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SAMAO – SEMH-AES: dessiner le futur marché énergétique et minier confédéral

• Dans le cadre de la SEMH-AES

• Plusieurs leviers d’intégration proposés

• Aligner le secteur minier à la vision de souveraineté monétaire

Mi-août dernière, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont adopté des documents devant permettre d’harmoniser leurs manières de gérer les ressources minières et énergétiques de l’espace confédéral. Il s’agit, notamment, de la politique énergétique, minière et de la convention-cadre sur l’exploitation des ressources extractives de l’Alliance des États du Sahel (AES). Après cette phase, place à la réflexion sur les enjeux, défis et perspectives liés à cette harmonisation.

Réunis à Ouagadougou, le 16 septembre, dans le cadre de la SAMAO et de la SEMH-AES, les ministres en charge des mines, du pétrole et de l’énergie des trois pays ont apporté des détails sur la mise en œuvre de ces cadres. Sous la modération de Mahaman Laouan Gaya, ancien Secrétaire général de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), l’échange a porté sur plusieurs axes, allant de la construction d’un marché confédéral intégré à l’adoption de positions communes de négociation face aux grandes compagnies, en passant par la coopération internationale.

Selon le modérateur, les cadres harmonisés de l’AES ont l’avantage de se distinguer des dispositifs existants, les comparant au Code minier communautaire de l’UEMOA, au cadre de coopération de la CEDEAO et à la Vision minière africaine. Pour Mahaman Laouan Gaya, les documents de la Confédération ont cette particularité d’intégrer l’ensemble de la chaîne, de l’exploitation à la consommation, alors que les précédents s’arrêtaient en amont. Le ministre malien des Mines, Amadou Keita, a qualifié la démarche de « rupture paradigmatique ». Pour lui, les Codes miniers post-1990 ont été inspirés par les bailleurs de fonds et ne visaient que l’attractivité pour l’investisseur au détriment du développement national.

Pour le ministre Keita, le Code minier malien de 2023, élaboré exclusivement par une expertise nationale, malgré des pressions extérieures, a posé les jalons de cette nouvelle approche, reprise dans les cadres AES. Son homologue burkinabè, Yacouba Zabré Gouba, a insisté sur le caractère opérationnel voulu par les chefs d’État. A l’en croire, les documents s’accompagnent d’un plan d’action et de projets mutualisés, dont un bloc pétrolier commun au Niger.

Construire un stock de réserve stratégique pour l’AES

Interrogés sur la possibilité de bâtir, à l’image du projet de marché physique africain du pétrole porté en son temps par l’APPO, un marché intégré couvrant pétrole, gaz, électricité et énergies renouvelables, les ministres ont convergé sans toutefois trancher sur un calendrier précis. Le ministre nigérien du Pétrole, Hamadou Tini, a proposé plusieurs leviers d’intégration. Au nombre de ceux-ci, il y a l’harmonisation des principes règlementaires sans uniformisation totale, la définition de taux marchands communs pour limiter la concurrence tarifaire entre États membres, stratégies juridiques communes et positions de négociation coordonnées face aux grandes compagnies.

Il a également évoqué l’existence d’échanges commerciaux déjà actifs, à l’image de l’approvisionnement d’autres pays de la zone par le Niger. Pour Yacouba Zabré Gouba, la nécessité de construire un stock de réserve stratégique commun à l’AES s’impose également comme un préalable à toute commercialisation organisée à l’échelle confédérale, sur un marché estimé à 80 millions de consommateurs.

Sur la transition énergétique, le ministre burkinabè des Mines et de l’Energie a affiché une position tranchée de l’espace confédéral. Pour lui, cette transition « n’est pas une priorité » pour la Confédération dans l’immédiat. L’objectif affiché est d’abord de garantir l’accès à l’électricité pour chaque citoyen, y compris via le développement accéléré de centrales thermiques, avant d’envisager un mix énergétique pensé selon des termes propres aux pays du Sahel plutôt qu’importé de l’extérieur. Yacouba Zabré Gouba a, par ailleurs, lié la question minière à celle de la souveraineté monétaire, plaidant pour la constitution d’une réserve d’or nationale susceptible de sécuriser les entrées de devises, dans un contexte où l’or représente plus de 80 % de la production minière du pays. Il a également souligné le défi de la maîtrise de l’information géologique, actuellement détenue en grande partie à l’étranger, comme condition de la souveraineté sur les hydrocarbures et les minéraux critiques de la zone dite « des trois frontières».

Les Etats de la Confédération inscrivent la coopération régionale dans leur stratégie. Alors qu’un méga projet de gazoduc transsaharien, partagé entre le Niger, le Nigeria et l’Algérie est en cours de réalisation, c’est tout naturellement que ce sujet s’est invité au panel ministériel. Le ministre nigérien en charge du pétrole, Hamadou Tini, a détaillé l’avancement de ce projet porté par les compagnies nationales NNPC, Sonatrach et Niger Petrogaz des trois pays. Long de 4 100 km, pour un coût estimé entre 15 et 20 milliards de dollars, l’ouvrage doit transporter environ 30 milliards de m³ de gaz par an vers l’Italie et l’Espagne. Selon le ministre, des tronçons sont déjà construits côté nigérian (jusqu’à Kano) et côté algérien, où les travaux ont débuté le 3 juin. Le tracé initial de 820 km entre les frontières nigériane et algérienne est en cours de réexamen au profit d’un second itinéraire, associé à un projet plus large de route et de fibre optique transsahariennes auquel le Tchad a demandé à être associé. Toujours selon Hamadou Tini, le Niger prévoit des points d’injection et de captage devant lui permettre d’alimenter en gaz des centrales électriques locales et de futures zones industrielles. La construction est annoncée sur un horizon de cinq ans.

Béranger KABRE (Collaborateur)

L’hydrogène naturel malien, un potentiel qui pourrait bénéficier à l’ensemble de la Confédération

En guise de perspectives, le ministre malien des Mines a fait le point sur le gisement d’hydrogène naturel de Bourakébougou, exploité par la société Hydroma, dans le cadre d’un permis de recherche ayant donné lieu à une unité pilote de production d’électricité. Il a toutefois reconnu que les activités de recherche et d’exploitation étaient « presqu’à l’arrêt », faute d’avancées suffisantes de l’opérateur. Un incident survenu en avril 2024, une émanation de gaz, lors d’un forage d’eau dans le même périmètre, a nécessité une sécurisation de la zone par les services de l’État. Sur la seule superficie couverte par les permis (580 km²), les ressources sont estimées à 670 milliards de mètres cubes d’hydrogène, un chiffre présenté comme ne tenant pas compte des couches les plus profondes. Le ministre a indiqué qu’un cadre de discussion était en cours de mise en place avec le ministère de l’Énergie pour activer ce potentiel, au bénéfice du Mali et, à terme, des autres pays de l’AES.

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