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Souveraineté économique du Burkina: ces secteurs stratégiques où l’Etat attend plus d’investissements privés

• Agriculture, mines, énergie…

• Des opportunités offertes par le partenariat public/privé

• Des entreprises déjà dans la dynamique

Dans un Burkina en pleine lutte pour sa souveraineté, des opportunités d’investissements existent pour le secteur privé. Mais sans les bonnes informations, de nombreux investisseurs passent à côté. Le panel inaugural du Forum sur l’investissement souverain (FIS), tenu le 6 février 2026, à Ouagadougou, a offert le cadre pour recueillir ces bonnes informations.

Sous une modération de l’universitaire Serge Théophile Balima, le thème central du Forum, « Souveraineté économique du Burkina Faso, enjeux et orientations stratégiques », a été décortiqué par d’imminentes personnalités : le ministre délégué chargé des Ressources animales, Amadou Dicko, le Secrétaire permanent du Contenu local, Zéphirin Zongo, le Directeur des affaires juridiques et du contentieux du Bureau national des grands projets du  Burkina (BN-GPB), Prosper Bassolé, et le Président-Directeur général de IBI Group, Ibrahim Diawara.

Le ministre délégué aux Ressources animales l’a clairement fait savoir, l’Etat a ses orientations stratégiques en matière d’investissement souverain. Et l’un des secteurs prioritaires reste celui de l’agriculture et de la transformation agropastorale, « véritable moteur de la souveraineté économique », selon Amadou Dicko.

L’agriculture, pilier de la souveraineté économique

Pour le représentant du gouvernement, la condition d’une agriculture qui joue pleinement son rôle de locomotive de la souveraineté économique est de réaliser des « investissements consistants ». D’où la mise en place de l’Offensive agropastorale et halieutique dont une première phase s’est achevée en décembre 2025. Selon le ministre Dicko, cette initiative présidentielle poursuit les objectifs de réduction des importations et de création d’emplois, à travers l’intervention de l’Etat dans l’agriculture, l’élevage et la pisciculture. C’est ainsi que des unités de de production ou de transformation ont été créées, de nouvelles spéculations introduites dans l’agriculture (blé, ananas, cacao, …), des cages flottantes érigées dans les barrages du pays qui ont permis de passer à 53 000 tonnes de poissons en 2025, contre une production habituelle de moins de 15 000 tonnes.

Alors que ces initiatives de l’Etat sont parfois perçues comme une occupation de la place qui revient au secteur privé, le ministre délégué aux Ressources animales a rassuré qu’il n’en est pas le cas. Le secteur privé, dit-il, a toute sa place et a un rôle majeur à jouer dans cette dynamique souverainiste, saluant des entreprises déjà investies dans la production et la transformation. Selon Amadou Dicko, l’ennemi commun, aussi bien pour le secteur privé que pour l’Etat, reste les importations. Il a cité en exemple les importations de produits laitiers qui, chaque année, coûtent au Burkina plus de 22 milliards FCFA de sortie des devises, bien que le pays dispose d’un cheptel de 9 millions de bovins. Et d’inviter donc les hommes d’affaires à se mettre au devant de la production, de la transformation locale, lors de la prochaine phase de l’Offensive dont le début est prévu courant cette année.

Plus de 3000 milliards FCFA à mobiliser par le privé pour 15 projets en PPP

En dehors du secteur agricole, l’énergie et les mines doivent constituer des domaines d’opportunités pour les investisseurs, car étant tout aussi des secteurs stratégiques pour la souveraineté nationale. C’était l’invite du Secrétaire permanent du Contenu local, Zéphirin Zongo, à l’endroit des chefs d’entreprises venus nombreux prendre part au Forum. Pour le secteur minier, l’enjeu, selon Monsieur Zongo, est désormais de transformer les ressources sur place, de structurer des chaînes de valeur et d’ancrer l’activité minière dans le tissu industriel local. Des réformes engagées en 2024 s’inscrivent dans cette dynamique. Ces réformes prévoient une participation accrue de l’Etat à l’exploitation (de 10 à 15% avec possibilité de souscription de 30%) et du secteur privé. Concernant l’énergie, des opportunités sont là aussi, offertes au secteur privé qui, d’ailleurs, détient le monopole du transport des hydrocarbures, a souligné Zéphirin Zongo. Mieux, les opérateurs privés sont invités à s’investir, aux côtés de l’Etat, dans la construction de centrales solaires et thermiques.

Une autre opportunité pour le secteur privé demeure l’accompagnement de l’Etat dans la mise en œuvre de ses grands projets. Et cela, à travers le partenariat public/privé (PPP). Dans le cadre de ce type de partenariat, le secteur privé peut jouer le rôle d’initiateur ou de réalisateur de grands projets de l’Etat, selon Prosper Bassolé. En la matière, des cas concrets ne manquent pas, selon le Directeur des affaires juridiques et du contentieux du BN-GPB. En effet, sur un total de contrats PPP signés sous le leadership du BN-GPB, en 2024 et 2025, le secteur privé doit mobiliser environ 3167 milliards FCFA pour la réalisation desdits projets. Soient 922 milliards dans le secteur de l’énergie, 2165 milliards dans le domaine de l’habitat et 80 milliards dans le secteur de la sécurité, selon des chiffres donnés par Prosper Bassolé. A l’en croire, le partenariat public/privé ne se limite pas à ces secteurs stratégiques. Pour les projets de production agricole, par exemple, l’Etat aménage les terres et sécurise l’eau, tandis que le secteur privé investit dans les unités de transformation de la matière première locale en produits finis, réduisant ainsi les importations.

A noter qu’en dehors de ce panel inaugural, plusieurs autres thématiques en lien avec l’investissement productif souverain ont été abordées. Ces réflexions sont menées dans le cadre des Journées du patronat burkinabè, organisées par la Confédération générale des entreprises du Faso (COGEF). o

Béranger KABRÉ (Collaborateur)

Ibrahima Diawara, symbole d’un secteur privé à l’avant-garde de la souveraineté nationale

Sa communication, lors du panel inaugural, aura certainement convaincu les plus sceptiques que le secteur privé peut jouer un rôle de premier plan dans la construction d’une souveraineté économique. On connaît ce magnat de l’économie malienne comme celui qui a réussi à faire baisser, voire stopper, les importations de la pastèque au Mali. Son histoire commence de la manière la plus banale. Voulant acheter des pastèques, il constate la cherté (5000 FCFA l’unité) et après renseignement, il apprend que le fruit était principalement importé du Maroc. La pastèque est produite au bord des fleuves. Or, le Maroc n’a pas de fleuve, contrairement au Mali qui en possède deux et même grands. « J’ai été choqué de savoir que les Marocains traversent des milliers de kilomètres pour venir nous vendre de la pastèque. Étant industriel, avec des amis on s’est donné deux ou trois ans pour arrêter l’importation de la pastèque ; parce que pour moi, c’était une insulte. C’est ainsi que je suis entré dans l’agriculture. Aujourd’hui, le résultat est là, il est difficile d’importer de la pastèque ou du melon au Mali, parce que presque tous les producteurs sont dans cette culture aujourd’hui. C’est l’effet que nous recherchions », raconte l’homme d’affaires. Pour Ibrahima Diawara, l’exemple de la pastèque peut être dupliqué à d’autres spéculations et à d’autres secteurs de production, pour peu qu’il y ait des investissements massifs accompagnés de stratégies appropriées.

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