• Un site connu pour son potentiel aurifère
• Un début d’exploration dans les années 90
• 7 tonnes d’or attendues sur un projet de 15 ans
Le Conseil des ministres du 9 juillet 2026 a autorisé l’exploitation industrielle de la mine d’or Bouboulou SA par l’Etat burkinabè, a travers la Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB). L’annonce de la création de Bouboulou SA, appelée à devenir la première mine industrielle exploitée à 100 % par l’État burkinabè, marque une étape importante dans l’évolution de la politique minière nationale. Au-delà de l’annonce, le projet possède une histoire vieille de près de trois décennies, jalonnée de campagnes d’exploration, de changements d’opérateurs et d’une longue période de silence avant sa reprise par l’État.
Situé à environ 90 kilomètres au nord-ouest de Ouagadougou, dans la ceinture birimienne de Boromo-Goren, le corridor de Bouboulou-Bouda est connu depuis longtemps pour son potentiel aurifère.
Les études géologiques réalisées dans la zone décrivent un alignement de cinq principaux sites d’orpaillage – Koala, Rawema, Peltanga, Bouda et Nagséné – répartis sur une dizaine de kilomètres. Des chercheurs de l’Université de Ouagadougou (laboratoire des Géoressources et de l’Environnement, département des Sciences de la terre, et ceux de l’INP Félix Houphouêt-Boigny de Yamoussoukro, laboratoire de Génie civil, géosciences et sciences géographiques, département des Sciences de la terre et des Ressources minières, dans une étude sur « les caractérisations structurales des gîtes aurifères du corridor de Bouboulou-Bouda au Burkina », publiée sur Afrique Science en 2016, soulignent que ces gisements présentent les caractéristiques des grands gîtes aurifères orogéniques d’Afrique de l’Ouest, contrôlés par un important réseau de failles et de zones de cisaillement. Ces travaux concluent que le corridor « regorge d’un véritable potentiel aurifère », ce qui explique l’intérêt suscité très tôt auprès des sociétés d’exploration.
Un début d’exploration dans les années 90

Les premières campagnes d’exploration industrielle remontent à la fin des années 90. BHP World Minerals réalise des travaux sur le secteur de Bouda en 1998, avant que Riverstone Resources ne poursuive les recherches quelques années plus tard. En 2012, Roxgold intègre Bouboulou dans un vaste rapport technique consacré à plusieurs permis d’exploration au Burkina Faso. À cette époque déjà, le potentiel géologique du secteur est reconnu, mais aucun développement minier industriel n’est engagé.
Un nouveau chapitre s’ouvre en 2016, lorsque la société canadienne Nexus Gold annonce l’acquisition progressive du projet Bouboulou auprès du Bureau d’études des géosciences et de l›environnement (BEGE), aujourd’hui BUMIGEB. Le permis couvre alors une superficie d’environ 38,5 km². L’entreprise affiche des ambitions importantes : obtention d’un nouveau permis d’exploration, campagnes de forage, compilation des anciennes données géologiques et lancement d’un programme destiné à mieux définir les zones minéralisées.
Entre 2016 et 2018, plusieurs campagnes de forage sont réalisées sur les cibles de Koala, Rawema, Pelatanga et Bouboulou. Les communiqués de Nexus Gold présentent régulièrement le projet comme l’un des actifs les plus prometteurs de son portefeuille au Burkina Faso et évoquent la possibilité de définir, à terme, une première ressource minérale conforme aux normes internationales.
Puis, progressivement, le projet disparaît de l’actualité de la société.
À partir de 2019, les publications consacrées à Bouboulou deviennent de plus en plus rares. Nexus Gold concentre sa communication sur d’autres permis, notamment Rakounga et Dakouli 2, ainsi que sur ses projets au Canada. Les rapports financiers publiés les années suivantes permettent de comprendre que le projet n’avance plus au rythme initialement prévu.
Le tournant intervient en 2020, avec une modification de l’accord d’option portant sur Bouboulou. L’année suivante, la société indique dans ses documents financiers qu’elle n’a pas effectué les paiements nécessaires au maintien de ses droits sur le projet.
La valeur comptable de l’actif est alors ramenée à un dollar canadien, signe que le projet n’est plus considéré comme stratégique. En 2024, Nexus Gold officialise finalement sa décision de ne plus poursuivre le développement de Bouboulou.
Cette séquence éclaire une partie de l’histoire du projet, mais laisse également apparaître une zone encore peu documentée.
Les documents publics permettent de comprendre comment Bouboulou est progressivement sorti du portefeuille de Nexus Gold. En revanche, ils ne détaillent pas les étapes qui ont conduit le projet à revenir dans le giron de l’État avant l’annonce de la création de Bouboulou SA.
Le permis est-il arrivé à expiration avant d’être récupéré par les autorités burkinabè ? Le BEGE a-t-il repris les droits miniers avant leur transfert à la Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB) ?
Des recoupements de L’Economiste du Faso, des travaux complémentaires d’évaluation ont été réalisés entre l’abandon du projet par Nexus Gold et la décision en Conseil des ministres. Le 28 octobre 2025, le Secrétaire permanent du suivi des grands projets énergétiques et miniers, Zezouma Adolphe Yannick Clovis Sanou, publiait sur Linkedin : « Depuis plus d’un mois, nous avons abordé une campagne de forages RC, afin de confirmer les ressources et les réserves du projet Bouboulou dans la région du Yaadga. De bonnes perspectives suite aux différentes analyses d’échantillons effectuées. Une bonne collaboration avec nos communautés. 40 aides employées à la collecte des échantillons. Plusieurs vigiles communautaires employés pour assurer la sécurité. Nous ne bâtissons pas seulement une mine, nous bâtissons une communauté », a-t-il déclaré sur son profil. Des propos qui prouvent le sérieux apporté par l’Etat sur ce projet minier.
En effet, le gouvernement entend y injecter plus de 32 milliards FCFA. Il prévoit une production de plus de 7 tonnes d’or sur 15 ans, la création de 1.200 emplois et plus de 39 milliards FCFA de recettes directes pour le budget national. « C’est une révolution qui est en marche dans le secteur minier (…) c’est la rupture avec un modèle de concession passive pour que l’État lui-même puisse devenir un acteur industriel à part entière », a affirmé le ministre en charge des mines, Yacouba Zabré Gouba.
ESS
SOPAMIB, fer de lance de la souveraineté minière
La Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB), créée en 2023, est l’instrument institutionnel par lequel l’État entend désormais peser davantage dans le secteur minier industriel. Sa mission principale : détenir et gérer les participations de l’État dans les sociétés minières d’exploitation ou de recherche, tout en s’assurant de leur performance économique.
La SOPAMIB est également chargée de valoriser les projets miniers, en favorisant des partenariats techniques ou financiers, et de percevoir les dividendes revenant à l’État actionnaire.
En Conseil des ministres du 11 juin 2025, un décret a été adopté pour officialiser le transfert des anciens actifs miniers de cinq sociétés à la Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB). Les sociétés concernées sont: Wahgnion Gold SA, SEMAFO Boungou SA, Ressources Ferké SARL, Gryphon Minerals Burkina Faso SARL et Lilium Mining Services Burkina Faso SARL. Le transfert des actifs miniers à la SOPAMIB représente une stratégie de réappropriation nationale et de redéfinition des rapports de force dans un secteur crucial pour les finances publiques.




