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Facture électronique certifiée: « … vers une fiscalité plus moderne, plus transparente et plus efficace », dixit Talato Eliane Djiguemdé/Ouédraogo, DGI

Apartir du 1er juillet 2026, la Direction générale des Impôts va procéder à la mise en obligation de la Facture électronique certifiée (FEC). Le calendrier prévoit que ce lancement concernera, en premier, les grandes et moyennes entreprises. Comment éviter que la mise en œuvre de la FEC constitue une charge financière excessive, notamment pour les PME ? Quelles sont les premières étapes qu’une entreprise utilisant encore la facture normalisée doit engager dès maintenant ? Des questions que L’Economiste du Faso a adressées à Talato Eliane Djiguemdé/Ouédraogo, Directrice générale des Impôts. Dans cet entretien, elle revient aussi sur les limites du système de facture normalisée que la FEC vient corriger et invite chaque entreprise à s’approprier pleinement cette réforme, dès qu’elle entrera en obligation à compter du 1er juillet 2026. Lisez plutôt.

L’Economiste du Faso : Pourquoi la Direction générale des Impôts a-t-elle jugé nécessaire de passer de la facture normalisée à la facture électronique certifiée aujourd’hui ?

Talato Eliane Djiguemdé/Ouédraogo, DGI : Comme je l’ai toujours fait dans mes précédentes communications, je voudrais une fois de plus apporter cette précision importante : la facture électronique certifiée n’est pas une nouvelle contrainte pour les entreprises, elle n’est pas une réforme de pression fiscale, car n’induit pas un nouvel impôt ni une nouvelle taxe. Pour revenir à la question, je voudrais rappeler que la présente réforme relève de la volonté clairement affichée des plus hautes autorités de notre pays de moderniser le système fiscal, ainsi que les transactions commerciales.

Cette réforme consacre, en effet, le passage à la forme dématérialisée de la facture normalisée pour faciliter la vie des entreprises et sécuriser davantage les transactions.

En résumé, la FEC représente une évolution vers une fiscalité plus moderne, plus transparente et plus efficace, en droite ligne avec les réformes de modernisation engagées par la Direction générale des Impôts, conformément à la vision des hautes autorités de notre pays.

Quelles sont les principales limites du système de facture normalisée que la FEC vient corriger ?

Les limites de la facture normalisée sont, entre autres :

La dépendance au support physique : le système de facture normalisée repose principalement sur des stickers physiques délivrés aux contribuables. Cela entraîne des risques de perte, de détérioration ou de rupture de stock, des difficultés logistiques de distribution sur l’ensemble du territoire national, une gestion administrative parfois lourde pour les entreprises et pour l’administration fiscale ;

Des possibilités de contournement ou d’utilisation irrégulière : dans certains cas, il a été constaté une utilisation partielle ou sélective des factures à normaliser par certains contribuables, la non-délivrance systématique de facture normalisée aux clients, des manipulations sur les factures pouvant réduire la traçabilité réelle des transactions ;

Une adaptation limitée à l’économie numérique : avec l’essor du commerce électronique et des paiements numériques, le système classique de facturation a montré ses limites dans le suivi des transactions digitales.

De façon très concrète, la Facture électronique certifiée vient corriger les insuffisances de la facture normalisée en permettant : la dématérialisation des factures, une meilleure traçabilité des transactions, un renforcement de la transparence et du civisme fiscal et une adaptation du système fiscal aux réalités de l’économie numérique.

Quel est le calendrier officiel de déploiement de la FEC et quelles catégories d’entreprises seront concernées en priorité ?

Le calendrier officiel prévoit une mise en œuvre progressive de la réforme. Ainsi :

De janvier à fin juin 2026, l’administration fiscale se déploiera à réunir les conditions nécessaires pour que les contribuables puissent utiliser plus aisément la FEC (homologation des logiciels de facturation, mise à disposition des machines de facturation, sensibilisation et assistance technique, etc.).

La mise en obligation débutera le 1er juillet 2026 et concernera les grandes et moyennes entreprises.

A partir de 2027, nous intégrerons les petites entreprises dans le dispositif.

La généralisation de la réforme à tous les segments de contribuables interviendra à partir de 2028, avec la prise en compte des microentreprises.

A partir de quelle date une facture non certifiée sera-t-elle considérée comme non valable fiscalement ?

Dès la mise en obligation, toutes les entreprises relevant des grandes et moyennes entreprises auront cette obligation de produire des factures électroniques certifiées. Donc à compter du 1er juillet 2026, toute facture émise par les entités citées plus haut doit transiter par un système de facturation homologué par l’administration fiscale. Les systèmes de facturation homologuée sont déjà acquis, et en ce moment même, la DGI est en train de les mettre à niveau pour leur future utilisation par les contribuables. Notre partenaire dans cette réforme, à savoir la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF), en assurera la distribution qui débutera très bientôt.

La DGI a-t-elle évalué le coût moyen du passage à la FEC pour une entreprise burkinabè ?

A ce stade, la Direction générale des Impôts n’est pas en mesure de communiquer un coût moyen unique du passage à la Facture électronique certifiée (FEC) pour les entreprises. Toutefois, je peux vous rassurer que la réforme a été conçue de manière flexible, afin de limiter les charges pour les contribuables. Lorsque toutes les conditions seront réunies pour le coût des équipements, vous serez tenus certainement informés.

Comment éviter que la mise en œuvre de la FEC constitue une charge financière excessive, notamment pour les PME ?

La Direction générale des Impôts a veillé à ce que la mise en œuvre de la Facture électronique certifiée se fasse de manière progressive et adaptée aux réalités des entreprises, en particulier, des PME.

D’abord, plusieurs solutions technologiques ont été prévues, afin que chaque entreprise puisse choisir l’option la plus adaptée à son niveau d’équipement, qu’elle dispose ou non d’un logiciel de facturation. Dans bien des cas, l’investissement se limitera simplement à l’acquisition de l’unité de facturation.

Ensuite, la réforme sera déployée progressivement par catégories de contribuables, afin de permettre aux entreprises de s’y préparer et d’adapter progressivement leur organisation. Par ailleurs, la DGI a mis en place un dispositif d’accompagnement, à travers une cellule dédiée à la FEC, chargée d’assurer l’information, la formation et l’assistance technique des entreprises.

Enfin, il convient de souligner qu’au-delà du coût initial, la FEC permettra aux entreprises de réaliser des gains de gestion, notamment, grâce à la réduction des coûts liés au papier, à une meilleure organisation comptable et à la diminution des erreurs de facturation.

La DGI envisage-t-elle des mesures d’accompagnement financier, fiscal ou technique pour les entreprises ?

En vue de faciliter l’acquisition des machines de facturation par les entreprises, la loi de finances pour l’exécution du Budget de l’Etat, exercice 2026, a exonéré les opérations d’importation et de vente en régime intérieur desdites machines.

Concrètement, quelles sont les premières étapes qu’une entreprise utilisant encore la facture normalisée doit engager dès maintenant ?

Les entreprises doivent, dès maintenant, s’informer en acceptant de participer aux différentes sessions de communication et de formation qui sont en cours sur la réforme. Ensuite, il faut se préparer à acquérir son outil de facturation homologué par l’administration fiscale en évaluant son système de gestion de facturation, afin de faire le choix d’une solution de facturation adaptée à son entreprise. Selon que l’entreprise dispose ou non d’un logiciel de facturation, elle optera pour le module de contrôle de facturation ou l’unité de facturation. Enfin, il faut faire former le personnel en charge de la facturation, afin d’assurer une transition fluide et maîtrisée vers la FEC.

La quasi-transmission en temps réel des factures soulève des inquiétudes : comment la DGI garantit-elle la confidentialité et la sécurité des données des entreprises ?

La transmission de données à l’administration fiscale n’est pas une nouveauté induite par la réforme de la facturation électronique. Depuis les déclarations manuelles d’impôts à l’avènement des téléprocédures, les données transmises par les entreprises ont toujours été sécurisées par l’administration fiscale. Les entreprises peuvent donc être rassurées que la même rigueur en matière de sécurité sera déployée.

La FEC marque-t-elle un passage vers un contrôle fiscal plus automatisé et plus fréquent ?

La mise en place de la Facture électronique certifiée constitue effectivement une évolution importante vers une administration fiscale plus digitalisée, mais elle ne signifie pas nécessairement un contrôle fiscal plus lourd ou plus fréquent pour les entreprises.

Pour la Direction générale des Impôts, l’objectif principal est plutôt d’améliorer la transparence, la fiabilité des données et l’efficacité du système fiscal.

Quel message souhaitez-vous adresser aux chefs d’entreprise qui appréhendent encore cette réforme ?

Je voudrais tout d’abord saluer le professionnalisme et l’engagement des acteurs de la presse nationale qui accompagnent, à nos côtés, cette réforme, ainsi que l’ensemble des grands projets portés par la Direction générale des Impôts. Depuis le lancement officiel de la Facture électronique certifiée, le 6 janvier 2026, par le ministre de l’Economie et des Finances, une vaste campagne de communication a été déployée pour informer et sensibiliser l’opinion publique. La presse nationale a joué un rôle important dans ce dispositif et nous nous réjouissons de la qualité de cette mobilisation.

Je remercie particulièrement votre organe de presse pour cet espace d’information et de pédagogie à l’endroit de nos partenaires que sont les contribuables.

Aux chefs d’entreprise qui nourrissent encore des appréhensions, je voudrais adresser un message simple : la facture électronique certifiée ne modifie pas la charge fiscale légale des entreprises ; elle vise plutôt à rendre les transactions plus sûres, plus transparentes et plus prévisibles.

J’invite donc chaque entreprise à s’approprier pleinement cette réforme et chaque citoyen à réclamer sa facture électronique certifiée après chaque achat, dès que la réforme entrera en obligation à compter du 1er juillet 2026.

C’est ensemble, dans un esprit de civisme et de patriotisme économique, que nous réussirons cette réforme au service de notre économie nationale.

Propos recueillis par ESS

Au-delà des obligations fiscales, quels avantages concrets la FEC peut-elle apporter aux entreprises ?

«Au-delà de l’obligation règlementaire, la Facture électronique certifiée constitue avant tout un outil de modernisation et de performance pour les entreprises. Elle permet d’abord d’améliorer l’organisation de la facturation, grâce à l’automatisation du processus, à l’émission rapide des factures et à l’archivage électronique des documents, tout en réduisant les erreurs liées aux saisies manuelles. Elle contribue également à réduire les coûts de gestion, notamment en limitant les dépenses liées à l’impression, au stockage et au traitement administratif des factures papier. Par ailleurs, la FEC renforce la traçabilité et la transparence des transactions, ce qui facilite le suivi des ventes, la gestion comptable et le pilotage de l’activité. Enfin, elle améliore la crédibilité et la conformité des entreprises vis-à-vis de leurs partenaires et de l’administration fiscale, tout en réduisant les risques de litiges liés à la facturation », a expliqué Talato Eliane Djiguemdé/Ouédraogo, Directrice générale des Impôts.

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