Pascal Sawadogo, entraîneur de l’équipe nationale féminine: «Nous sommes sereins en allant à cette CAN»
Du 17 mars au 3 avril 2026, l’Afrique se donne à nouveau rendez-vous au Maroc pour la Coupe d’Afrique des Nations féminine. Au total, 16 équipes seront en compétition pour désigner la meilleure équipe du continent. Le Burkina Faso, après 2022, sera de la partie pour la deuxième fois de son histoire. Dans cette interview, Pascal Sawadogo, coach des Etalons dames, parle de la préparation de son équipe, de ses ambitions à cette CAN. Lisez !
Vous avez entamé, depuis quelques jours, la préparation de la CAN féminine Maroc 2026. Comment ce stage se passe ?
Pascal Sawadogo, coach des Etalons : Le stage se passe très bien. L’équipe est scindée en deux. Il y a d’un côté peut-être 15 ou 16 professionnelles qui s’entraînent et qui jouent leurs clubs. Puis, nous avons les nationales qui sont là, qui jouent aussi les compétitions nationales avec leurs clubs. Comme il y a la proximité, on a eu l’initiative de faire un stage externe avec elles. Nous sommes à notre cinquième séance et la Fédération a mis les moyens (carburant) pour que le stage puisse bien se passer. Chaque joueuse reçoit 2.500 francs de carburant par séance. L’encadrement technique perçoit aussi le même montant. Nous utilisons aussi les réseaux sociaux dans le cadre de ce stage. Nous avons créé un groupe WhatsApp avec toutes celles qui sont pressenties d’être sélectionnées pour la CAN. Nous avons élaboré et transmis aux joueuses un programme et nous les suivons à distance. C’est un programme pour travailler la condition physique. Nous faisons le point chaque deux semaines. Pour le moment, ça ne se passe pas très bien.
Combien de joueuses sont actuellement pressenties pour jouer la CAN et comment arrivez-vous à vérifier que les programmes sont véritablement bien suivis ?

leur préparation de la CAN Maroc 2026. (DR)
Les filles m’écrivent en in box pour parler de leur progression ; parce que certaines ont peur d’en parler dans le groupe. Nous avons donné des référents de VMA (Vitesse maximale aérobie). Pour les filles, on a dit 20 km heure. Pour les gardiennes, 18 km heure. Certaines joueuses de champ me disent qu’elles sont déjà à 17 ou 18 km/h. Donc, il manque un peu pour atteindre l’objectif. Pour le suivi des internationales, on se réfère à certaines pages crédibles sur les réseaux sociaux pour avoir leur temps de jeu avec leurs clubs.
Quelles sont les différentes étapes de ce stage ?
La prochaine étape, après la séance d’aujourd’hui, nous allons débuter l’internat à partir du lundi 16 février 2026, à Ouagadougou, avec 26 joueuses. Du 16 au 24 février, on va travailler avec celles qui évoluent dans le championnat national. On prévoit aussi de faire des matchs amicaux, le mercredi ou le jeudi, au Stade du 4-Août ou au terrain annexe.
Et du 24 au 7 mars, c’est la journée FIFA. Nous disposons de 12 jours pour accélérer la préparation. On devait aller à Dubaï faire un tournoi mais ce voyage a été annulé. Le Maroc a demandé deux matchs amicaux contre le Burkina Faso. Donc si ça ne marche pas à Dubaï, on pourra aller au Maroc faire les deux matchs. Toute l’équipe sera réunie, professionnelles comme nationales. On va effectuer les différents tests physiques avec elles toutes.
Quelle est actuellement la forme des joueuses à un mois de la CAN ?
Nous sommes à la 15e journée du championnat. Ce qui veut dire que les filles ont 15 matchs dans les jambes. Ce n’est déjà pas rien. Sur le plan international, tout le monde joue, en dehors de Tamboura qui est blessée. Mais nous suivons sa situation de près et on verra si on pourra la récupérer. Donc que ce soit en Espagne, en Arabie Saoudite, en Turquie, en Égypte, en Tanzanie, les filles jouent avec leur club.
Le Burkina est dans le groupe B, en compagnie de la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud et la Tanzanie. Quelles sont les chances des Etalons dames à cette compétition ?
Je l’avais déjà dit dès le tirage. On peut tout le temps polémiquer. Mais l’essentiel, c’est la préparation. Si vous êtes bien préparés, vous avez la chance de faire une bonne participation. Et pour nous, toutes les équipes qui vont à la CAN ont le niveau. La Côte d’Ivoire, même si elle ne s›est pas qualifiée sur le terrain, fait partie des équipes les mieux placées dans le classement FIFA. La Tanzanie est à sa troisième participation. Nous sommes à notre deuxième. Tout le monde s’accorde pour dire que l’Afrique du Sud reste incontestablement la favorite du groupe, pour avoir gagné la CAN en 2022 et aussi au regard de son rang au niveau africain et mondial. Maintenant, les autres, que ce soit le Burkina, la Côte d’Ivoire ou la Tanzanie, pour moi, c’est 50-50. Donc il y a de la chance pour nous.
Avec le recul, qu’est-ce qui avait été la faiblesse du Burkina Faso à la CAN en 2022 ?
Il faut se dire qu’on était un peu limité. Même nous, au niveau de l’encadrement technique. Quand tu joues avec une équipe, c’est toujours avec l’intelligence de l’entraîneur, l’intelligence des joueuses.
Notre match contre le Sénégal, on avait joué le match de la veille contre le Maroc. Le Sénégal a joué le lendemain. Donc, on se disait qu’il y avait un jour de retard. Si on mettait l’accent, on pouvait gagner. Mais nous avons perdu 1-0. C’était un pénalty même, à la 85e minute. Avec un peu de recul, on aurait joué ce match pour un nul. Ce sont des erreurs que nous n’allons plus commettre.
Quels sont les objectifs ?
Il faut d’abord battre une équipe. Après, on verra pour la suite. Quand un Etalon commence à gagner, il ne veut plus perdre. Il s’agira de gagner d’abord le premier match, ses trois premiers points dans une CAN. Les supporters vont dire qu’on va remporter. Si nous avons une opportunité, nous allons prendre. Mais à défaut, on bouscule et on verra aussi pour la Coupe du Monde. Pour peu que tu sois demi-finaliste, tu es d’office qualifié pour la Coupe du Monde.
La Côte d’Ivoire pourrait-elle donc être la première victime du Burkina à la CAN ?
Si tout va bien, on espère qu’à la fin du match, au soir du 17 mars, si la CAN a lieu (19 :40), le Burkina Faso aura ses trois premiers points et la Côte d’Ivoire devrait courir derrière soit l’Afrique du Sud, soit la Tanzanie. Nous sommes très confiants et on a aussi des filles qui peuvent faire la victoire.
Avez-vous le soutien des autorités politiques et du football burkinabè ?
Oui. Parce que tout ce qu’on a demandé est en voie d’être résolu. La Fédération nous a déjà permis de faire l›externat. Après, le ministère va prendre le relais avec l’internat. Et lors de la journée FIFA, ils vont nous permettre de voyager et de jouer. Maintenant, nous demandons qu’au niveau des primes, des décisions claires soient prises. Jusqu’à présent, ça varie. De 2021 à maintenant, ça varie.
Ça s›est amélioré ?
Non, en baisse. Pratiquement même de moitié. En plus de cela, jusqu’à présent, il n’y a pas de textes qui règlent le football féminin. Cela est un handicap qui peut jouer sur la motivation des filles. Si quelque chose pouvait être fait dans ce sens, la tâche de l’encadrement technique serait beaucoup facilitée, car ça apporterait de la sérénité au sein de l’équipe.
Je voudrais, pour finir, remercier les autorités, la presse, les supporters et tout le public burkinabè pour leur soutien constant à l’équipe nationale féminine. Je leur demande de continuer ainsi, parce que ça nous aide à nous surpasser pour défendre valablement les couleurs nationales.o
Propos recueillis par Jacques Théodore Balima (Collaborateur)


