
• Selon un rapport de la Banque africaine de développement (BAD)
• Des montants au même niveau que les investissements directs extérieurs (IDE)
• Des transferts aux ménages, dans l’immobilier, l’agriculture, l’élevage et les mines
Entre 200 et 350 milliards FCFA. Ce sont les montants estimés que les Burkinabè vivant hors de la mère patrie transfèrent au pays chaque année. Ces chiffres ont été compilés par la Banque africaine de développement (BAD) et contenus dans le rapport pays 2026, Burkina Faso, sur le thème : “Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement du Burkina Faso dans un marché fragmenté”, paru en octobre 2026.
Dans le document, les experts de la Banque affirment que ces montants, transférés par la diaspora burkinabè, sont aujourd’hui au même niveau que les investissements directs extérieurs (IDE). Toute chose qui fait dire aux rapporteurs que la diaspora burkinabè constitue un levier financier stratégique pour le Burkina Faso, contribuant à hauteur de 3 % environ du PIB en 2025, se trouvant au même niveau que les investissements directs extérieurs (IDE) reçus. Contrairement à l’APD, qui a montré une tendance à la baisse ces dernières années, les transferts de fonds de la diaspora burkinabè sont globalement stables, avec une estimation entre 200 et 350 milliards FCFA chaque année (entre 357 et 625 millions US$).
Dans quels secteurs vont tous ces transferts d’argent ?
Selon le rapport de la BAD, les transferts sont principalement destinés au soutien des ménages (santé, éducation, alimentation), à l’immobilier, à des investissements dans l’agriculture, l’élevage et les mines. Il ressort aussi que la diaspora burkinabè est également active dans la participation au Fonds de soutien patriotique (FSP). Si la contribution de la diaspora burkinabè est conséquente, les rapporteurs déplorent qu’en dépit du nombre élevé de la diaspora burkinabè, dont une grande partie en Afrique, notamment en Côte d’Ivoire, le transfert moyen par diaspora reste largement en deçà de la moyenne africaine de 2.434 US$ par an. Cela indique une potentialité en termes de capacité de financement de la diaspora, non exploitée.
Selon les rapporteurs, la contribution financière de la diaspora burkinabè peut dépasser les montants actuels. Ils disent en vouloir pour preuve les opportunités qu’offrent les différentes réformes de digitalisation pour faciliter les transferts d’argent entamés par la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). A titre illustratif, le rapport de la BAD mentionne le récent lancement, par la BCEAO, de la Plateforme interopérable du Système de paiement instantané (PI-SPI), permettant des virements immédiats entre comptes bancaires, portefeuilles électroniques (mobile money) et institutions de microfinance dans l’ensemble des 8 pays de l’UEMOA, réduisant le coût des transferts, du moins, concernant près de 75% de la diaspora burkinabè. La BCEAO facilite également l’ouverture de comptes bancaires en FCFA pour la diaspora de l’UEMOA dans leur pays d’origine, afin de capter les flux extérieurs. Le rapport de la BAD a révélé que les transferts de fonds de la diaspora constituaient l’une des sources de financement extérieur les plus importantes et les plus stables en Afrique.
“Diaspora Bond” et le Sukuk souverain, des mécanismes pour lever des fonds avec la diaspora burkinabè
Sur la base de cette confiance à lever des fonds endogènes, le gouvernement s’est tourné vers sa diaspora, à travers deux opérations. Le gouvernement a lancé, en mai 2026, la première tranche de 125 milliards FCFA d’un programme de “Diaspora Bond” visant à lever 240 milliards FCFA sur la période 2026-2027 auprès des Burkinabè de l’extérieur. Cette première tranche comprend deux émissions. L’émission A vise à mobiliser 45 milliards FCFA sur 5 ans (2026-2031), pour un taux d’intérêt de 6,75%, et l’émission B qui compte collecter 80 milliards FCFA sur 7 ans (2026-2035), pour un taux d’intérêt de 6,85%. Les Diaspora Bond sont, en effet, des obligations émises par l’Etat et spécialement conçus pour les Burkinabè résidant à l’étranger, en leur offrant la possibilité d’investir directement dans le développement économique et social du Burkina Faso. Les ressources collectées sont destinées à financer des projets structurants, en particulier, des unités industrielles et des infrastructures.
Elles visent aussi à soutenir la stratégie de souveraineté financière, en orientant l’épargne vers des projets structurants plutôt que la seule consommation privée. Il faut préciser que la première phase de la Diaspora Bond a permis de mobiliser 151,5 milliards FCFA, sur un objectif initial de 125 milliards FCFA. Le Sukuk souverain, quant à lui, a mobilisé 77,5 milliards, pour un objectif de 75 milliards.
Ambéternifa Crépin SOMDA
Financement endogène : compter d’abord sur les Burkinabè
Le président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, ne cesse d’exhorter le peuple à compter sur lui-même pour son développement. En d’autres termes, le développement endogène sera désormais mis en exergue. Cette endogénéité vise à mettre le Burkina Faso à l’abri des financements extérieurs dont certains sont conditionnés et empêchent le pays “d’arracher” sa souveraineté économique et politique. Mais concrètement, sur quels leviers actionner pour enclencher le financement endogène ? Parmi les mécanismes de financement endogène, l’Etat burkinabè a mis en place le Fonds de soutien patriotique, qui, de 2023 à 2026, a permis aux Burkinabè de cotiser plus de 750 milliards FCFA. Preuve de la capacité collective des Burkinabè à cotiser eux-mêmes pour leur développement.

