Climat des affaires et souveraineté du Burkina: « De plus en plus, notre Etat devient un levier industriel »
• L’Etat au-devant de plusieurs initiatives
• Des exonérations de 286 milliards FCFA accordées en 2024
• Le dynamisme du secteur bancaire comme une opportunité
Les acteurs du monde économique sont unanimes sur le fait qu’aucune souveraineté ne saurait se construire sans l’implication du secteur privé, lequel doit jouer le rôle d’initiateur ou de réalisateur de projets. Mais encore faut-il que l’environnement des affaires soit propice au jeu de ce rôle, et qu’il y ait des mesures d’incitations en place. Le Forum sur l’investissement souverain (FIS), tenu le 6 février 2026, sous l’égide du Patronat burkinabè, y a consacré un panel sous le thème : « Incitations, environnement des affaires et opportunités d’investissement pour la souveraineté économique du Burkina Faso ». Ce panel a été animé par plusieurs profils, notamment, Larba Issa Kobyagda, Directeur général de l’Economie et de la Planification, Oumou Diallo/Traoré, Directrice générale d’ADIPROD, Siaka Sanou, patron d’Agroserv Industrie, et Diakarya Ouattara, Directeur général de Coris Holding et vice-président de la Confédération générale des entreprises du Faso (COGEF), sous une modération de l’ancien Premier ministre, Tertius Zongo.
En matière d’incitation aux investissements et de création d’un environnement propice aux affaires, l’Etat burkinabè joue pleinement sa partition, selon le Directeur général de l’Economie et de la Planification. Pour Larba Issa Kobyagda, ce rôle consiste à créer un cadre prévisible et sécurisé pour garantir au secteur privé les opportunités. Et de souligner que le Plan RELANCE, nouveau référentiel national du développement, s’inscrit dans cette dynamique, avec la vision de « passer d’une économie de résilience à celle d’une transformation souveraine ». Pour ce faire, l’Etat s’investit dans le capital humain, à travers la formation. « Il s’agit de faire en sorte que le secteur privé puisse trouver les compétences nécessaires pour garantir la productivité et la compétitivité », explique Larba Issa Kobyagda. A en croire ce spécialiste du climat des affaires, l’Etat travaille à créer des pôles de compétitivité et de recherche appliquée, en développant et en incitant les universités à avoir des partenariats avec un certain nombre d’entreprises. Objectif, se focaliser davantage sur l’adaptation des technologies aux besoins locaux, notamment, dans le secteur agricole et dans les matériaux de construction.
Connexion des zones de production agricole et minière à celles de transformation, par la construction d’infrastructures routières ; orientation des financements vers le secteur privé, notamment, dans le domaine de la formation professionnelle et technique ; investissement dans les infrastructures numériques souveraines ; digitalisation des services ; exonérations fiscales et douanières, notamment, pour la transformation des produits agricoles, etc. , voilà autant d’autres actions entreprises par l’Etat dans le but d’améliorer l’environnement des affaires et inciter des investissements privés, selon le DG de la Planification. A titre d’exemple, 265 mesures dérogatoires ont été accordées à des entreprises en 2024, pour un montant de 286 milliards FCFA. Selon Issa Kobyagda, ces exonérations étaient de 212 milliards en 2023, la preuve, selon lui, que l’Etat s’investit davantage pour accompagner le secteur privé.
Un Etat investit dans l’amélioration de l’environnement des affaires, et Oumou Diallo peut le témoigner. Après avoir bénéficié d’un financement du Fonds burkinabè de développement économique et social, cette industrielle spécialisée dans la production du beurre de karité a pu développer son activité. D’une production d’environ 10 tonnes par jour, ADIPROD est passée à 300 tonnes par jour. Oumou Diallo estime que l’Etat joue de plus en plus son rôle aux côtés du secteur privé. « De plus en plus, notre Etat devient un levier industriel », constate la patronne d’ADIPROD.
A côté des incitations mises en place par l’Etat, les opportunités d’investissement peuvent être améliorées par les investisseurs eux-mêmes, notamment, en structurant les secteurs de la production et de la transformation. Oumou Diallo en est l’exemple. En effet, elle encadre environ 25 000 femmes organisées en coopératives pour garantir la disponibilité de la matière première. Et le résultat est là : « Aujourd’hui, ADIPROD exporte du beurre de karité partout dans le monde et nous vendons un produit de qualité qui répond aux normes internationales », se félicite la femme d’affaires. Agroserv Industrie est également dans cette dynamique de structuration. Géante de la production industrielle de maïs, cette entreprise encadre 6000 producteurs. Selon son Directeur général, Siaka Sanou, la compétitivité ne peut être garantie sans ce contrôle de la production du champ jusqu’à l’usine.
Parmi les préalables à l’investissement souverain, il y a la maîtrise des technologies industrielles, plus précisément la logistique et la maintenance. Fernando Prieto, Directeur général de PRI-Tech, fabricant d’équipements miniers, a insisté sur cette question. Pour lui, sans cette maîtrise technologique, il n’y a pas de production à grande échelle, condition d’une réalisation de la souveraineté économique.
Béranger KABRE (Collaborateur)
Le dynamisme du secteur bancaire national comme une opportunité
Pour promouvoir l’investissement productif, la question du financement reste déterminante. A ce sujet, Oumou Diallo propose que l’Etat crée un guichet unique de l’industrie qui pourra octroyer des crédits adaptés aux industriels. Mais les acteurs économiques sont unanimes, le rôle du financement ne doit être uniquement dévolu à l’Etat, les acteurs du secteur privé, les banques, notamment, doivent s’y mettre.
Pour le Directeur général de Coris Holding, les banques du Burkina jouent déjà un rôle remarquable dans le financement de l’investissement. Selon Diakarya Ouattara, le secteur bancaire a maintenu sa capacité d’intervention dans le financement de l’économie. « En 2017, nous étions à peu près à 2 milliards FCFA d’encours de financement. En 2025, nous étions à 4500 milliards FCFA, ce qui veut dire que nous sommes passés à 225% d’évolution en 11 ans », a expliqué celui qui est par ailleurs vice-président de la Confédération générale des entreprises du Faso (COGEF. A cela, le DG de Coris Holding ajoute un rapprochement du service bancaire aux populations, malgré des contraintes, sans oublier la troisième place qu’occupe le Burkina (14%) sur le marché bancaire de l’UEMOA. Cela, pour dire que le secteur bancaire national fait montre de dynamisme et de vitalité, et que l’ensemble du secteur privé devrait en tirer le meilleur profit pour participer à la souveraineté nationale.

