
Ouagadougou a abrité la IVᵉ édition du Salon international des professionnels de l’économie numérique de l’UEMOA (SIPEN-UEMOA), les 14 et 15 juillet 2026. Cette édition 2026 a mobilisé, selon les organisateurs, plus d’un millier de participants autour du thème : « Refonder l’économie numérique au sein de l’UEMOA : intelligence artificielle, FinTech et finance inclusive ». Avec Antoine Ngom, président du Regroupement des organisations des professionnels des technologies de l’information et de la communication (ROP-TIC), nous revenons sur les enjeux de cette rencontre qui constitue une étape décisive dans la construction d’une économie numérique régionale plus intégrée, plus innovante et portée par le développement des compétences et infrastructures de la zone UEMOA.
L’Economiste du Faso : Monsieur le président, un an après la précédente édition du SIPEN, quel est le plus grand chantier numérique que l’UEMOA a réussi à débloquer, et celui qui bloque encore tout ?
Antoine Ngom, président ROP-TIC : Je retiendrais avant tout une avancée majeure. Lors du SIPEN-UEMOA 2025, la Commission de l’UEMOA a annoncé sa décision d’engager l’élaboration de la Stratégie régionale de l’intelligence artificielle. C’est une décision structurante. En effet, l’intelligence artificielle va profondément transformer nos économies, nos administrations, notre agriculture, notre santé, notre éducation et nos services financiers. Disposer d’une vision régionale commune est essentiel pour que nos huit pays avancent ensemble, harmonisent leurs approches et créent un environnement favorable à l’innovation. Je considère que c’est l’un des acquis majeurs de l’année écoulée, et le SIPEN est fier d’avoir servi de cadre à cette annonce.
En revanche, le principal défi qui demeure est celui du financement. Nous avons des talents, des entrepreneurs et des idées. Mais nous ne disposons pas encore de mécanismes suffisamment puissants pour financer leur passage à l’échelle. L’enjeu aujourd’hui est donc de transformer nos innovations en entreprises régionales capables de créer de la valeur, des emplois et de la croissance. C’est tout le sens des réflexions engagées autour du Fonds TIC UEMOA que le ROPTIC porte avec ses partenaires.

En conclusion, l’année écoulée a vu naître une ambition régionale autour de l’intelligence artificielle. Le prochain grand défi est désormais de financer les innovations qui donneront vie à cette ambition.
On parle beaucoup de souveraineté numérique. Concrètement, qu’est-ce que le ROPTIC propose pour que les données des Burkinabè, des Ivoiriens, des Sénégalais… restent et profitent d›abord à l›espace UEMOA ?
La souveraineté numérique ne consiste pas simplement à dire que les données doivent rester en Afrique. Elle consiste surtout à créer les conditions pour qu’elles créent de la valeur ici. Pour cela, nous devons agir sur plusieurs leviers. D’abord, développer davantage d’infrastructures régionales : centres de données, cloud, interconnexions. Ensuite, harmoniser nos cadres règlementaires, afin que les données puissent circuler en toute confiance entre les États de l’UEMOA. Nous devons également renforcer la cybersécurité et la gouvernance de nos ressources critiques de l’Internet. Enfin, nous devons encourager l’émergence de champions régionaux capables de développer des solutions numériques utilisant ces données au bénéfice de nos citoyens et de nos entreprises. La donnée est devenue une matière première. Notre ambition est qu’elle crée d’abord de la richesse, de l’emploi et de l’innovation dans notre région.
Le SIPEN réunit beaucoup de jeunes porteurs de projets. Selon vous, quelle est la seule compétence qu’un jeune de l’UEMOA doit avoir en 2026 pour ne pas être laissé pour compte par le numérique ?
Je pourrais répondre l’intelligence artificielle. Je pourrais répondre le développement logiciel. Mais je pense que la compétence la plus importante est la capacité d’apprendre en permanence. Le numérique évolue tellement vite que ce que vous maîtrisez aujourd’hui sera peut-être dépassé dans trois ans. Celui qui saura apprendre, désapprendre et réapprendre restera toujours compétitif. Par ailleurs, les entreprises recrutent de moins en moins des personnes qui connaissent une technologie. Elles recherchent des personnes capables d’apporter des solutions.
Le ROPTIC veut harmoniser les TIC dans huit pays. Quel est aujourd’hui le plus gros frein, les réglementations différentes, le coût de l’Internet ou le manque de financement ?
Les trois sujets sont importants. Mais s’il fallait n’en retenir qu’un, je dirais le financement ; parce qu’avec des financements adaptés, nous pouvons investir dans les infrastructures, développer les entreprises, soutenir l’innovation et accélérer l’harmonisation. Sans financement, les meilleures stratégies restent sur le papier. C’est pourquoi nous plaidons pour des instruments régionaux capables d’accompagner les entreprises numériques à toutes les étapes de leur développement. Notre ambition est de faire émerger des champions numériques de dimension régionale.
Si vous aviez une minute face aux huit chefs d’État de l’UEMOA ici au SIPEN, quelle est la seule décision que vous leur demanderiez de prendre demain pour accélérer le numérique ?
Je leur demanderais une décision très simple : faire du numérique une priorité économique commune de l’UEMOA. Concrètement, cela signifie créer un véritable Pacte régional pour l’économie numérique, associant les États, les régulateurs, le secteur privé, les universités et les partenaires techniques. Nous avons besoin d’une vision commune. Les infrastructures, les compétences, l’innovation, le financement et la confiance numérique doivent être pensés à l’échelle régionale, parce qu’aucun de nos pays ne pourra, seul, rivaliser avec les grands blocs numériques mondiaux.
D’ici 2030, à quoi ressemblera un citoyen de l’UEMOA qui vit à 100 % avec les services numériques intégrés ? Décrivez-nous sa journée.
J’imagine un citoyen qui ne se demande plus si un service est numérique. Il utilise simplement des services qui fonctionnent. Le matin, il s’identifie grâce à une identité numérique reconnue dans toute l’UEMOA. Il paie son transport avec son téléphone. Son enfant est inscrit à l’école en ligne. Son dossier médical est accessible de manière sécurisée lorsqu’il consulte un médecin. S’il est entrepreneur, il crée son entreprise, paie ses impôts, demande un financement et signe ses contrats en ligne. S’il est agriculteur, il reçoit des conseils personnalisés grâce à l’intelligence artificielle, accède au crédit et vend sa production via des plateformes numériques. Le soir, il suit une formation en ligne ou développe son activité sur un marché qui dépasse les frontières de son pays. Ce citoyen ne vit pas dans un monde dominé par la technologie. Il vit dans un monde où la technologie lui simplifie la vie. C’est cette vision que nous poursuivons.o
Interview réalisé par Moumouni SIMPORE



