Alliance des Etats du Sahel (AES): le taux d’inflation ressort négatif

• Depuis le mois de juin 2025
• Suite aux mesures spécifiques prises par les 3 Etats
• Après les niveaux élevés des prix en 2024
Depuis le mois de juin 2025, le taux d’inflation au niveau de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), le rythme de progression des prix, ressort au négatif. Selon le rapport sur la Politique monétaire dans l’Umoa, publié en décembre 2025 par la BCEAO, ce taux ressort à -1,3%, contre 0,3% au deuxième trimestre 2025. « En particulier, depuis le mois de juin 2025, l’inflation s’est constamment située en territoire négatif avec des taux de -1,1% en juillet, -1,4% en août et -1,3% en septembre », précise le document.
Cette évolution résulte premièrement d’un effet de base, les prix ayant atteint des niveaux particulièrement élevés au troisième trimestre 2024, notamment au Burkina, en Côte d’Ivoire, au Mali et au Niger. Suite aux mesures spécifiques prises par ces Etats, un an plus tard, le taux d’inflation est en baisse, mieux, il s’affiche négatif.
Baisse des prix des céréales au Faso
Au Burkina, où l’inflation est ressortie à -2,7% au troisième trimestre, après +5,4% un an auparavant, l’Etat a mené plusieurs interventions visant à baisser les prix des céréales. Il s’agit, notamment, de l’interdiction, depuis décembre 2023, de l’exportation du niébé et des céréales (riz, maïs, mil, sorgho). La poursuite du Projet d’appui à la gestion du stock d’intervention, en 2022, à travers lequel la Société nationale de gestion du stock de sécurité (SONAGESS) identifie les ménages vulnérables et organise des opérations ponctuelles de vente de céréales à prix subventionné à leur profit. Afin d’assurer la viabilité du stock national de sécurité, la SONAGESS a entrepris l’achat bord champ de diverses denrées alimentaires (niébé, riz, maïs, mil, sorgho) pour reconstituer les stocks, mieux réguler le marché intérieur, maîtriser l’inflation et accroître le revenu des producteurs.
Ce recul du rythme de progression de l’inflation au Burkina s’explique par la réduction de l’évolution des prix de la division “Produits alimentaires” (-2,0% contre +5,7%), du fait principalement de la contraction des coûts des céréales (-8,4% contre +6,3%), de la farine (-5,2% contre -1,6%) et du poisson (-3,8% contre +3,0%). La désinflation est également due au repli noté dans la division “Communication” (-3,8% contre +0,8%), en lien avec l’assouplissement des tarifs des services de communication mobile (-6,7% contre +0,2%).
Déstockage massif au Niger
Au Niger, le taux d’inflation a fortement reculé à -9,4% au troisième trimestre 2025, après +10,9% un trimestre plus tôt. En effet, contrairement à la tendance saisonnière habituellement marquée par une hausse des prix durant la période de soudure, la conjoncture récente se caractérise par une baisse notable des prix des denrées de base, traduisant un contexte plus favorable aux consommateurs. Cette évolution atypique s’explique principalement par le déstockage massif des commerçants, encouragés par les perspectives d’une bonne campagne agricole, la résilience des circuits d’approvisionnement qui a permis de maintenir la fluidité des échanges, ainsi que par les mesures publiques de régulation, notamment, l’interdiction d’exportation de certaines céréales, les ventes à prix modérés et les distributions gratuites de vivres organisées par l’Office des produits vivriers du Niger (OPVN).
Cette forte diminution de l’inflation au Niger est due à la baisse de l’évolution des prix à la consommation des produits alimentaires (-12,8% contre -3,0%) et de ceux de la division “Logement” (+0,9% contre +3,1%). Le repli du rythme de progression des coûts des vivres est tiré par ceux des céréales (-34,5% après -15,7%), des légumes (-12,5% après +11,8%) et du sucre (-7,5% après -4,1%). Cette situation s’expliquerait par les différentes interventions de l’Etat et de ses partenaires pour assurer la sécurité alimentaire des ménages. L’évolution des prix de la division “Logement” est imputable à la décélération des tarifs des services d’entretien et de réparation de logement (-1,5% contre +2,4%), ainsi que ceux du charbon de bois (+2,2% après +4,7%).
Baisse des prix du carburant au Mali
Au Mali, le gouvernement a décidé d’une réduction de 25 FCFA sur le carburant à partir du 26 mars 2025. Le prix de l’essence est passé de 800 FCFA à 775 FCFA (-3,1%) et celui du gasoil de 750 FCFA à 725 FCFA (-3,3%). Cette mesure a contribué à faire baisser l’inflation à +0,9%, après +5,7% au troisième trimestre 2024. Deuxièmement, la diminution des prix des produits alimentaires et énergétiques importés par les pays de l’Union, tels que le riz (-25,3%), le sucre (-19,9%) et le blé (-9,1%), a également accentué cette tendance baissière. En somme, le taux d’inflation négatif observé au troisième trimestre 2025 résulte de la combinaison de plusieurs facteurs d’offre positifs plutôt que d’une faiblesse de la demande.
Les effets de base dans certains pays de l’Union, la baisse des cours mondiaux des produits alimentaires et énergétiques importés, ainsi que les interventions publiques pour assurer la sécurité alimentaire et lutter contre la vie chère ont contribué à accentuer le recul de l‘inflation dans un contexte où la progression des prix avait déjà entamé une dynamique baissière.
Le repli de l’inflation au Mali est aussi en rapport avec le ralentissement des prix des produits alimentaires (+0,2% contre +6,2%), consécutif à la baisse de l’évolution des coûts des céréales (-14,7% contre -2,2%), des huiles végétales (-25,2% contre +8,6%) et de la détente de ceux des légumes (+7,6% contre +9,1%). Il est également dû à la détente notée dans la division “Restaurants et hôtels” (+1,2% contre +1,7%).
ESS
Baisse des prix des produits alimentaires dans l’Union
Le taux d’inflation dans l’Union est ressorti à -1,3% au troisième trimestre 2025, contre 5,2% en moyenne dans les pays partenaires. En particulier, pour les partenaires limitrophes tels que le Nigeria et le Ghana. Cette évolution est essentiellement imputable à la baisse des prix des produits alimentaires (-1,6% contre +1,5%) et au ralentissement du rythme de progression des prix de la division « Restaurants et hôtels » (-1,4% contre -1,1%). La diminution des tarifs des denrées alimentaires résulte de la baisse des prix des céréales (-11,7% contre -5,6%), des huiles végétales (-2,7% après +3,3%) et des légumes frais (-1,0% contre +0,5%). En particulier, le recul du coût des céréales est en lien avec les différentes interventions de certains États et de leurs partenaires pour assurer la sécurité alimentaire. Par ailleurs, la décélération des prix dans l’Union est portée par le maintien de la tendance baissière, sur un an, des prix des produits alimentaires importés. En effet, au cours du troisième trimestre 2025, l’indice des prix des denrées alimentaires importées, exprimé en francs CFA, s’est contracté de 14,5%, après une diminution de 19,4% observée un trimestre plus tôt. Cette tendance est imputable à la poursuite de la baisse des cours mondiaux du riz (-25,3% contre -30,4%), du sucre (-19,9% contre -14,9%) et du blé (-9,1% contre -16,1%).


