Immersion patriotique des professionnels des médias: 44 journalistes dans le quotidien de la Police nationale
• Retour sur les à-côtés
• “Qui vous a dit que les immergés mangaient avec les ministres ?”
• Elle était volontaire et sans condition

En 5 jours, soit du 9 au 14 août 2026, ils ont rangé caméras, micros et bics pour “s’incruster” dans le quotidien des forces de sécurité, à travers la Formation militaire de base (FMB), le maniement des armes, le secourisme, les reflexes et aptitudes en mode d’attaques ennemis, la gestion du stress, etc. Eux, ce sont les 44 journalistes issus des médias burkinabè venus des quatre coins du Burkina Faso, qui ont pris part à l’immersion patriotique des professionnels des médias (IPPM) qui a eu lieu dans l’enceinte de l’Académie de police, à Pabré.
“Gardez-vous”, “repos”, “au temps”, ”fixe”, “à gauche, gauche”, “à droite, droite”, demi-tour, à droite”

Sur un message militaire, “regroupement terminé pour l’immersion est prévu ce dimanche 9 août 2026 à 14h00, à l›École nationale de police, sise à Gounghin”.
Sur les lieux, nous avions compris aussitôt ce qui nous attendait à l’Académie de police, à Pabré, et pour cause, nos hôtes, sur un ton martial, ont sifflé le rassemblement pour faciliter la distribution de la tenue militaire et de la kalachnikov qui deviendra notre “bébé” pendant les 5 jours qui allaient suivre.
Une fois dans nos tenues militaires avec armes, chacun découvrait son binôme avec surprise, car nos tenues civiles faisaient place aux tenues des forces de sécurité. Mieux, nous avions commencé à se familiariser avec les termes militaires, “gardez-vous”, “repos”, “au temps”, ”fixe”, “à gauche, gauche”, “à droite, droite” “demi-tour, à droite”.
Le “lavage de la boue”

Avec nos formateurs qu’on appellera plus tard nos “monos”, avec à sa tête le Commissaire Kaboré, tout se fera sur un ton militaire pour nous imposer l’ordre et la discipline. Le contraire n’était plus autorisé et les appelés que nous sommes avons commencé à comprendre dès le port de la tenue militaire qu’on ne s’appartenait plus. De l’Ecole nationale de police (ENP), nous embarquons pour l’Académie de police à Pabré, à peine que nous contemplions le paysage et nos kalachnikovs que notre car s’immobilise au poste de police, à la sortie de Pabré, et la voix du Commissaire Kaboré se fait entendre, “descendez”. En rang de deux colonnes, le confort du car fait place à la marche jusqu’à l’Académie de police, à Pabré (le fameux 8 km). Mais une fois à l’Académie de police à Pabré, un rituel va s’imposer à nous, à savoir trois tours de l’Académie de police à Pabré, sous la houlette du Capitaine Lidia Taganbou. Le tout se fera dans une fatigue “extrême” de certains mais personne n’a voulu abandonner. Nous avions eu droit au “lavage de la boue” sur nos habits avant de pénétrer dans l’enceinte.
Secourisme, reportage de guerre, l’éthique et la déontologie, la gestion du stress

A la fatigue se mêlait le sommeil, mais la dernière corvée de la journée nous attendait, laver nos tenues salies par la boue avant de retrouver nos monos pour continuer la FMB avec l’apprentissage des chants. Libérés vers minuit, le temps de tomber dans les bras de morphée, que la sirène des dortoirs nous réveille à 5 heures du matin. Pour ne pas être puni au rassemblement, il fallait dormir avec nos tenues militaires, avec la kalachnikov juste à côté, car les rassemblements étaient improvisés à tout moment. Le sommeil était pour les “faibles”. La douche aussi était au pas de course. C’est reparti pour la FMB, suivie des chants, le tout couronné par le sport “self-défense” et dans une bonne ambiance. Après le sport matinal, place au petit-déjeuner et la toilette avant de retrouver encore les monos pour la suite du programme. Les journées sont enchaînées par la FMB et des conférences sur le secourisme, le reportage de guerre, l’éthique et la déontologie, la gestion du stress, etc. Toutes ces thématiques ont été dispensées par des experts tels que Liradan Philippe Ada dont les expériences du retour de terrain de combats sont édifiantes.
Les immergés avec le GSIPN
Le 14 août, les immergés ont eu droit à un cours spécial, le maniement des armes avec le Groupe spécial d’intervention de la Police nationale (GSIPN). Un autre moment fort de cette immersion première du genre pour les journalistes. Les immergés ont été soumis à un concours de tirs au PA et à la kalachnikov. Le genre a été le moindre souci dans cette immersion, les uns et les autres se sont adaptés à tous les exercices, avec le souci de comprendre et de mieux cerner la formation et le vécu des forces de sécurité. Dans ce corps spécial de la Police nationale dirigé par le Commissaire principal Issa Zongo, vous avez affaire à des “guerriers qui nous ont aussi appris le maniement des gros calibres d’armement. Les séances de tirs se sont faites sous une grosse pluie pour finir dans une bonne ambiance de chants et de danse avec les monos. Cette journée s’est terminée par la soupe offerte par le Commandant Issa Zongo.
La soupe était bien servie
Les trois repas étaient bien garnis et servis aux immergés dans nos nouveaux plats appelés gamelles. Notre policière restauratrice était vraiment à nos soins avec des fruits en plus. Mieux, ceux qui ont passé une nuit de plus ont eu droit au petit déjeuner, à un repas local, bouillie et galettes. Aux deux repas offerts par les Commissaires Zongo et Traoré, les immergés ont bien mangé.
Une autre famille a été créée entre nous
Cette immersion a plus que jamais rapproché les journalistes qui se croisaient juste pour un reportage et que chacun rejoignait sa Rédaction. Nous avons, en 5 jours, créé une famille autour des valeurs de respect et de solidarité. Nous étions tous là l’un pour l’autre dans les manœuvres ainsi que dans les tâches domestiques. Aux grands frères qui étaient de la partie, les jeunes frères avaient cette phrase, “doyen”. Il y avait aussi cette joie de partage et de transmission du savoir.
La solidarité a été vraiment partagée
Ceux qui avaient un “bobo” et séjournaient à l’infirmerie avaient à leurs côtés leurs binômes et les autres n’hésitaient pas à faire un tour pour leur souhaiter un prompt rétablissement. Avec nos monos, des liens forts se sont noués au point qu’au moment de se séparer, l’émotion était grande et la séparation était difficile à accepter. Le point culminant de cette émotion a été le pot d’au revoir offert par le Directeur général de l’Académie de police, le Commissaire divisionnaire, Lassina Traoré, le 14 août 2026. Si certains sont rentrés après sur Ouaga, d’autres ont passé encore une nuit de plus à l’Académie, avant de retrouver leurs familles le 15 août 2026. La cérémonie de clôture a connu la présence des ministres en charge de la sécurité et de la communication. Ceux-ci ont pris du plaisir à partager la soupe avec nous. Malheureusement, une soupe qui allait aussitôt devenir salée, et pour cause, cette phrase résonne encore dans nos oreilles : “ qui a dit que les immergés avaient le droit de manger avec les autorités ?”. Nous avions eu affaire, en plein midi, à ces phrases, “tomber”, qui signifie faire des pompes et 10 tours du carré d’as avec en plus le sourire. Ces différentes manouvres, loin de nous décourager, ont davantage renforcé des liens de solidarité entre immergés. o
De retour de l’immersion, votre immergé Ambéternifa Crépin SOMDA
“Le Burkina Faso a besoin de journalistes professionnels et patriotes”
En rappel, cette immersion patriotique des professionnels des médias a été initiée par le ministère de la Sécurité, en collaboration avec le ministère de la Communication au profit des 44 journalistes, sans aucune contrainte, contrairement à ces médias mensongers. Pour preuve, sur 50 médias sollicités, le comité d’organisation n’a reçu que 44 journalistes. Du reste, aucune restriction, encore moins une contrainte n’a été donnée aux journalistes après l’immersion à orienter nos articles ou émissions. Pour le ministre de la Communication, Gilbert Ouédraogo, le Burkina Faso a besoin de journalistes professionnels et patriotes, au regard du contexte d’affirmation de souveraineté. Pour sa part, le ministre de la Sécurité, le Commissaire divisionnaire de police, Mahamadou Sana, a martelé que: « On ne peut pas parler de révolution, on ne peut pas parler de changement de mentalité, on ne peut pas parler d’éveil de conscience en révolution sans prendre en compte les hommes et les femmes des médias ». Au contraire, nous sommes revenus enrichis de plus de patriotisme et de plus de citoyenneté envers notre Patrie le Burkina Faso. Et la Police nationale reste désormais une porte ouverte aux journalistes pour une bonne collaboration.
Une stimulation de tirs la nuit
Les journalistes sont amenés souvent à faire des reportages de guerre aux côtés des Forces de défense et de sécurité. Pour avoir toutes les aptitudes, quelques notions nous ont été apprises. Ces notions ont été soumises à l’épreuve à deux reprises, à travers des stimulations de tirs pour voir notre capacité de réactivité. Un grand moment d’émotion également vécu.
Le houblon, qui es-tu ?
5 jours sans portable, ni télévision, encore moins la bière pour les habitués. Si certains ont fini par reconnaître que les deux autres sont sans effet sur leur vie, le manque de houblon commençait à se faire sentir, même votre journaliste était du lot. Après 5 jours d’absence du houblon, la délivrance pour les habitués aura lieu le 14 août, autour du repas d’au revoir, grâce aux bons soins du Directeur général de l’Académie de police, le Commissaire divisionnaire de police, Lassina Traoré.
Des humoristes, des chanteurs, des conteurs, en somme, des génies parmi les journalistes
Avec le concours des monos, nous avions une nuit improvisée, une nuit culturelle toujours dans le cadre de la FMB, mais surtout pour nous remonter le moral entre nous. Cette soirée culturelle a été l’occasion de voir le talent caché de certains d’entre nous. Si certains étaient de véritables imitateurs de nos monos dans leurs gestes de commandement de tous les jours, d’autres étaient de véritables Floby, Dez Altino ou encore Smarty. Du reste, un parmi nous est un slameur. Un autre confrère, véritable imitateur d’un illustre Wayiyan, en la personne d’Adama Compaoré, auteur de la célèbre phrase, “content, pas content, content quand même”. Dans cet exercice, notre confrère, Rahim Kouda de Kaya, également le plus jeune des immergés, a la palme d’or, grand imitateur devant l’Eternel.
Le délégué du jour, l’élevé de base, les commandements aux journalistes femmes
Dans cette immersion, tous les jours, il fallait désigner le délégué du jour pour commander durant la journée, les 44 “commandos”. Aussi, il fallait chaque jour désigner l’élève du jour pour commander une des colonnes, généralement, cette tâche qui se faisait par désignation était laissée aux bons soins des consœurs. Et leurs commandements se faisaient sans murmures!!!


