Financements innovants et endogènes: le Burkina Faso prend une longueur d’avance

• Avec FSP, APEC, Faso Mêbo, participation minière, etc.
• Finance islamique, Fonds souverain, Fonds mixtes, finance numérique…
• IFPB, CERE et L’Économiste du Faso en parlent

Le Burkina Faso est-il en avance sur les modes de financements alternatifs, voire endogènes pour amorcer son développement ? Dans sa quête de souveraineté politique, le gouvernement actuel a décidé de ne plus compter sur les aides financières extérieures mais plutôt de faire confiance à sa propre capacité de financements alternatifs et endogènes. Ces modes de financements endogènes, même s’ils il y a quelques limites, se révèlent être l’une des solutions efficaces pour être moins dépendant de l’extérieur et enclencher un développement inclusif et durable. Telle est la principale conclusion à laquelle est parvenue la conférence annuelle sur les finances publiques, sous le thème : “Financement innovant et développement endogène : mobiliser des ressources nouvelles pour une croissance inclusive et durable”. Initiée par l’Institut des finances publiques du Burkina (IFPB), le Cabinet d’études et de recherches en entreprises (CERE) et L’Économiste du Faso, les conférenciers ont mis cette thématique d’actualité en discussion avec les économistes, les financiers, les décideurs, le secteur financier, les étudiants, etc., le 8 juillet 2026, à l’Enaref.
FSP : plus de 500 milliards FCFA par les Burkinabè

Cette conviction que le Burkina Faso est sur la bonne voie en matière de financement endogène a été suffisamment abordée par Dr Youssouf Ouattara, économiste. Il est revenu sur ce qu’il qualifie de financements alternatifs réussis par le gouvernement burkinabè, tels que Faso Mêbo, Diaspora Bond, APEC (financements communautaires), le Fonds de soutien patriotique, l’apport du secteur minier, la banque de l’AES. Il note que la particularité de ces financements est qu’ils sont basés sur une confiance établie entre l’Etat et le citoyen burkinabè. Avec l’APEC, les Burkinabè souscrivent en finançant la construction des usines de transformation de tomates, de production d’or sans apport extérieur. Grâce aux contributions des Burkinabè, plusieurs chantiers routiers tels que l’autoroute Ouaga-Bobo sont en construction. Aussi, Diaspora Bond a permis aux Burkinabè de l’extérieur de cotiser plus de 151,2 milliards FCFA pour son premier lancement. Quant au FSP, en quatre ans, les Burkinabè sont à plus de 500 milliards FCFA et ce, sans contraintes. Youssouf Ouattara a salué la vision du président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, sur la souveraineté minière, avec la création de la Sopamib, la relecture du Code minier dont l’Etat est actionnaire à 15% et peut racheter des sociétés minières, les usines de traitement de charbon fin et de raffinage d’or, et la valorisation du contenu local. Il a aussi salué l’avènement de la banque de l’AES qui est un instrument de financement endogène. Pour le conférencier, tous ces financements alternatifs permettent de diversifier les ressources de financement. Il a insisté que l’Etat mette l’accent sur la souveraineté budgétaire.
Finance islamique : 5.200 milliards USD d’actifs en 2025
L’économiste financier, Halidou Ouédraogo, s’est penché sur la finance islamique : enjeux, perspectives et financements des projets publics et des entreprises au Burkina Faso. Il a invité le gouvernement à explorer sérieusement la finance islamique pour renflouer ses caisses, car, dit-il, ce mode de financement se révèle avoir une énorme réserve de liquidité. A titre illustratif, le sukuk souverain qui est un mode de financement qui se réfère aux textes islamiques possède 5.200 milliards USD d’actifs en 2025, avec 6.000 milliards USD attendus d’ici fin 2026. Il s’est réjoui que le Burkina Faso ait lancé sur le marché de la finance islamique, un sukuk de 750 milliards FCFA en 2026. Fonds sectoriels et plateforme d’investissement, blended finance (ou finance mixte) et instruments de dé-risquage (ou derisquing) sont d’autres modes de financements alternatifs. Pour Dr A. Nikiéma du CAPES, l’Etat burkinabè possède une pléthore de fonds sectoriels qui ont été restructurés, comme la création du Fonds burkinabè de développement économique et social (FBDES) dénommé « Tõogo », qui regroupe 14 autres Fonds nationaux.
Le gouvernement salue l’initiative
Sur le thème Fonds souverains et mobilisation des ressources naturelles, Dr Fawzi Banao a rappelé combien le Burkina Faso a une énorme réserve de minerais diversifiés : or, manganèse, phosphate. En termes de retombées économiques pour le pays, ces ressources naturelles représentent 70% des recettes directes publiques. Au regard de la volatilité des prix des minerais et de la crise sécuritaire que traverse le pays, il plaide pour la mise en place d’un Fonds souverain. Lequel Fonds sera détenu par l’Etat et facilitera l’investissement public structurant au profit des secteurs agricoles, infrastructurels, d’équipements sociaux…. Le Fonds souverain vise à réduire la dépendance des ressources naturelles et à éviter ainsi la malédiction des ressources. Le Chargé de mission, représentant le ministre de l’Economie et des Finances, parrain, Salifou Tiemtoré, a rappelé que depuis septembre 2022, le Burkina Faso avait fait le choix du développement endogène pour des investissements structurants. Il a souligné l’attente du ministère de recommandations précises, hiérarchisées et directement opérationnelles.
ACS
IFPB, CERE et L’Économiste du Faso à la manœuvre
Le Directeur général de l’IFPB, Barthélémy Dabré, s’est réjoui que des entités s’associent pour mettre en réflexion une thématique pertinente et d’actualité.
Pour le Directeur général de CERE, Amadou Nébila Yaro, par le fait que le Burkina Faso s’est engagé sur une voie de souveraineté économique mais surtout de souveraineté financière, il est impératif que des entités mettent cette vision en discussion pour permettre l’adoption des mesures d’accompagnement.
L’Economiste du Faso, premier journal hebdomadaire spécialisé des questions économiques au Burkina, ne pouvait pas être en marge de la tenue de cette conférence inaugurale.



