Santé mentale des femmes: la Table ronde de l’entrepreneur pose le débat
• Une réalité de plus en plus préoccupante
• Appel à une prise de conscience collective
• A l’occasion du 8-Mars
S’il y a une préoccupation que vivent des femmes mais très souvent peu abordée, c’est bien leur santé mentale. Du fait de multiples facteurs, l’équilibre psychologique de l’autre moitié du Ciel prend souvent un coup qui se révèle parfois fatal. Pas meilleure occasion que la Journée internationale des droits de la femme pour accorder un moment de réflexion sur cette problématique. En effet, un panel sur le sujet a réuni, le 8 mars dernier, à Ouagadougou, plusieurs dizaines de personnes, majoritairement des femmes. C’était à l’occasion de la troisième édition de la Table ronde de l’entrepreneur, une initiative de la restauratrice Donna Nadia Drabo.

Autour du thème « La santé mentale des femmes face aux pressions sociales : comprendre, prévenir et agir », cet échange a permis de recueillir les avis de quatre personnes au fait du sujet : Dr Alidou Willy, psychiatre et consultant en santé mentale, Joanny Bassolé, psychologue clinicien et psychothérapeute, la journaliste et philanthrope, Raïssa Compaoré, et la patronne de l’entreprise Biocube, Léonie Kaboré.
Selon Dr Willy, la santé mentale n’est pas seulement l’absence de maladie mentale, mais plutôt l’équilibre psychique et psychologique. « Quand on commence à ne plus avoir cet équilibre, c’est qu’on est touché », prévient le spécialiste.
Selon les experts, la perte de la santé mentale se traduit par la dépression dont les principales manifestations sont la perte d’intérêt et de plaisir, la tristesse qui s’installe sur une longue durée. A ce sujet, Monsieur Bassolé explique que nos pensées et nos émotions sont soumises à des mécanismes de défense qui peuvent s’effondrer face à certaines pressions, au point que certaines personnes en arrivent à commettre l’irréparable. Dr Willy distingue trois formes de dépression, allant de faible à sévère en passant par la forme modérée. Selon lui, les femmes sont plus exposées aux troubles mentaux, du fait de facteurs biologiques (menstrues, grossesses, etc.) en plus des facteurs communs aux hommes.
Parmi les pressions sociales les plus courantes qui affectent la santé mentale des femmes, il y a cette surcharge de valeurs que ces dernières doivent incarner aux yeux de la société. « La femme doit être belle, battante, pouvoir bien éduquer ses enfants, prendre soin de son mari, être une bonne épouse… », tente d’énumérer Raïssa Compaoré. Sans oublier la question du mariage qui, selon certains, pousse des filles à se mettre dans des foyers juste pour quitter le domicile parental. « Ces pressions font qu’à un moment, les femmes s’oublient », déplore la journaliste.
Des stratégies de prévention s’offrent aux femmes, selon les spécialistes. Face aux pesanteurs sociales qui tendent à juger la femme selon des normes, le clinicien Joanny Bassolé suggère la lucidité pour comprendre que c’est plutôt la société qui est dans une transgression et non l’individu. Dr Willy ajoute que la femme doit avant tout accepter qu’elle n’est pas parfaite, se démarquer du profil de la femme forte et capable de tout encaisser. Car le danger, dit-il, c’est d’accumuler le stress et les souffrances, cette tension qui, mal gérée, va se ressurgir sur le plan psychique.
Pour Raïssa Compaoré, la lucidité commande aussi de ne pas se fier à certaines perceptions. « La dépression peut venir d’une mauvaise perception de la réussite de l’autre, particulièrement sur les réseaux sociaux », estime la philanthrope. Et d’ajouter que le choix du partenaire de vie est tout aussi important, car, selon elle, de nombreuses tensions naissent dans les foyers. « Les conjoints doivent partager une même vision ».
Par-dessus tout, le recours à des spécialistes a été fortement recommandé par les panélistes. Alors que ce volet est très souvent relégué au second plan, du fait de la stigmatisation des patients, Dr Willy pense qu’il faut « déstigmatiser » la question, rappelant que la santé physique ne saurait être séparée de la santé mentale. Pour lui, ce suivi peut permettre de guérir la dépression qu’il considère comme un trouble ponctuel.
Défusionner le travail du reste de son temps ; dormir suffisamment ; pratiquer une activité physique ; éviter les excitants ; avoir un bon confident, s’entourer de personnes positives sont autant d’autres astuces suggérées par les spécialistes pour préserver la santé mentale.
Béranger KABRE (Collaborateur)
Donna Drabo sur les objectifs du panel
Pour la promotrice de la Table ronde de l’entrepreneur, poser un tel débat s’impose aujourd’hui comme une nécessité qui interpelle aussi bien les femmes que les hommes. « Parce que le bien-être des femmes n’est pas une revendication isolée. C’est un enjeu collectif. Une femme épuisée, c’est une famille fragilisée. Une entrepreneure à bout, c’est une entreprise en difficulté. Une mère sous pression, ce sont des enfants qui grandissent dans le stress, un foyer menacé par l’instabilité, un homme qui ne retrouve plus celle qu’il a aimée », a indiqué Donna Nadia Drabo. Pour la femme d’affaires, cette Table ronde répondait à la volonté de créer un espace différent. « Un espace où l›on peut parler sans jugement, où la réussite n›empêche pas la vulnérabilité, où l›on peut dire : « Oui, je suis forte… mais je suis aussi humaine », a-t-elle déclaré. Objectif atteint, puisqu’à l’issue des débats, de nombreux participants ont reconnu avoir trouvé leur compte.



