
• La Société a présenté ses performances, lors du TRANSLOG 2026
• Près d’un million de tonnes de marchandises par an vers ces pays
• 45 milliards FCFA dans les infrastructures et les locomotives
Pour les pays enclavés, l’accès aux ports et aux marchés internationaux représente un enjeu économique majeur. Au Burkina Faso, où l’approvisionnement en hydrocarbures, en intrants industriels et en biens de consommation dépend largement des corridors de transit, le transport ferroviaire occupe une place stratégique. Exploité depuis août 1995 par SITARAIL, dans le cadre d’un partenariat public-privé entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, le réseau Abidjan–Ouagadougou contribue à relier l’économie burkinabè aux circuits du commerce international. Au moment où les pays de l’AES cherchent à consolider leurs échanges et à sécuriser leurs approvisionnements, la performance des corridors logistiques devient un facteur déterminant de compétitivité. Présentée, lors du 5e Symposium sur le transport et la logistique (TRANSLOG 2026), qui se tient du 20 au 22 octobre 2026, à Ouagadougou, l’expérience de SITARAIL met en lumière les possibilités offertes par le rail, mais aussi les investissements et les efforts de coordination nécessaires pour en faire un véritable instrument de désenclavement économique. « Performance des corridors de transit vers les pays enclavés : contraintes, gouvernance et coordination des acteurs », c’est sur cette thématique que Marie Nadège Diarra/Lompo, Directrice commerciale de SITARAIL, s’est entretenue avec les participants.
Le rail comme moyen d’approvisionnement du Burkina Faso
Le rôle de SITARAIL va au-delà du simple acheminement des marchandises. En reliant le port d’Abidjan à plusieurs centres économiques du Burkina Faso, notamment Bobo-Dioulasso et Ouagadougou, elle participe à la continuité des chaînes d’approvisionnement et à la circulation des biens indispensables au fonctionnement de l’économie nationale. Son activité porte sur plusieurs catégories de marchandises : hydrocarbures, conteneurs, produits finis et semi-finis, fer, bobines, clinker, intrants de production et produits agricoles transformés ou non transformés. Cette diversité fait du chemin de fer un outil logistique au service de l’économie nationale.

Selon Mme Diarra, l’entreprise transporte environ un million de tonnes de marchandises par an et traite quelques 20.000 Equivalents vingt pieds (EVP), une unité utilisée pour mesurer les volumes de conteneurs. Son exploitation représente entre 40 et 50 trains par semaine, soit une moyenne annoncée de sept trains par jour.
Ces volumes illustrent la contribution du rail à l’approvisionnement du marché burkinabè. En permettant le transport de marchandises en quantités importantes, le chemin de fer offre une solution adaptée aux besoins des opérateurs économiques, des industriels et des importateurs.
Abidjan, une porte vers les marchés internationaux
L’efficacité du corridor ferroviaire repose également sur sa connexion aux infrastructures portuaires ivoiriennes. Les plateformes Abidjan Terminal et Côte d’Ivoire Terminal disposent d’une connexion directe à l’hinterland par le rail. Cette articulation entre les installations portuaires et le réseau ferroviaire facilite l’acheminement des marchandises vers les pays de l’intérieur.
Les deux terminaux permettent au port autonome d’Abidjan de traiter plus de 1,5 million de conteneurs par an. La présentatrice a aussi précisé que 70 % des volumes débarqués étaient acheminés en conteneurs grâce au réseau terrestre. Avec environ 1.150 kilomètres de voie ferrée entre Abidjan et Ouagadougou, le corridor ferroviaire constitue un axe structurant des échanges entre les deux pays. Il complète le corridor routier, long d’environ 1.120 kilomètres, en offrant une capacité de transport de masse particulièrement adaptée aux marchandises pondéreuses et aux flux réguliers. Le désenclavement ne se résume donc pas à la présence d’une voie ferrée. Il dépend aussi de la capacité à assurer une liaison fluide entre le port, le rail, les formalités douanières et les réseaux de distribution à l’intérieur des pays.
Des contraintes fonctionnelles à surmonter
Malgré ses atouts, le corridor ferroviaire reste confronté à des difficultés qui limitent son potentiel. La première concerne le vieillissement des infrastructures. SITARAIL prévoit un plan d’urgence de 100 millions d’euros pour la période 2027-2029, destiné à la réfection des parties sensibles du réseau.
Une étude de faisabilité portant sur la réhabilitation de 1.200 kilomètres de voie ferrée est également envisagée pour la période 2029-2035. L’ambition affichée est de moderniser le réseau, afin d’atteindre des vitesses de 80 km/h pour le fret et de 110 km/h pour les voyageurs.
La remise à niveau des infrastructures constitue un enjeu central pour la pérennité du transport ferroviaire. Un réseau mieux entretenu peut favoriser la régularité du trafic, améliorer la sécurité de l’exploitation et permettre une utilisation plus efficace du matériel roulant. Une autre difficulté réside dans le déséquilibre des flux commerciaux. D’après les données de SITARAIL, 85 % des marchandises transportées circulent de la Côte d’Ivoire vers le Burkina Faso, contre seulement 15 % dans le sens inverse. Cette asymétrie complique le remplissage des trains au retour et pèse sur l’optimisation des capacités. Les perspectives présentées par SITARAIL s’inscrivent dans une ambition qui dépasse la seule liaison entre Abidjan et Ouagadougou. L’entreprise entend renforcer le rôle du rail dans l’approvisionnement de l’hinterland et accompagner des projets structurants, notamment le port sec de Ferké, dont la mise en service est annoncée pour fin 2028, ainsi que le dépôt de Bouaké, prévu en 2029. La présentation évoque également une ouverture vers les pays de l’Alliance des États du Sahel. Pour ces États enclavés, la diversification et la consolidation des corridors d’approvisionnement constituent des enjeux majeurs de résilience économique. L’accès aux ports, la disponibilité des infrastructures et la fiabilité des services de transport influencent la capacité à maintenir les échanges commerciaux et à soutenir les activités productives.
Dans cette perspective, le chemin de fer peut contribuer à renforcer les connexions entre les ports, les centres économiques, les producteurs et les marchés. Mais l’extension de cette dynamique à d’autres pays de l’AES ne saurait être considérée comme acquise : elle dépendra de la réalisation des infrastructures annoncées, de la coordination entre les États et les opérateurs, ainsi que de la mise en place de solutions logistiques adaptées aux besoins de chaque corridor.
Jacques Théodore BALIMA (Collaborateur)
Près de 45 milliards FCFA pour renforcer les capacités
Consciente des enjeux liés à la croissance des échanges, SITARAIL a engagé, depuis 2025, un programme d’investissement de 45 milliards FCFA, destiné au renforcement de ses capacités opérationnelles. Dans ce cadre, quatre locomotives GL30 ont été réceptionnées et mises en service. L’entreprise prévoit également l’arrivée de dix locomotives AC à l’horizon 2028. Sur le volet du matériel remorqué, 340 wagons-plateaux sont prévus, dont 100 déjà réceptionnés et mis en service. Par ailleurs, 80 wagons-citernes sont en cours de réalisation ou d’acquisition, selon la présentation de l’entreprise.
Ces équipements doivent permettre d’atteindre une capacité annuelle globale de 30.000 EVP. L’objectif est d’accroître les volumes transportés, de réduire les délais d’acheminement et d’améliorer la fiabilité, ainsi que la ponctualité des opérations. Les ambitions commerciales sont également chiffrées. Après avoir transporté 17.354 EVP en 2025, contre 15.347 en 2024, SITARAIL vise 20.000 EVP à la fin de 2026, soit une progression annoncée de 15 %, puis 24.000 EVP en 2027, correspondant à une hausse de 20 % par rapport à l’objectif de 2026.




