
• Lors des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale
• Par le ministre de l’Economie, Dr Aboubakar Nacanabo
• Dans le cadre d’un panel sur la sécurité alimentaire à l’ère des chocs
Le ministre de l’Économie et des Finances, Dr Aboubakar Nacanabo, a pris part à Bangkok (en Thaïlande) aux Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et du Groupe de la Banque mondiale. Il a, notamment, participé à une session thématique intitulée « Food Security in an Age of Shocks » (La sécurité alimentaire à l’ère des chocs) au Queen Sirikit National Convention Center, le 15 octobre 2026, aux côtés des autres ministres des Finances de plusieurs pays.
L’Economiste du Faso vous propose l’intégralité de ces interventions au cours du panel. Dr Nacanabo est revenu sur la sécurité alimentaire au Burkina Faso, un enjeu multidimensionnel, selon lui, mais aussi sur la mobilisation de ressources internes, et a partagé la vision du pays sur l’importance d’un ciblage rigoureux des aides aux populations vulnérables. Lisez !
Question : En tant que ministre de l’Economie et des Finances, comment se fait la gestion des revenus à l’ère des chocs, quand on est balancé entre la priorité, nourrir la population, à travers les productions agricoles, mais en même temps maintenir la stabilité fiscale et limiter le risque de la dette ?
Dr Nacanabo (ministre de l’Economie : Merci beaucoup pour la question. Disons que le sujet de la sécurité de l’approvisionnement en nourriture n’est pas seulement un sujet agricole. C’est un sujet économique, social, fiscal, et dans notre contexte, un sujet de sécurité. Le Burkina Faso a trois défis qui sont interconnectés. Il y a le défi de sécurité, le défi climatique et le défi de l’espace fiscal limité. Le défi principal est donc de savoir comment naviguer dans ce domaine et trouver un moyen de s’occuper des familles vulnérables. C’est notre travail en tant que leaders, c’est à nous de trouver des solutions pour toutes les familles vulnérables.
Notre approche est donc de mobiliser les revenus domestiques et de trouver un moyen de construire la résilience de notre population, car nous devons aller au-delà de l’assistance pour voir comment augmenter la résilience de la population en leur donnant la possibilité de produire. Nous devons donc trouver des moyens d’irrigation, des fertilisants, afin que nous puissions évoluer de l’assistance permanente à la capacité de construction pour notre population. C’est important de savoir que, en tant que gouvernement, la crise peut être soudaine, mais pas la réponse du gouvernement.
C’est pourquoi, il est important pour nous d’avoir une réponse à la crise. Ainsi, en préparant le budget, il est important de considérer les différents marchés possibles, et le marché alimentaire étant l’un d’entre eux. Pour nous, au Burkina Faso, la chose la plus importante est de mobiliser les ressources internes. Dans ce genre de situation, nous avons la possibilité de réagir rapidement et de trouver des solutions pour les familles.
Pourriez-vous partager votre expérience sur le système de distribution de l’aide alimentaire ? De votre point de vue, comment vous pourriez comparer la situation actuelle à ce qui se passe ailleurs, et quelles leçons en tirez-vous ?
Pour moi, avant de parler du système de distribution de l’aide alimentaire, il est important de répondre à trois questions. La première, l’aide alimentaire est-elle disponible, mais chère ? La deuxième question, la crise est-elle temporaire ou peut-elle persister ? Et la troisième question, quelle région ou quelle zone est-elle plus affectée ou exposée? Si vous avez les réponses à ces questions, alors, la question de la distribution de l’aide alimentaire peut être mise en œuvre.
Si par exemple, vous êtes dans une situation où elle est disponible mais chère, la distribution peut être considérée ou peut être vouée dans certaines situations. Mais il peut y avoir d’autres situations où l’aide n’est pas disponible. Dans ce genre de cas, s’il y a un stock stratégique, on peut considérer l’utilisation de ce stock stratégique et considérer aussi la possibilité d’importer. Mais la réponse ne doit pas être, comme je l’ai dit précédemment, seulement sous forme d’assistance. Comment construire la résilience pour cette population? C’est donc important de voir comment investir pour donner de la capacité à la population de produire et de répondre aux besoins. Mais dans une situation de crise, il est aussi important de prioriser les solutions tarifaires. C’est pourquoi, il est important d’utiliser un registre social. Nous avons un registre social numérique, où nous pouvons avoir l’enregistrement des personnes vulnérables, pour que la tarification soit plus efficace. Je pense que cela peut aider, parce que si nous considérons de grosses subventions, la conséquence aura un impact sur les ressources fiscales, car nous avons un espace fiscal très limité. Si vous voulez continuer avec les subventions, vous allez créer un autre problème. Donc, pour ce genre de situation, il est important d’avoir une solution tarifiée ; parce que si vous commencez à aider les gens, et un jour, vous dites qu’on va arrêter, parfois, cela peut créer une crise sociale. Donc, il est important d’avoir une communication claire, d’expliquer clairement à la population. Nous vous aiderons maintenant, mais il est important de considérer une solution tarifiée.
Pour cette solution tarifiée, il est important d’aller graduellement, et de proposer des alternatives crédibles. Par exemple, si vous arrêtez l’assistance, quelle solution proposez-vous à la population? Il est aussi important de garder en compte que l’arrivée de la crise ne signifie pas l’arrivée d’assistance aux gens vulnérables. Donc, nous pensons que pour l’arrivée, parfois dans un contexte comme le nôtre, le plus grand défi est de savoir comment accéder physiquement à la population, si vous êtes dans une situation où la population est dans des zones d’insécurité.
Dans ce genre de situation, il est important de considérer la nourriture domestique, et de collaborer avec les communautés locales. Dans notre contexte, nous collaborons avec les communautés locales, les institutions et l’armée, parce qu’en situation d’insécurité, il est important d’avoir le soutien de l’armée pour fournir de la nourriture, parce que même si les familles sont dans des zones d’insécurité, nous devons leur fournir de la nourriture, et nous devons trouver des solutions pour elles.o
La Rédaction
NB : Le panel a eu lieu en anglais, l’interview a été retranscrite par la Rédaction de L’Economiste du Faso
La sécurité alimentaire vue du Faso
Pour le ministre Nacanabo, la sécurité alimentaire au Burkina Faso constitue un enjeu multidimensionnel, à la croisée des défis sécuritaires, climatiques et budgétaires et sa gestion exige d’anticiper les crises dès la préparation du budget, de mobiliser davantage de ressources internes et de renforcer durablement les capacités de production locales, notamment par l’irrigation et l’accès aux intrants.
La réponse doit reposer sur des interventions ciblées, adaptées à la disponibilité des denrées, à la durée de la crise et à la vulnérabilité des populations. Le recours au registre social numérique permet de mieux orienter les aides, tout en évitant les subventions généralisées susceptibles d’alourdir la dette publique.
L’efficacité de ces mesures suppose également une coordination étroite avec les communautés locales et les Forces de défense et de sécurité pour assurer l’acheminement de l’aide, notamment, dans les zones difficiles d’accès.
L’enjeu est de concilier assistance d’urgence, maîtrise des dépenses publiques et renforcement de la résilience, en préparant progressivement la sortie des dispositifs d’aide, afin de permettre aux populations de satisfaire durablement leurs besoins alimentaires.
Source : Ministère de l’Economie




