• Vers une institutionnalisation
• Une opportunité pour le secteur privé
• Le Burkina, bon élève malgré un contexte de défis
S’il y a une pratique pour laquelle le Burkina Faso fait office de bon élève, c’est bien celle de la Responsabilité sociétale d’entreprise (RSE). En 2017 et 2018, le pays a été classé premier en Afrique, selon le classement RESPECO des pays favorisant le développement de la RSE. Mais derrière cette position confortable, des réalités montrent que le pays a encore devant lui du chemin à faire : appréhensions diverses du concept, inadaptation aux réalités locales, limitation aux sphères des grandes entreprises, etc.

C’est dans un tel contexte qu’un Symposium national sur l’institutionnalisation de la RSE s’est tenu le 14 avril 2026, à Ouagadougou. Une initiative du Centre d’analyse des politiques économiques et sociales (CAPES), en collaboration avec le Forum RSE Burkina et la Confédération générale des entreprises du Faso (COGEF). Objectif : trouver des stratégies concrètes favorisant une institutionnalisation et un développement endogène de la RSE au Burkina.
« Institutionnalisation de la RSE au Burkina : enjeux, défis et perspectives » : c’est ce thème qui a réuni différents profils d’acteurs, issus, notamment, des secteurs public et privé, de la société civile, des partenaires techniques et financiers, des banques et institutions de microfinance, du monde académique, etc. Une thématique « d’importance capitale pour l’avenir de notre pays », selon le Directeur exécutif du CAPES, Dr Alain Siri.
Des panels animés par des experts ont permis de lever un coin du voile sur de nombreux enjeux, défis et pratiques courantes de la RSE au Faso. Définie comme l’ensemble des actions mises en place par les entreprises dans le but d’intégrer les principes de développement durable dans leurs activités et leurs sphères d’influence, la RSE reste un « concept en émergence » au pays des Hommes intègres, selon l’enseignant-chercheur, Dr Kévin Lompo. En termes de pratiques, cet universitaire, auteur d’une communication, a souligné l’existence d’initiatives portées essentiellement par les grandes entreprises. Et concrètement, les pratiques se rapportent, en général, à des actions caritatives ou philanthropiques.
Les structures étatiques ne sont pas en reste quant aux pratiques RSE. Coordonnateur du Bureau national des grands projets du Burkina (BNGPB), le Pr Hamidou Sawadogo a indiqué que l’Etat s’y mettait, surtout lorsqu’il s’agit de réaliser de grands projets. A titre d’exemple, l’Etat s’efforce à planter le double des arbres détruits, lors de la construction d’ouvrages sociaux (routes, écoles, barrages, etc.).
Quid des défis ? Pour Dr Jacob Yarabatioula, enseignant-chercheur et Directeur général de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (ENAM), la confiance vient au premier plan. Et d’expliquer que pendant longtemps, une méfiance a été entretenue entre acteurs du public et du privé. Viennent ensuite les défis liés à la faible coordination entre lesdits acteurs, au cadre juridique et institutionnel, à la faible appropriation des actions RSE du fait de la résistance au changement, pour ne citer que ceux-là.
D’où la nécessité d’institutionnaliser la RSE. Pour le ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité, qui a présidé la cérémonie d’ouverture du symposium, cette institutionnalisation revient à créer un cadre de référence clair, partagé et incitatif. « C’est définir des principes, des normes minimales et des mécanismes de reconnaissance qui permettent de valoriser les entreprises vertueuses. C’est mettre en place des incitations fiscales, accès au marché public, etc., pour encourager les pratiques responsables », a déclaré Emile Zerbo.
Si les acteurs publics et privés s’accordent sur la nécessité d’institutionnaliser la RSE, sa pratique doit, toutefois, s’aligner sur les priorités de l’Etat et la vision du gouvernement. « Dans notre marche vers la souveraineté, la RSE doit devenir un levier stratégique. Elle doit être au cœur du modèle de développement de l’entreprise », a déclaré Emile Zerbo. Pour lui, être socialement responsable, c’est d’abord privilégier le contenu local en s’approvisionnant auprès des PME et des coopératives de nos tiroirs, créant ainsi des chaînes de valeur qui bénéficient à l’ensemble de la Nation.« C’est investir dans la formation et la montée en compétences de nos jeunes pour que les emplois créés par l’industrialisation soient occupés par des filles et des fils du pays fiers et compétents. C’est adopter des pratiques respectueuses de l’environnement, préserver nos ressources en eau, gérer durablement nos déchets, car une économie forte ne peut prospérer sur une terre appauvrie. C’est enfin assurer les conditions de travail dignes et sûres à des employés et contribuer à la paix sociale dans les communautés où l’on s’implante », a-t-il ajouté.
Le ministre Zerbo s’est voulu clair, l’Etat ne fera pas la RSE à la place des entreprises. Par contre, il jouera pleinement son rôle de régulateur, de facilitateur et de catalyseur.
Béranger KABRE (Collaborateur)
Vue du secteur privé, la RSE, un levier de performance et de réduction des risques
Pour le président de la (COGEF), la RSE, dans le contexte actuel du Burkina, ne peut être un exercice théorique, ni un simple alignement sur des standards internationaux. Selon Idrissa Nassa, la RSE doit aujourd’hui être un levier de performance, de réduction des risques et un outil stratégique pour le service de la souveraineté économique. « Une entreprise ne peut prospérer directement dans un environnement fragilisé sans s’exposer concrètement », dit-il. Pour cela, quatre orientations doivent guider l’action du secteur privé : renforcer le langage local à travers des chaînes de valeurs solides et de soutien aux petites et moyennes entreprises ; contribuer à la cohésion sociale par des relations de confiance avec les communautés et des conditions de travail dignes ; intégrer les impératifs environnementaux dans un contexte de vulnérabilité climatique ; accélérer la transformation économique en promouvant le maintien de l’équilibre social et la transformation locale.




