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Lutte contre le blanchiment de capitaux: consolider les acquis

• A travers un atelier de pré-évaluation mutuelle

• Pour s’assurer de l’efficacité des mécanismes déployés

• Après la sortie du pays de la liste grise du GAFI

Depuis le 24 octobre 2025, le Burkina Faso est officiellement sorti de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), l’organisme mondial de surveillance du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme. Cette sortie du Burkina Faso constitue un tournant dans la trajectoire financière du pays. Elle consacre des efforts soutenus en matière de réformes juridiques, institutionnelles et opérationnelles dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Toutefois, dans l’architecture du GAFI, cette avancée ne marque pas une fin en soi. Elle ouvre plutôt une nouvelle phase, plus exigeante, centrée sur la durabilité et l’efficacité des dispositifs mis en place.

C’est dans cette logique que s’inscrit la tenue, depuis le 31 mars 2026, à Ouagadougou, de l’atelier de pré-évaluation mutuelle organisé en collaboration avec le GIABA. Une initiative à travers laquelle le pays veut consolider ses acquis en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. En plus de la conformité technique, il faut s’assurer de l’efficacité des mécanismes déployés.

Accordant une importance particulière à la question, le ministre de l’Économie et des Finances, représenté à l’occasion par le Conseiller technique, Mamadou Séré (président du Comité national de coordination des activités de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme), a présidé l’ouverture des travaux. Pendant 4 jours, les experts du GIABA et du Burkina ont passé à la loupe la méthodologie du GAFI, ce qui permettra de renforcer les capacités des cadres nationaux pour assurer une maîtrise parfaite des processus d’évaluation technique et d’efficacité des systèmes en place.

Cet atelier, selon M. Séré, doit permettre de comprendre et maîtriser la méthodologie, collecter des données fiables, complètes et pertinentes, fournir des informations précises, cohérentes et étayées, et de démontrer, au-delà de la conformité technique, l’efficacité réelle du dispositif national. Les cycles d’évaluation du GAFI ont évolué. Là où les précédentes évaluations mettaient l’accent sur l’adoption de textes conformes aux standards internationaux, les nouvelles approches privilégient une analyse fine des résultats. Il s’agit désormais de démontrer que les dispositifs nationaux permettent effectivement de détecter, poursuivre et sanctionner les infractions financières, tout en entravant les circuits de financement illicite. Cela suppose un renforcement des capacités opérationnelles des services d’enquête, une meilleure coordination entre les acteurs institutionnels et une implication accrue du secteur financier [NDLR : voir Encadré].

Le rôle des banques et institutions financières, plus que jamais essentiel

À cet égard, le rôle des banques et des institutions financières apparaît déterminant. En tant que premières lignes de défense contre les flux financiers illicites, elles sont appelées à renforcer leurs dispositifs de conformité, notamment, en matière de connaissance du client, de surveillance des transactions et de déclaration des opérations suspectes. Dans le même temps, les autorités publiques doivent poursuivre leurs efforts pour consolider le cadre institutionnel. La coordination, assurée par le Comité national, sous l’impulsion de responsables tels que Mamadou Séré, constitue un levier essentiel pour garantir la cohérence des actions menées.

Le maintien hors de la liste grise permet au pays de réduire les coûts de transaction, d’améliorer l’accès aux financements internationaux et de renforcer la confiance des investisseurs. Le pays dispose désormais d’une opportunité pour transformer ses réformes en avantage compétitif, en se positionnant comme un environnement financier fiable et conforme aux standards internationaux.

L’un des enjeux majeurs pour le Burkina Faso réside désormais dans sa capacité à documenter l’efficacité de son dispositif. En effet, les standards actuels du GAFI accordent une importance croissante à la production de statistiques fiables, notamment, en matière de déclarations de soupçon, d’enquêtes ouvertes, de poursuites engagées et de confiscations d’avoirs. Or, comme dans de nombreux pays en phase de consolidation, ces données restent encore fragmentées ou insuffisamment valorisées dans les rapports publics, ce qui constitue un défi majeur pour les prochaines évaluations.

NK

 

Les points clés de la surveillance

La liste grise du GAFI (surveillance renforcée) identifie les pays s’engageant activement à corriger des déficiences stratégiques en matière de LBC/FT. La «nouvelle approche» se concentre sur l’efficacité plutôt que la simple conformité technique, exigeant des résultats concrets (enquêtes, confiscations, bénéficiaires effectifs). Des pays comme le Burkina Faso ont récemment progressé vers une sortie. 

Points clés de la nouvelle approche et surveillance :

Approche fondée sur les risques : les pays doivent allouer des ressources aux domaines à haut risque (immobilier, actifs virtuels) ;

Efficacité concrète : le GAFI évalue si les lois sont appliquées, et non seulement adoptées ;

Bénéficiaires effectifs : exigence stricte de transparence sur l’identité réelle des propriétaires de sociétés ;

Protection du secteur à but non lucratif (OBNL) : mesures visant à éviter que la lutte contre le terrorisme n’entrave indûment les ONG ;

Coopération internationale : échange accru d’informations pour enquêtes transfrontalières. 

Conséquences : l’inscription entraîne une surveillance accrue et des impacts réputationnels/économiques, mais vise à renforcer la stabilité financière à long terme. 

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