
• La SOBTO propose 125 FCFA/kg à ses fournisseurs
• L’Etat fixe un prix planché à 195 F le kg sur toute l’étendue du territoire
• L’exportation est suspendue jusqu’à nouvel ordre

Début mars, la Société burkinabè de tomates (SOBTO) de Bobo-Dioulasso, une des deux usines mises en place par actionnariat populaire pour absorber une partie de la production nationale de tomate, annonce la fixation du prix d’achat de la tomate fraîche pour la période du 09 au 14 mars 2026. Le kilogramme de tomate fraîche sera acheté à 125 FCFA, le prix de la caisse de 100 kilogrammes est fixé à 12.500 FCFA. Les frais de transport et de manutention pour les livraisons directes à l’usine s’élèvent, quant à eux, à 15 FCFA par kilogramme.
Cette sortie n’a pas tardé à recevoir une volée de bois vert. Producteurs comme consommateurs, chacun y est allé de son étonnement. Tous trouvent que ces prix sont assez bas et ne permettent pas aux producteurs de rentrer dans leurs fonds. Face aux nombreuses invectives suscitées par l’annonce de ces prix, le Directeur général de la SOBTO a dû signer un nouveau communiqué le 12 mars 2026, pour apporter des éclaircissements.
Selon l’entreprise, la communication hebdomadaire de son prix d’achat vise avant tout la transparence envers les producteurs et les acteurs de la filière tomate. Cette démarche permettrait, notamment, d’éviter certaines pratiques sur le terrain, où des intermédiaires transmettent parfois des prix erronés ou inférieurs aux producteurs, afin d’en tirer un avantage.

« Il convient de préciser que la SOBTO n’est pas l’autorité chargée de fixer le prix de la tomate sur l’ensemble du territoire burkinabè, contrairement à certaines structures de régulation dans d’autres filières. Les prix communiqués par notre entreprise concernent uniquement l’achat de la tomate destinée à l’approvisionnement de notre usine », a indiqué le Directeur général, Adama Kaboré. Tout en ajoutant que sa société a mis à la disposition des producteurs des intrants agricoles à prix subventionnés, dans le cadre d’un partenariat visant à soutenir la production, améliorer les rendements et renforcer la durabilité de la filière, il précise que ces tarifs sont définis en fonction de plusieurs paramètres, notamment, la saisonnalité, les conditions du marché et les coûts de production industrielle. « Il est également important de souligner que le prix communiqué ne constitue en aucun cas une obligation pour les producteurs. Il s’agit d’une information destinée aux producteurs ou fournisseurs qui souhaitent livrer leur production à l’usine dans ces conditions », a-t-il insisté.
Un communiqué conjoint MICA-MAERAH du 09 mars 2026 a fixé le prix planché bord champ applicable sur toute l’étendue du territoire national pour l’année 2026 à 195 FCFA le kg de tomate.
Dans un communiqué en date du 16 mars et signé conjointement par le ministre en charge de l’agriculture et celui du commerce, il est porté à la connaissance des opérateurs économiques et de la population que l’exportation de la tomate fraîche est suspendue sur toute l’étendue du territoire national et ce, jusqu’à nouvel ordre. Cette mesure, selon les ministres, a pour but d’assurer l’approvisionnement des unités nationales de transformation, et les opérateurs économiques qui disposent des autorisations d’exportation de la tomate fraîche en cours de validité ont reçu un délai de 2 semaines à compter de la date de signature du présent communiqué pour accomplir leur procédure d’exportation.
Cette interdiction d’exportation reçoit les mêmes critiques : le producteur semble être oublié. Pour certains, cela va amener, dans l’immédiat, les producteurs à brader leurs produits sur lesquels ils comptent pour vivre comme tout citoyen. Pour d’autres, le producteur va produire ce qui se vend mieux pour lui en lieu et place de la tomate, et ces entreprises risquent de produire leur propre tomate pour tourner, car aucun producteur n’y sera contraint dans l’avenir.
Atténuer les coûts de production
Pendant ce temps de collecte, les producteurs et leurs productions sont là. L’État dit consentir des efforts importants pour atténuer les coûts de production. Pour la campagne 2025, des variétés de semences hybrides, mieux adaptées à la transformation, ont été acquises et distribuées aux producteurs.
L’État a également mobilisé 17.000 tonnes d’engrais dont l’essentiel est destiné à la production de tomate et de blé, tandis que la Société burkinabè de tomate (SOBTO) a acquis 1.200 tonnes supplémentaires. À cela s’ajoutent des équipements d’irrigation composés de 725 motopompes et de plus de 54.000 tubes en PVC, le tout subventionné entre 55 % et 65 %. Il faut y ajouter également les labours à coût subventionné.
Cela ne semble toujours pas convaincre le gros lot de ceux qui ont dû utiliser leurs propres moyens pour produire. Et à juste titre peut-être, ils pensent qu’à partir du moment où l’Etat connait le degré de son appui et les bénéficiaires, il pourrait circonscrire aussi ses mesures de restrictions. Par exemple, l’État pourrait récupérer, sous forme de remboursement, le montant des subventions accordées aux agriculteurs. o
Moumouni SIMPORE
400.000 tonnes de tomates produites par an
Et pour davantage d’explications, le Directeur général des productions végétales, Prosper Zemba, était face à la presse dans l’après-midi du 17 mars 2026. A l’écouter, chaque année, c’est environ 400.000 tonnes de production de tomates sur l’ensemble du territoire national au Burkina Faso. Et pour ces deux unités industrielles de transformation de tomates, il nous faut environ entre 100 et 120.000 tonnes de tomates fraîches pour pouvoir couvrir les besoins de ces unités industrielles toute l’année. Quand on fait le calcul, c’est entre 20 et 25 % de la production nationale qui est sollicitée par ces deux unités industrielles. « Si dans deux semaines, nous avons pu collecter l’ensemble des besoins de ces deux unités, les autorités pourraient lever la suspension et permettre aux producteurs de pouvoir vendre à qui ils veulent, en tout cas, le reste de la production », a-t-il dit.

