avènement du pouvoir du Capitaine Ibrahim Traoré, qui prône des valeurs vraiment endogènes, des valeurs culturelles, des valeurs de respect, des valeurs de conscience, des valeurs de dignité surtout ?

Oui, parce que moi, depuis 1989, j’étais convaincu de la nécessité de nous appuyer sur nos cultures. J’ai créé une option en Lettres modernes à l’Université de Ouagadougou, une option intitulée esthétique littéraire artistique négro-africaine. Ça a marché, ça a vraiment eu un succès auprès des étudiants. Succès tel qu’au niveau doctoral, nous avons évolué, on est monté d’un cran en créant une spécialité au sein du CAMES, le Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur, une spécialité que nous avons appelée études culturelles africaines.

Donc, à travers ces deux suggestions, ces propositions, ces voix qui sont données aux étudiants, nous leur montrons la nécessité de s’appuyer sur la culture. Nous sommes heureux aujourd’hui de voir qu’au niveau officiel, ces préoccupations soient prises en compte par le pouvoir politique.

D’abord, au niveau de l’institutionnalisation de la Journée du 15 mai comme journée des traditions et des coutumes. Cela permet aux détenteurs des valeurs traditionnelles de se sentir valorisés, de se sentir pris en compte dans la vie de la Nation.

Valorisés dans le sens où, avec la nouvelle carte universitaire, les études culturelles africaines sont retenues, reconnues comme faisant partie des priorités de l’université burkinabè. Dans les grandes universités, il y aura désormais des études culturelles africaines. Cela montre qu’à double titre, d’abord au niveau général, mais au niveau spécifique de l’enseignement culturel et la recherche, on fait en sorte que la tradition, les cultures soient considérées comme le socle de notre développement.

Et donc là, moi je me sens plus que fier d’avoir vu juste, je me sens plus que fier de voir que l’autorité politique prend en charge ces préoccupations qui ont été les miennes, j’allais dire depuis que je me suis engagé dans l’enseignement culturel et la recherche en Afrique. Au regard de tous ces acquis, j’en tire une grande fierté que ces préoccupations-là soient érigées en priorité nationale.

Interview réalisée par Ambéternifa Crépin SOMDA

La Commission thème propose plusieurs activités

Il faut dire que je suis au départ de la SNC parce que j’ai travaillé sous l’autorité de Prosper Compaoré sur le thème de la Semaine nationale de la culture en juillet 1983, ce qui a conduit à l’adoption du principe de création de la SNC et du Grand Prix national des Arts et des Lettres. Donc en 1983, j’ai participé aux différentes éditions de la SNC, j’ai été Secrétaire permanent de la SNC de 1996 à 2000, je suis un pur produit de la maison. Alors, donc le fait qu’on ait fait appel à moi depuis l’édition 2022, 2024 et 2026 pour travailler dans la Commission, et cette fois-ci pour présider la Commission thème et littérature, c’est, j’allais dire, une fierté pour moi.

Une fierté parce que c’est une forme de reconnaissance de mon utilité, de savoir que je suis utile, mais aussi de reconnaissance pour les autorités qui ont pensé que je pourrais apporter ma contribution à l’organisation de la SNC. Alors maintenant, cela dit, les activités que nous allons mener cette année, à cette édition, vont se dérouler sur le campus du secteur 22 de l’Université Nazi Boni, à Bobo-Dioulasso. Alors, nous aurons plusieurs activités là-bas. Il y a d’abord l’exposition de livres qui va être permanente du 27 avril au 2 mai. Ensuite, il y aura des panels, une série de cinq panels que nous allons organiser tous les jours, dans les matinées.

Ensuite, il y aura aussi des panels organisés par des partenaires. Parmi ces partenaires, il y a les partenaires institutionnels, comme par exemple le Bureau burkinabè du droit d’auteur, l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption. Il y a aussi le Conseil supérieur de la communication, etc.

Donc, ces différentes institutions vont aussi animer des panels. Et il y aura des partenaires individuels qui vont organiser la dédicace de leurs ouvrages.

Il y aura aussi la participation à ce que nous avons appelé le concept de la SNC au lycée. La SNC au lycée, c’est la SNC qui va à la rencontre des élèves, la SNC qui va dans un établissement public et qui va s’entretenir avec les élèves. Nous le ferons.

Mais l’autre concept aussi, c’est la SNC à l’Université. Et l’une des formes de concrétisation de cette SNC à l’Université, c’est le fait que les activités se déroulent à l’Université. Mais indépendamment de ça, il y a un panel que l’Université Nazi Boni a décidé d’organiser autour des études culturelles africaines pour permettre à la jeunesse universitaire qui sera là de participer, parce que les principales universités publiques seront présentes.

La SNC à l’Université, c’est tout ça aussi. Ce qui va amener les étudiants à être au cœur de la réflexion sur la SNC, parce que ça va permettre à cette jeunesse, en mise en application du thème, de découvrir la SNC.

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