
• Des performances encourageantes
• Portées par l’agriculture, les ressources extractives et le dynamisme de la demande intérieure
• Selon la note de conjoncture de l’UEMOA de juillet 2026
Alors que l’économie mondiale traverse une nouvelle zone de fortes turbulences marquées par la flambée des prix de l’énergie, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les incertitudes sur les marchés internationaux, les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) affichent une résilience économique remarquable. La Commission de l’UEMOA a publié, début juillet 2026, la note de conjoncture de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.
Publiée chaque trimestre par la Commission de l’UEMOA, la note de conjoncture économique est l’un des principaux instruments de suivi de l’économie régionale. Elle propose une photographie de l’état de santé des huit économies de l’Union, elle analyse l’évolution des grands indicateurs macroéconomiques et sectoriels, tout en évaluant les effets de l’environnement international sur les performances des États membres.
Dans sa dernière note de conjoncture qui prend en compte les statistiques du 1er trimestre de l’Union, la Commission de l’UEMOA met en lumière une tendance qui se confirme depuis plusieurs mois : les économies de l’Alliance des États du Sahel (AES) font preuve d’une résilience remarquable, malgré un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, la volatilité des prix de l’énergie et les incertitudes sur le commerce mondial. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger continuent d’enregistrer des performances encourageantes, portées principalement par l’agriculture, les ressources extractives et le dynamisme de la demande intérieure.
La guerre au Moyen-Orient a provoqué un regain de nervosité sur les marchés mondiaux. Au premier trimestre 2026, le prix du pétrole Brent a bondi de 26,5 % en un trimestre. Le rapport souligne que le prix du pétrole Brent a atteint près de 80,5 dollars le baril (environ 46.000 F CFA). Un baril correspond à 159 litres de pétrole brut, qui sont ensuite raffinés pour produire l’essence, le gasoil, le kérosène et d’autres dérivés. Son évolution est donc suivie de près, car elle influence les coûts de transport, les prix des carburants et, plus largement, le niveau général des prix dans les économies importatrices de pétrole comme celles de l’UEMOA. De plus, les cours du gaz naturel liquéfié ont progressé de plus de 32 %. Dans le même temps, l’or a atteint des sommets historiques, franchissant momentanément la barre des 5.000 dollars l’once, sous l’effet de la demande des investisseurs à la recherche de valeurs refuges.
Dans un tel environnement, les économies fortement dépendantes des importations énergétiques auraient pu être particulièrement exposées.
Avec une croissance estimée à 6,5 % en 2025, l’UEMOA confirme sa place parmi les espaces économiques les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest. Cette performance repose, toutefois, sur des réalités contrastées selon les pays. Si la Côte d’Ivoire demeure la locomotive de l’Union avec une croissance attendue de 8,3 %, portée par les investissements, l’agriculture et les services, le Sénégal poursuit son accélération (6,7 %), stimulée, notamment, par l’entrée en production de ses champs pétroliers et gaziers. Le Burkina Faso complète ce trio de tête avec une croissance estimée à 6,6 %, devant le Niger (5,8 %) et le Mali (5,6 %), tandis que les autres pays de l’AES affichent eux aussi des signes de résilience.
L’agriculture, principal pilier de la résilience de l’AES
Parmi les trois pays de l’AES, le Burkina Faso apparaît comme celui qui présente les performances les plus marquantes sur plusieurs indicateurs.
La croissance économique du pays est estimée à 6,6 % en 2025, contre 5,3 % en 2024. Cette progression repose d’abord sur l’agriculture, qui demeure le principal moteur de l’activité économique nationale. Les premières estimations de la campagne agricole 2025-2026 font état d’une production vivrière de 8,39 millions de tonnes, soit une hausse de 16,5 % par rapport à la campagne précédente. Aucun autre pays de l’Union n’enregistre une progression comparable.
À titre de comparaison, la production vivrière augmente de 9,2 % au Niger, de 6,1 % au Bénin, de 5,1 % en Côte d’Ivoire et de 4 % au Mali. La moyenne régionale se situe à 6,7 %.
Cette performance s’explique par la forte progression des productions céréalières, en particulier le maïs et le riz, ainsi que par une augmentation de 15 % de la production cotonnière. La culture de l’arachide poursuit également sa progression.
Au-delà de l’agriculture, le Faso continue de consolider son appareil productif. Certes, l’activité industrielle a marqué un léger ralentissement par rapport au trimestre précédent (-4 %), mais la comparaison avec l’année passée montre une progression de 8,5 %. Cette performance repose, notamment, sur la bonne tenue des industries extractives, la production d’énergie et certaines activités agroalimentaires, qui continuent de soutenir la croissance malgré un contexte régional difficile.
La situation du Mali apparaît plus contrastée. L’économie malienne continue de bénéficier d’une base agricole importante. La campagne 2025-2026 devrait se traduire par une hausse de 4 % de la production agricole. Les récoltes de maïs progressent de plus de 20 %, tandis que le fonio enregistre également une évolution favorable. Cependant, certaines cultures stratégiques affichent des contreperformances. Le mil recule de 13,3 % et la production de riz diminue de 6,6 %, révélant les difficultés auxquelles le secteur agricole demeure confronté. Toutefois, l’un des faits marquants de la période concerne l’industrie. Au premier trimestre 2026, la production industrielle malienne progresse de 8,3 % par rapport au trimestre précédent. Cette hausse est principalement portée par la reprise de l’égrenage du coton, dont la production augmente de plus de 62 %, ainsi que par l’activité textile qui double pratiquement sur la période. La reprise de la mine d’or de Loulo-Gounkoto contribue également à soutenir l’activité extractive. Pour autant, cette embellie ne doit pas masquer les difficultés structurelles auxquelles le pays reste confronté. Malgré le rebond observé sur un trimestre, la production industrielle demeure inférieure de 23,3 % à son niveau du premier trimestre 2025.
Le Niger présente également des signaux encourageants. Après une campagne agricole difficile, le pays renoue avec une croissance de la production agricole estimée à 9,2 %. La production totale devrait dépasser 11 millions de tonnes. L’arachide, l’une des principales cultures d’exportation, progresse de plus de 8 %, tandis que la production de riz affiche une nette amélioration. Le mil et le niébé continuent également de jouer un rôle central dans l’approvisionnement alimentaire. Au-delà de l’agriculture, le Niger bénéficie désormais d’un facteur nouveau : l’exploitation des ressources pétrolières. Dans la note de conjoncture, la Commission de l’UEMOA souligne que le développement de nouveaux gisements pétroliers et gaziers dans la région constitue l’un des moteurs de la croissance économique régionale. Dans ce contexte, le Niger apparaît comme l’un des pays susceptibles de tirer profit de cette nouvelle dynamique énergétique.
Une inflation en net recul dans l’espace communautaire
Dans l’ensemble de l’UEMOA, la production vivrière est estimée à plus de 76 millions de tonnes pour la campagne 2025-2026, soit une progression de 6,7 %. Les cultures d’exportation augmentent de près de 9 %.
L’autre enseignement majeur de la note concerne l’évolution des prix. Après plusieurs années marquées par les effets de la pandémie, de la guerre en Ukraine et des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, l’inflation connaît une décrue significative dans l’espace UEMOA. Cette amélioration constitue une bonne nouvelle pour les ménages.
La hausse des prix alimentaires, qui avait fortement affecté le pouvoir d’achat ces dernières années, ralentit grâce à l’amélioration de l’offre agricole. Les bonnes récoltes enregistrées dans plusieurs pays contribuent à stabiliser les marchés et à réduire les tensions sur les denrées de base. Au niveau des Etats membres, ce repli, au 1er trimestre, est porté par la baisse de prix au Sénégal (-2%), au Niger (-1,4%) et, dans une moindre mesure, au Mali (-0,1%). En particulier, au Sénégal, la baisse des prix résulterait de la forte diminution des prix des produits alimentaires (-4,5%), du recul des prix du transport (-1,5%), après les mesures de baisse des prix à la pompe effectives dans plusieurs Etats membres depuis la fin de l’année 2025, et dans une moindre mesure, par la baisse des prix des biens d’équipement (-0,2%).
De même, au Niger et au Mali, la détente observée sur les prix résulte essentiellement de la forte diminution des prix des produits alimentaires, à la faveur des bonnes récoltes réalisées dans la zone du Sahel. Cependant, la détente des prix dans la région a été légèrement amoindrie par la remontée des prix enregistrée en Côte d’Ivoire (+0,7%), au Burkina Faso (+0,4), en Guinée-Bissau (+0,04%) et au Togo (+2,1%). Dans ces pays, l’évolution des prix a été influencée par la hausse relative des prix du transport et le renchérissement des prix des produits alimentaires, en particulier en Côte d’Ivoire et au Togo. Au Bénin, les prix sont restés stables par rapport à leurs niveaux au trimestre précédent.
La stabilité conjoncturelle des prix à la consommation a été favorisée par la détente des prix des produits alimentaires qui est potentiellement liée à la bonne campagne agricole 2025-2026 observée au niveau régional. En perspective, sur la base des informations récentes de l’évolution des prix à la consommation au niveau de l’UEMOA, l’inflation amorcerait un léger redressement en 2026, après le creux de 2025. Dans certains pays, notamment le Burkina Faso et le Niger, l’inflation demeurerait marquée par des pressions désinflationnistes persistantes. En effet, les niveaux projetés s’établiraient respectivement autour de 1,2% au Burkina Faso et −1% au Niger, ce dernier pays continuant d’enregistrer une contraction notable des prix.
Malgré ces résultats encourageants, plusieurs risques continuent de peser sur les perspectives économiques régionales. La note de conjoncture évoque, entre autres, que la hausse des prix internationaux de l’énergie pourrait entraîner un renchérissement des coûts de production et de transport. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient restent susceptibles de provoquer de nouvelles perturbations des marchés mondiaux. La volatilité des cours des matières premières constitue également une source d’incertitude. Alors que l’or atteint des niveaux record, d’autres produits stratégiques pour l’Afrique de l’Ouest, comme le cacao ou le café, enregistrent des replis significatifs. Sans oublier que les défis sécuritaires et climatiques demeurent présents dans plusieurs pays du Sahel et continuent de représenter un facteur de vulnérabilité.
ESS
Recettes : finances publiques: des recettes en hausse de 9,4%
Au cours du premier trimestre de l’année 2026, les données conjoncturelles sur les finances publiques de l’Union indiquent que les recettes budgétaires totales s’y sont établies à 5.496,4 milliards FCFA (mds), contre 5.022,7 mds au même trimestre de l’année précédente. Cette évolution correspond à une augmentation de 473,7 mds, et à une progression relative de 9,4%.
L’évolution de la situation financière dans les Etats membres de l’Union indique une hausse des recettes, constatée en glissement annuel, qui s’explique par l’augmentation des recettes totales en Côte d’Ivoire (+219,1 mds, soit +9,9%), au Sénégal (+109,4 mds, soit +10,6%), au Burkina Faso (+86,3 mds, soit +11,8%), au Togo (+27,4 mds, soit +12,8%), au Niger (+23,9 mds, soit +8,2%) et au Bénin (+8,4 mds, soit +1,7%). En revanche, sur la même période, les recettes budgétaires totales ont diminué en Guinée-Bissau (-0,8 mds, soit -2,5%).
S’agissant des recettes fiscales, elles se sont affichées en hausse de 658 mds (+15,2%), par rapport au premier trimestre de l’année 2025. Cette évolution des recettes fiscales, au niveau régional, s’explique par la progression de ces recettes dans tous les Etats membres de l’UEMOA, notamment en Côte d’Ivoire (+384 mds, soit +21,5%), au Sénégal (+116,2 mds, soit +12,0%), au Burkina Faso (+98mds, soit +15,6%), au Togo (+27,9 mds, soit +13,4%), au Niger (+21,2 mds, soit +8,1%), au Bénin (+9,5 mds, soit +2,1%) et en Guinée-Bissau (+1,2 mds, soit +4,6%).
Quant aux recettes non fiscales, elles sont ressorties en baisse de 25,0 mds (-5,1%), en glissement annuel. Cette progression a été essentiellement impulsée par la baisse de ces recettes en Côte d’Ivoire (-18,9 mds, soit -6,8%), au Sénégal (-12,8 mds, soit -22,6%), au Togo (-0,6 mds, soit -1,3%) et au Niger (-0,4 mds, soit -1,3%). Dans le même temps, les recettes non fiscales se sont affichées en augmentation au Bénin (+3,9 mds, soit +8,4%), au Burkina Faso (+2,9 mds, soit +4,1%) et en Guinée-Bissau (+0,9 mds, soit +20,2%).
Solde commercial excédentaire dans l’Union
Au premier trimestre 2026, le solde commercial de l’UEMOA est ressorti excédentaire, après celui du dernier trimestre 2025, battant, une seconde fois, ses niveaux historiques les plus élevés. En effet, le solde commercial est passé de 2.432,7 milliards FCFA, au quatrième trimestre 2025, à 3.071,3 mds, au premier trimestre 2026. Cette amélioration résulte des excédents enregistrés au Burkina Faso (+1.351,7 mds), en Côte d’Ivoire (+2.260,1 mds), au Niger (+85,1 mds) et au Sénégal (+45,8 mds), lesquels ont été atténués par les déficits observés dans les autres États membres. Par rapport au premier trimestre 2025, le solde commercial s’est résorbé dans tous les États membres, à l’exception de la Guinée-Bissau. En glissement annuel, le solde commercial de l’Union a ainsi connu une amélioration marquée, affichant une augmentation de 2.695,5 mds.



