
• Au nombre de 14, principalement recensées
• Elles sont dénoncées par les usagers et observateurs du secteur
Frais contestés, défaut d’information, clauses jugées défavorables aux clients ou encore procédures peu transparentes. Derrière les services financiers et bancaires du quotidien se cachent parfois des pratiques dénoncées par les usagers et observateurs du secteur. Des dysfonctionnements mis en lumière dans l’étude de référence sur la protection des consommateurs de produits et services financiers de l’Observation de la qualité des services financiers (OQSF).
Placé sous l’ancrage institutionnel de l’Agence nationale de promotion de la finance inclusive (ANPFI) dont le Directeur général assume la fonction de Secrétaire technique, l’OQSF-BF est un instrument clé de promotion de la qualité des services financiers et de protection des usagers.

Le document, publié en janvier 2025, dont L’Economiste du Faso a eu copie, entend renforcer la transparence et l’information aux consommateurs, la protection contre les pratiques abusives, la responsabilité des prestataires de services financiers, l’éducation financière, le respect de la règlementation, etc. Pour la réalisation de cette étude, l’OQSF-BF bénéficie de l’appui financier du PAIF PME, à travers sa sous-composante 2.3 «Améliorer la protection des consommateurs et l’éducation financière».
Au nombre de 14, ces pratiques sont considérées comme « abusives » et vécues par les utilisateurs et observateurs des banques et établissements financiers au Burkina Faso. Il s’agit principalement :
Facturation de frais excessifs : les banques et établissements financiers imposent souvent des frais de gestion de compte, de retrait ou de transfert jugés élevés, sans fournir de justification claire ni d’explications transparentes. Ces frais, qui incluent des charges mensuelles de tenue de compte, des pénalités de retard ou des frais de découvert, sont souvent incompréhensibles pour la majorité des consommateurs. Cette opacité entraîne une méfiance croissante à l’égard du secteur bancaire. De plus, l’absence de transparence dans la communication des frais compromet le droit des consommateurs à une information éclairée. Les clients ne sont pas toujours informés des variations tarifaires, ce qui peut provoquer des surprises désagréables, lors de la consultation des relevés bancaires. Cette situation est d’autant plus préoccupante dans un contexte où l’éducation financière reste faible, rendant les consommateurs vulnérables à ces pratiques ;
Manque de transparence sur les conditions générales de leurs produits : les banques et établissements financiers souffrent souvent d’un manque de transparence concernant les conditions générales de leurs produits tels que les crédits, les taux d’intérêt et les pénalités. Les informations fournies aux clients sont parfois floues, incomplètes ou difficiles à comprendre. Ce manque de clarté peut empêcher les consommateurs de bien saisir les implications financières des contrats qu’ils souscrivent, créant ainsi un déséquilibre d’information entre les institutions et leurs clients. L’absence de communication précise sur les éléments essentiels, comme les modalités de remboursement ou les pénalités en cas de retard, laisse souvent les consommateurs dans l’ignorance. Cette situation engendre une certaine confusion et un sentiment d’injustice, particulièrement lorsque les conditions sont modifiées sans préavis, ou lorsque des frais supplémentaires sont appliqués sans explication adéquate ;
Conditions de crédit abusives : les conditions de crédit imposées par certaines banques et établissements financiers peuvent inclure des garanties disproportionnées ou des taux d’intérêt excessifs, qui ne correspondent pas toujours à la capacité réelle du client à rembourser. Les garanties exigées, souvent sous forme de biens immobiliers ou d’autres actifs de grande valeur, peuvent mettre en péril la situation financière du consommateur, notamment en cas de non-remboursement. De plus, les taux d’intérêt appliqués sont parfois bien au-dessus des standards du marché, rendant le crédit particulièrement coûteux et difficile à rembourser sur le long terme. Ce type de pratique peut particulièrement nuire aux clients les plus vulnérables, qui se retrouvent contraints d’accepter ces conditions, en raison de leur besoin urgent de financement sans avoir une pleine compréhension des risques encourus. L’absence de régulation stricte sur ces pratiques conduit à des abus qui peuvent avoir de graves conséquences financières pour les emprunteurs ;
Prélèvements injustifiés et comptes débiteurs : certains établissements financiers procèdent à des prélèvements injustifiés sur les comptes des clients sans leur consentement explicite, ce qui peut entraîner des soldes négatifs et des frais supplémentaires.
Ces prélèvements non autorisés, qui peuvent concerner des abonnements, des services ou des frais de gestion, sont souvent effectués de manière automatisée, sans que les clients en aient connaissance au préalable. Lorsque ces prélèvements génèrent un solde débiteur, des frais de découvert ou des pénalités sont alors appliqués, aggravant encore la situation financière du client. Cette pratique engendre une violation des droits des consommateurs, qui se retrouvent dans une position de vulnérabilité sans possibilité immédiate de réagir. L’absence de contrôle sur ces prélèvements et la non-communication préalable sur leur nature ou leur montant peuvent nuire gravement à la confiance envers les institutions financières ;
Prélèvement double de traites mensuelles : les erreurs techniques ou informatiques dans le système bancaire peuvent entraîner des prélèvements multiples de la même traite mensuelle, créant ainsi une situation injuste pour les clients. Ces prélèvements en double peuvent se produire sans que le consommateur en soit informé à l’avance, générant ainsi une surcharge de ses finances personnelles. Lorsque ces erreurs surviennent, elles entraînent souvent des soldes débiteurs sur les comptes, assortis de frais de découvert ou de pénalités, aggravant la situation du client. De plus, la résolution de ce type de problème peut être longue et complexe, notamment, lorsqu’il s’agit de récupérer les montants indûment prélevés. Ces erreurs, bien qu’elles soient généralement dues à des défaillances techniques, fragilisent la confiance des consommateurs dans le système bancaire et peuvent mener à des tensions entre les clients et les établissements financiers ;
Gel ou déclassement de comptes : le gel ou le déclassement de comptes sans explication claire est une pratique qui peut fortement perturber les clients bancaires. Dans de tels cas, les comptes sont bloqués ou rétrogradés à un statut inférieur, limitant l’accès des clients à leurs fonds. Cette situation peut survenir de manière soudaine, souvent sans préavis ni communication préalable sur les raisons sous-jacentes de cette décision. Les clients se retrouvent alors dans l’incapacité de réaliser des transactions courantes, telles que les paiements ou les retraits, ce qui peut entraîner des difficultés financières importantes. L’absence d’une explication transparente sur la raison du gel ou du déclassement rend cette pratique encore plus injuste, car elle prive les clients d’un accès å des informations essentielles pour comprendre et résoudre la situation. Cette opacité génère de l’anxiété et une perte de confiance vis-à-vis des institutions financières ;
Suspension des moyens de paiement : la suspension unilatérale des cartes bancaires ou des chèques, sans communication préalable, constitue une pratique préoccupante dans le secteur bancaire. Lorsqu’une banque retire subitement ces moyens de paiement sans en informer le client au préalable, ce dernier se retrouve sans accès à ses ressources financières, ce qui peut entraîner des situations de grande précarité. Cette action est souvent menée sans explication claire. Ce qui laisse le consommateur dans l’incertitude quant aux raisons sous-jacentes de la suspension. Le manque de transparence dans ce processus crée un sentiment d’injustice et de frustration. D’autant plus que les clients ne peuvent pas anticiper ni contester une telle décision avant qu’elle affecte leur quotidien. Ce manque de préavis nuit à la relation de confiance entre les clients et leurs établissements financiers ;
Non-respect des délais : le non-respect des délais, notamment des retards fréquents dans l’exécution des transferts ou d’autres opérations bancaires, constitue un problème récurrent dans certaines institutions financières. Ces délais non respectés peuvent perturber les plans financiers des clients, les empêchant d’effectuer des paiements urgents ou des investissements prévus.
Le retard dans le traitement des opérations est souvent dû à des inefficacités internes ou des erreurs techniques, mais il n’est pas toujours accompagné d’une explication claire ni d’une compensation pour les désagréments causés. Cette absence de respect des délais crée un climat de frustration et d’incertitude, en particulier, lorsque les clients dépendent de la rapidité des services bancaires pour gérer leurs finances quotidiennes.
Les retards récurrents contribuent également à une perte de confiance dans les institutions financières, remettant en question leur fiabilité et leur engagement à fournir un service de qualité ;
Découvert automatique : la création automatique de découverts sans consultation préalable des clients est une pratique courante dans certaines banques, où des facilités de découvert sont accordées sans le consentement explicite du client.
Ce processus peut entraîner une situation financière complexe, car les clients se retrouvent avec des soldes négatifs sans en avoir été informés à l’avance. Ces découverts automatiques peuvent générer des frais supplémentaires et des pénalités, souvent élevés, sans que le client en ait conscience au moment où ils sont appliqués.
L’absence de consultation préalable et la mise en place unilatérale de tels découverts créent un déséquilibre dans la relation bancaire, car le consommateur se retrouve dans une position vulnérable sans avoir pu exprimer son accord ou comprendre les implications financières de cette décision ;
Difficultés d’accès aux services en ligne : les dysfonctionnements réguliers des applications ou des sites bancaires posent un problème majeur pour les clients qui dépendent de ces outils pour gérer leurs finances. Ces pannes peuvent empêcher l’accès aux services de base tels que les virements, les paiements ou la consultation de soldes, créant ainsi des perturbations dans la gestion quotidienne des comptes. Les clients peuvent se retrouver incapables de réaliser des transactions urgentes, ce qui peut avoir des conséquences financières, notamment en cas de paiement en retard ou d’incapacité à effectuer des paiements importants. L’absence de communication claire et rapide sur la durée des dysfonctionnements ou les causes sous- jacentes de ces pannes accroît la frustration des utilisateurs et nuit à leur confiance envers
l’établissement bancaire. Ces difficultés d’accès soulignent également la dépendance croissante aux services en ligne et la nécessité d’une infrastructure technique solide et fiable pour garantir un service bancaire fluide ;
Entrave à la mobilité bancaire : les clients rencontrent souvent des obstacles lorsqu’ils tentent de changer d’établissement financier, notamment en raison du refus ou de la difficulté d’obtenir les documents nécessaires à la fermeture de leur compte ou au transfert de leurs fonds. Ces documents, tels que les relevés de compte, les certificats de solde ou les attestations de fermeture, sont parfois réticents à être fournis ou rendus dans les délais impartis. Cette situation crée des complications pour les clients qui peuvent être bloqués dans le processus de changement de banque, tout en étant contraints de continuer à supporter des frais ou des conditions non souhaitées. Le manque de coopération de la part de l’institution financière actuelle peut ainsi rendre le passage à un autre établissement long et frustrant. L’absence de transparence et d’efficacité dans ce processus nuit à la liberté des consommateurs de choisir librement leurs services financiers et peut également entraîner des tensions avec les établissements concernés ;
Demandes de réaménagement de prêts non traitées : les clients confrontés à des difficultés financières peuvent rencontrer des problèmes lorsqu’ils sollicitent une restructuration de leurs dettes auprès de leurs établissements financiers. Souvent, ces demandes sont ignorées ou rencontrent des retards importants dans leur traitement, ce qui aggrave la situation des emprunteurs. L’absence de réponse ou la lenteur des démarches peuvent laisser les clients dans une incertitude totale, les empêchant de prendre les mesures nécessaires pour réorganiser leurs finances. Cela peut également conduire à une accumulation de frais de retard ou de pénalités supplémentaires, exacerber le stress financier et nuire davantage à la solvabilité du client. Ce manque de réactivité des institutions financières crée une impression d’indifférence et d’inefficacité, ce qui complique encore davantage la gestion des difficultés financières pour les consommateurs ;
Refus injustifié d’octroi de prêts : le refus d’octroi de prêts sans explication claire ni justification précise est une pratique qui peut être perçue comme injuste et opaque. Les clients sont souvent confrontés à des décisions qui semblent arbitraires, sans qu’ils aient accès aux critères exacts utilisés par l’établissement financier pour évaluer leur demande. De plus, ces refus peuvent être fondés sur des critères discriminatoires, tels que des facteurs socioéconomiques ou des caractéristiques personnelles, plutôt que sur une évaluation objective de la solvabilité du client. L’absence de transparence dans le processus décisionnel alimente la frustration des emprunteurs, qui ne peuvent pas comprendre pourquoi leur demande a été rejetée ni comment améliorer leur situation pour réussir une future demande. Ce manque de clarté et de critères équitables nuit à la confiance des consommateurs et crée un environnement où les décisions bancaires apparaissent comme injustes ;
Contestation de souscription à un prêt : certaines situations se caractérisent par des clients qui contestent avoir accepté des offres de crédit, affirmant qu’ils n’ont pas souscrit aux prêts qui leur sont attribués. Ces contestations peuvent survenir lorsqu’une signature ou une acceptation a été obtenue par des moyens douteux, tels que des pressions commerciales ou des informations trompeuses. Les clients se retrouvent alors face à des dettes qu’ils ne reconnaissent pas, souvent accompagnées de frais et de pénalités supplémentaires. L’absence de preuves claires ou de documentation transparente sur le processus de souscription complique la résolution de ces disputes, créant une atmosphère de méfiance et de frustration. Cette situation est d’autant plus problématique lorsqu’elle touche des consommateurs peu informés ou vulnérables, qui peuvent se retrouver pris dans un cercle vicieux de dettes non consenties;
Difficultés de résiliation de contrats d’assurance liés aux produits bancaires : les clients souhaitant mettre fin à leurs contrats d’assurance liés aux produits bancaires rencontrent souvent des procédures complexes et lourdes, rendant la résiliation difficile et fastidieuse. Les démarches nécessaires pour annuler ces contrats peuvent inclure des formulaires interminables. Des délais d›attente prolongés, et parfois même des exigences supplémentaires qui ne sont pas clairement expliquées dès le départ. Ce processus contraignant empêche de nombreux consommateurs de résilier leurs engagements dans les délais impartis, les forçant à continuer de payer des primes d’assurance pour des produits qu’ils ne souhaitent plus. L’absence de flexibilité dans les modalités de résiliation nuit à la liberté des clients et crée un sentiment d’impuissance face à des pratiques jugées injustes.o
ESS
Les recommandations à l’endroit des banques et établissements financiers
Pour renforcer la protection des consommateurs des produits et services financiers, nous recommandons :
créer un mécanisme de médiation bancaire : mettre en place un médiateur bancaire indépendant pour résoudre les litiges rapidement, à moindre coût et de manière équitable (existe déjà à OQSF) ;
améliorer la transparence et la communication : exiger une meilleure lisibilité des contrats bancaires et des grilles tarifaires, avec des explications simples et accessibles aux clients et mettre en place des systèmes d’alerte automatiques pour informer les clients des prélèvements et des modifications de tarification ;
renforcer l’éducation financière : développer des programmes de sensibilisation pour aider les consommateurs à comprendre les produits et services financiers, ainsi que leurs droits et responsabilités ;
standardiser les informations : imposer aux banques de présenter les frais, les taux et les conditions dans des formats standardisés, facilement compréhensibles et comparables ;
protéger les données personnelles : introduire des dispositions spécifiques pour encadrer la collecte, le traitement et la protection des données des clients ;
renforcer les contrôles et sanctions : accroître la fréquence et la rigueur des contrôles effectués par la Commission bancaire et appliquer des sanctions plus sévères en cas de manquements ;
promouvoir l’inclusion financière : promouvoir des initiatives visant à inclure davantage de populations vulnérables dans le système bancaire, notamment via des produits financiers adaptés et accessibles ;
encadrer les pratiques commerciales : règlementer les stratégies de marketing des banques pour éviter les publicités trompeuses ou les offres de crédit excessivement permissives.
Les recommandations à l’endroit des banques et établissements financiers


