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Lorsque les sociétés minières plient bagage, les communautés africaines en paient le prix

JOHANNESBURG – Dirigeants politiques et acteurs industriels se réunissent cette semaine au Cap, dans le cadre de l’African Mining Indaba, le Salon annuel du secteur minier africain. Le scénario sera le même qu’à l’accoutumée : les gouvernements courtiseront les investisseurs, les entreprises promettront emplois et croissance, et le champagne coulera à flots, tandis que les intervenants vanteront le rôle indispensable de l’Afrique dans la transition énergétique mondiale.

Comme toujours, l’accent sera placé sur les nouveaux projets, les capitaux frais et les opportunités inexploitées, sans que soit mentionnée la manière dont ces initiatives ont l’habitude de se terminer. Or, dans le secteur minier, ce ne sont pas les débuts mais les résultats finaux qui importent, car ils révèlent où se situe véritablement le pouvoir.

Tandis que la transition vers les énergies propres s’accélère, la question de l’issue des projets miniers revêt une urgence nouvelle. La course mondiale aux minéraux critiques est souvent présentée comme un défi technique : à quelle vitesse les combustibles fossiles peuvent-ils être remplacés sans déstabiliser les chaînes d’approvisionnement ? Or, une question plus fondamentale consiste à savoir qui supporte les coûts de l’extraction.

Pour les sociétés minières transnationales, la phase de sortie est devenue la plus décisive et la moins règlementée du processus de captation de valeur. En vendant leurs actifs, en restructurant leurs activités et en délocalisant leur siège social, ces sociétés sont en mesure de se délester impunément de leurs responsabilités sociales, environnementales et fiscales.

L’Afrique du Sud illustre particulièrement cette situation. Fondée en 1917, la société Anglo American s’est longtemps démarquée comme l’acteur minier dominant du pays, façonnant les systèmes du travail, les modes d’implantation et les infrastructures pendant plus d’un siècle. Ces dernières années, Anglo American rationalisant son portefeuille mondial, sa présence nationale s’est réduite rapidement. Entre 2021 et 2024, ses effectifs en Afrique du Sud ont diminué de plus de 20 %, passant d’environ 41.000 à 32.000 employés. Au cours de la même période, ses paiements d’impôts et de redevances ont chuté de 81 %, passant d’environ 41milliards de rands (2,5 milliards de dollars) à 7,8 milliards de rands.

Il pourrait être tentant d’expliquer ces chiffres par les cycles du marché ou les coûts inévitables de la transition. En réalité, ils révèlent un problème structurel plus profond : le capital est mobile ; l’obligation de rendre des comptes ne l’est pas.

Lorsque les sociétés minières quittent un pays, les coûts ne disparaissent pas ; ils sont transférés aux communautés locales. Les villes minières perdent leur assiette fiscale, les municipalités peinent à entretenir les infrastructures essentielles, et les dommages environnementaux ne sont pas pris en charge. Dans la province sud-africaine du Mpumalanga, ravagée par des décennies d’exploitation, plusieurs centaines de mines sont abandonnées ou insuffisamment réhabilitées. Entre 2011 et 2016, les autorités ont délivré seulement six certificats de fermeture de mine, documents qui actent officiellement l’achèvement de la réhabilitation d’une mine. Pendant ce temps, le drainage minier acide continue de contaminer les réseaux d’approvisionnement en eau.

Les coûts humains sont tout aussi élevés. À Kriel, une ville minière du Mpumalanga, plus de 200 habitants ont été expulsés de force en 2025, après le changement de propriétaire d’une mine et la suppression brutale des logements liés à l’emploi. Ce qui avait été présenté comme un moyen d’accéder à l’emploi et à la stabilité s’est soldé par le sans-abrisme, l’insécurité juridique et le délitement social.

Kriel ne constitue pas un cas isolé. Dans toute l’Afrique du Sud, les sociétés minières ont généré plusieurs dizaines de milliards de dollars de profits, en ne conférant que des avantages négligeables aux communautés du pays. Curieusement, une grande partie des fonds destinés au développement local n’a jamais été versée, ou a disparu des livres comptables.

Les défenseurs du système actuel affirment souvent qu’une règlementation plus stricte ferait fuir les investisseurs, et que les gouvernements africains, confrontés à un chômage élevé, ainsi qu’à une dette croissante, ne peuvent se permettre de rebuter les capitaux étrangers. Cet argument mérite d’être pris au sérieux, mais il repose sur une hypothèse de base erronée.

Le problème de l’Afrique du Sud ne réside aucunement dans la lourdeur des conditions d’entrée des multinationales. Au contraire, la législation minière ne contraint pas les entreprises à obtenir le consentement des communautés concernées, mais simplement à les « consulter », et l’application des règles sociales et environnementales demeure faible. Le Canada impose des exigences plus strictes pour la fermeture des mines, et procède régulièrement à des examens d’intérêt public concernant les restructurations importantes d’entreprises, ce qui ne l’empêche pas d’attirer les investisseurs internationaux.

Le problème ne réside pas dans la règlementation, mais dans un déficit de gouvernance mondiale. Tandis que les multinationales parviennent facilement à transférer leurs bénéfices, leurs actifs et leur siège social par-delà les frontières nationales, l’application des mesures de protection de l’environnement, des droits sociaux et des droits humains demeure confinée à l’intérieur de ces frontières.

Sans mécanismes fiables imposant que des comptes soient rendus, la transition vers les énergies propres ne sera ni juste, ni durable. Au contraire, elle laissera derrière elle une traînée de mines abandonnées, de municipalités vidées de leur substance, de sources d’eau contaminées et de familles déplacées.

Le Salon African Mining Indaba se targue de façonner l’avenir des ressources du continent. Cette affirmation sonne toutefois creux, si la conversation s’arrête à des annonces festives d’aubes nouvelles, et qu’elle évite d’aborder ce qu’il advient quand les projets se terminent. Lorsqu’ils prennent fin, quelqu’un en paie toujours le prix. La question est de savoir si les coûts continueront de peser sur ceux qui n’ont nulle part ailleurs où aller.

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Vers un traité international contraignant sur les entreprises

Au Salon African Mining Indaba, cette asymétrie est évidente. Les gouvernements, pour beaucoup soumis à des pressions budgétaires, se font concurrence pour attirer les investissements étrangers, tandis que les sociétés minières conservent le dernier mot : la possibilité de faire leurs valises. Ce déséquilibre est le résultat d’un système qui favorise largement les intérêts des actionnaires, et qui considère le départ des entreprises comme une décision commerciale plutôt que comme une considération publique.

Il est alarmant de constater que cette même logique s’étend désormais à la transition vers les énergies propres. La demande en platine, en lithium, en cuivre et en cobalt étant vouée à exploser au cours des prochaines décennies, l’Afrique est en passe de devenir un fournisseur majeur des minéraux nécessaires à la décarbonation.

Les réformes nationales sont nécessaires, mais ne suffisent pas. Le droit national ne peut à lui seul résoudre un problème qui trouve son origine dans les déséquilibres de pouvoir transnationaux. C’est la raison pour laquelle les négociations, longtemps au point mort, en direction d’un traité international contraignant sur les entreprises et les droits humains, sont si essentielles.

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