Fonctionnement des organes de l’Uemoa: des recettes en baisse pour 2025

• Une réduction de 42,12 %, soit près de 63 milliards FCFA
• Imputable au ralentissement des reversements du PCS
• Un taux d’exécution de plus de 92% enregistré…
En 2025, les performances de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) sont en baisse par rapport à celles de 2024. Le taux d’exécution financière des organes de l’Union est estimé à 86,58%, contre 89,59% en 2024. Quant au taux d’exécution physique, il est de 87,13% en 2025, contre 89,97% en 2024.
Des contreperformances qui s’expliquent par les multiples crises que traversent les États membres de l’Union, notamment, la crise sécuritaire dans la zone du Sahel et son extension vers les autres États environnants, la situation sociopolitique dans certains États membres de l’Union et le ralentissement du reversement du Prélèvement communautaire de solidarité (PCS) par certains États membres, principale source de revenus des organes de l’Union.
Une situation qui inquiète. Le président de la Commission de l’Union, Abdoulaye Diop, le 13 mars 2026 à Bamako, lors de la présentation du rapport annuel 2025 sur le fonctionnement de l’UEMOA, a souligné que les non-reversements du PCS « fragilisent la capacité de l’Union à assurer de manière optimale le financement de ses programmes, à honorer ses engagements et à garantir la continuité de ses missions ». Et d’ajouter qu’« en ce qui concerne les perspectives, le budget 2026 de l’Union tient compte de la contrainte majeure liée aux non-reversements du Prélèvement communautaire de solidarité (PCS) par certains États membres ».
Le PCS, socle historique du financement communautaire
Institué par les actes additionnels de l’Union, notamment celui du 8 décembre 1999, le Prélèvement communautaire de solidarité constitue une ressource propre essentielle, adossée au Tarif extérieur commun. Conçu pour garantir l’autonomie financière de l’organisation, il repose sur une taxation des importations en provenance des pays tiers, collectée par les administrations douanières nationales.
Longtemps considéré comme un mécanisme efficace, le PCS représente encore aujourd’hui l’une des principales sources de financement de l’Union, pouvant atteindre près de 90 % des recettes budgétaires. Ce poids central en fait à la fois un levier de solidarité entre États membres et un pilier du fonctionnement institutionnel.
Cependant, cette dépendance constitue également une vulnérabilité. La baisse progressive de son taux — passé de 1 % à 0,8 % à partir de 2017 — combinée aux difficultés de reversement observées dans certains États membres, en révèle les limites structurelles.
Un taux d’exécution élevé, malgré un budget à la baisse
L’exercice budgétaire 2025 illustre concrètement ces tensions. Initialement fixé à 149,58 milliards FCFA, le budget des organes de l’Union a été ramené, à la suite d’un collectif budgétaire adopté le 19 novembre 2025, à 86,58 milliards FCFA.
Cette réduction de 42,12 %, soit près de 63 milliards FCFA, témoigne des contraintes financières rencontrées en cours d’année.
Face à cette situation, les autorités communautaires ont pris des mesures d’ajustement dès le mois de mars 2025, en limitant drastiquement les frais de mission. Les déplacements, les coûts de transport, d’hébergement, ainsi que les indemnités journalières ont été réduits. En juillet, un reprofilage des dépenses a été engagé, afin de concentrer les ressources disponibles sur les activités jugées à fort impact.
Malgré cette contraction budgétaire, le taux d’exécution atteint 92,77 % au 31 décembre 2025, rapporté au budget révisé. Cette performance témoigne d’une certaine efficacité administrative, mais elle ne doit pas masquer une réalité plus préoccupante : l’Union a dû fonctionner avec des moyens significativement réduits.
Une solidarité communautaire mise à l’épreuve
Au cœur de cette situation se trouve le Prélèvement communautaire de solidarité. Les recettes du budget de l’Union se répartissent en ressources propres et ressources extérieures. Les ressources propres sont essentiellement constituées des produits du PCS. Les ressources extérieures, quant à elles, sont composées des subventions ou des aides financières des partenaires techniques et financiers.
Et pour 2025, les ressources budgétaires sont passées respectivement de 138,39 milliards FCFA en 2020 à 86,58 milliards FCFA en 2025. L’exécution des recettes s’élève à 86,58 milliards FCFA, contre 89,59 milliards FCFA en 2024. Une baisse des recettes de 2024 à 2025 qui est imputable à la baisse des reversements du PCS. Certains États, confrontés à leurs propres contraintes économiques, sécuritaires ou politiques, n’ont pas respecté leurs engagements. Ainsi, en 2025, son reversement a connu un ralentissement notable.
Au-delà des chiffres, le ralentissement du PCS soulève une question de la discipline communautaire. Ce mécanisme repose, en effet, sur un principe fondamental de solidarité entre États membres. Lorsque certains pays ralentissent ou suspendent leurs contributions, c’est l’ensemble du système qui se trouve fragilisé. Des rencontres de plaidoyers ont été initiées dans les Etats membres pour le reversement des produits du PCS, « ressource principale pour le financement des chantiers communautaires », a laissé entendre le président de la Commission.
ESS
L’évolution du PCS en quatre étapes
L’évolution du Prélèvement communautaire solidaire permet de mieux comprendre sa place centrale dans le financement de l’Union.
Le mécanisme est mis en place entre 1996 et 1997, dans le cadre des premiers actes additionnels relatifs au régime tarifaire, avec pour objectif de doter l’Union de ressources propres. En 1999, un acte additionnel vient renforcer son rôle, en confirmant son statut de pilier du financement communautaire.
Au cours des années 2000, le dispositif se stabilise autour d’un taux de 1 %, marquant une phase de consolidation du modèle. Ce n’est qu’en 2017 et 2018 qu’un tournant intervient, avec la décision des chefs d’État de réduire le taux à 0,8 %, avec un objectif initial plus ambitieux de 0,5 %, finalement non retenu.
Cette évolution traduit un arbitrage entre la nécessité de financer l’Union et celle de limiter la pression sur les économies nationales, au risque d’affaiblir les ressources communautaires.
Démarrage effectif du plan stratégique Impact 2030
En 2025, plusieurs secteurs ont connu des progrès importants. Et pour Abdoulaye Diop, président de la Commission de l’UEMOA, l’un des plus importants est le « démarrage effectif de la mise en œuvre de son Plan stratégique IMPACT 2030, qui constitue sa boussole pour la période 2025-2030 ».
Ce démarrage s’est traduit, notamment, par l’élaboration de 3 livres blancs sur les filières coton-textile, riz et engrais phosphates, déclinés en 3 programmes opérationnels filières. A ceux-ci s’ajoute l’élaboration de 24 programmes opérationnels supports, soutien au développement des filières identifiées dans le plan stratégique.
« La mise en œuvre efficace de ce plan stratégique est résolument tournée vers l’impact pour contribuer au bien-être des populations de l’Union. Elle s’inscrit dans le cadre de l’opérationnalisation du document de la Vision prospective UEMOA 2040 qui est désormais l’outil d’anticipation à long terme de l’Union, permettant d’asseoir les bases de ses choix et priorités stratégiques », a expliqué le président de la Commission, dans son discours, lors de la présentation du rapport sur le fonctionnement de l’Union.
En termes de perspectives, la Commission mettra l’accent, notamment, sur les actions suivantes :
– la finalisation des livres blancs et des programmes régionaux dans les filières prioritaires pilotes telles que le coton-textile-habillement et le riz ;
– l’élaboration, dans le domaine des industries légères et extractives, des livres blancs, notamment sur les engrais ;
– l’élaboration des livres blancs en matière de services à forte valeur ajoutée, notamment en logistique ;
– la poursuite du renforcement du marché commun à travers la promotion du régime de la libre pratique, la poursuite de la réforme du cadre juridique et institutionnel de la concurrence et la mise en place d’un mécanisme d’alerte pour les entraves à la libre circulation ;
– la poursuite de l’amélioration du cadre macroéconomique à travers l’adoption du nouveau Pacte de convergence incluant des clauses dérogatoires et l’opérationnalisation du fonds de stabilisation macroéconomique ;
– le démarrage des actions préliminaires dans le cadre de la transformation de la Commission et la fluidification pour un gain en agilité dans les processus de décision ;
– le re-engineering des procédures critiques (Process Services administratifs et financiers, Process RH) en référence à l’approche par les risques.o


