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Production de ciment au Burkina: suspicions de pénurie

• Des grossistes en mode rationnement

• Ralentissement des travaux sur de nombreux chantiers

• En attendant une explication officielle

Lundi 09 mars 2026, 8h, une quincaillerie sur la Route nationale 22, dans sa portion de l’Arrondissement 9, attire l’attention des passants.  Le ballet incessant des tricycles, les allers-retours entre le magasin et les différents véhicules, les invectives par endroits… créent un tohubohu qui arrive à couper la voie à ceux qui ne demandaient qu’à circuler.  Il s’agit d’une course aux sacs de ciment. Le propriétaire des lieux venait de se faire livrer quelques heures plus tôt.

De nombreux chantiers sont en arrêt et les travailleurs dans le désarroi. (Ph: Yvan SAMA)

Du chargement de 40 tonnes, chaque client tenait à repartir avec sa part.   « Vous, vous n’êtes pas dans le pays non ? Le ciment manque depuis des semaines et les gens ne peuvent plus travailler. J’ai eu 10 sacs, cela pourrait nous permettre de finir le chaînage, en espérant que d’ici là, la situation va changer », nous a lancé un maçon, pour expliquer sa présence sur les lieux, après avoir eu gain de cause … en partie.

Pour le propriétaire du magasin, qui requiert l’anonymat, Ia question est très complexe. Depuis le début de l’année, eux, les grossistes, ont du mal à s’approvisionner à partir des différentes usines de production. A titre d’exemple, lui qui distribue 4 produits des différents producteurs mettait sur le marché en moyenne 30 camions de 40 tonnes chacun par mois. Mais depuis janvier, il a du mal à avoir 2 camions par mois, soit une baisse d’environ 94% de sa dotation habituelle.

Pourquoi en est-on arrivé là ?

« Aucune idée ! » Vos sources de revenus ont drastiquement baissé et vous n’avez pas d’explications ?  « Si les usines ne donnent pas d’explications, nous, on peut avoir quoi ? Nos camions sont garés, le jour où il y a du ciment, on nous donne, dans le cas contraire, on attend seulement », ajoute-t-il. Pour le moment, le peu de livraison qu’il reçoit, il essaie de faire une répartition dont lui seul a le secret : « Chaque situation est particulière. Ceux qui ont besoin d’un sac pour boucher un trou, s’ils ne l’ont pas, le trou va s’agrandir, et ils dépenseront plus pour résoudre leur problème. Ceux qui ont de grands chantiers ont aussi besoin de grandes quantités pour terminer leurs travaux.  Entre ces propriétaires et nous, il y a les travailleurs du bâtiment (maçons, manœuvres, ferrailleurs, coffreurs…) qui se retrouvent en chômage technique. En rationalisant, nous permettons à toute la chaîne de souffler un peu. » 

Dans l’Arrondissement 08 de Ouagadougou, la situation est assez semblable. A. O. y tient aussi un magasin de vente de ciment. Depuis pratiquement un mois, elle n’arrive plus à se faire servir à l’usine, et elle n’est pas un cas isolé. Dans cette zone nouvellement lotie, où les chantiers de construction sont nombreux, la pénurie est beaucoup plus perceptible. « Cela fait maintenant 28 jours que nous n’avons plus reçu de livraison. C’est un problème général, tous ceux qui vendent du ciment dans les parages ne l’ont plus. On nous a dit qu’il y a une difficulté de taxes, des pannes de machines, de courant…, on n’a pas le bout du problème », explique-t-elle. C’est devenu un rituel : les gens viennent s’entasser chaque matin devant le magasin pour se rassurer de la disponibilité de leurs matériaux de travail avant de repartir, dépités, quelques heures plus tard.

Au niveau du ministère en charge du commerce, le problème semble connu. Le 3 mars 2026, la Brigade mobile de contrôle économique et de la répression des fraudes (BMCRF) a mené une vaste opération de contrôle sur le marché, afin de constater la pénurie de ciment. Cette mission a consisté à vérifier la disponibilité du ciment et s’assurer que les prix appliqués respectent strictement la règlementation en vigueur.  Le Coordonnateur général de la BMCRF a ainsi rappelé le prix de vente plafond du ciment aussi bien pour le sac que pour la tonne : CPJ 35 : 100.000 FCFA la tonne et 5.000 FCFA le sac, et CPA 45 : 115.000 FCFA la tonne et 5.750 FCFA le sac.   « Face à cette situation préoccupante, les usines productrices de ciment sont invitées à intensifier leurs efforts, afin de garantir l’approvisionnement et de permettre la poursuite des travaux de construction dans de bonnes conditions », a-t-il indiqué, dans un communiqué, à l’issue de la journée de contrôle.

Après la diffusion du communiqué, des Burkinabè de plusieurs localités ont saisi l’occasion pour exprimer leurs vécus sur la page Facebook de la BMCRF. On pouvait donc y lire, entre autres : « Cette situation est vraiment à prendre au sérieux. Depuis plus de 3 semaines, dans tout Kaya, il n’y a plus de ciment, surtout les CPA 45. Nous ignorons les causes » ; « Ici à Boussé, le ciment est à 7.000f, voire 7.500f chez d’autres revendeurs. La tonne est comprise entre 140.000 et 150.000 » ; « Voulez-vous rabaisser le prix d’un produit qui est manqué… ».

Jusqu’au moment où nous mettions sous presse, les producteurs de ciment, regroupés au sein de l’Association des cimentiers du Burkina (ACB), n’avaient toujours pas réagi à notre demande d’informations sur le sujet.o

Moumouni SIMPORE

Informations clés sur le ciment au Burkina :

Prix plafonds (Mars 2026) : 100.000 FCFA la tonne (CPJ 35) et 115.000 FCFA la tonne (CPA 45), ou respectivement 5.000 et 5.750 FCFA le sac.

Types de ciment :

CPJ 35/45 : Idéal pour les travaux courants, la maçonnerie et la brique.

CPA 45 : Ciment de haute performance, plus riche en clinker, destiné aux ouvrages en béton armé et aux étages.

Principaux Acteurs & Marques : CIMAF, CIMFASO, CIMBURKINA, Diamond Cement et Cim Panga (CISINOB).

On estime la demande annuelle à environ 3,2 millions de tonnes, alors que la capacité de production des cimenteries locales est de près de 6,7 millions de tonnes par an, si toutes ces usines tournaient à plein régime.  

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