Le 24 janvier 2018, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié une enquête sur le recours à la césarienne dans le monde. Publiée par la revue médicale British Medical Journal (BMJ), l’étude a porté sur 72 pays, de 2010 à 2014, et a exclu les plus riches de la planète.
Selon les experts de l’OMS, le recours aux césariennes varie énormément selon les pays. L’étude met en lumière les disparités régionales: en Afrique subsaharienne, cette opération est très peu pratiquée, pendant qu’elle est courante en Amérique latine.
«Il y avait de larges inégalités entre les pays, avec des taux nationaux [de césariennes] variant de 0,6 % au Soudan du Sud à 58,9 % en République dominicaine», ont précisé ses auteurs.
En Afrique subsaharienne, cette opération est très peu pratiquée, par exemple au Tchad (1,5 % des naissances), au Burkina Faso (2,1 %), en Côte d’Ivoire (3,1 %) ou en République démocratique du Congo (5,5 %).
Elle est très pratiquée dans des pays comme l’Egypte (55,5 %), l’Argentine (43,1 %) et la Colombie (36,9 %).
Une preuve d’inégalités sociales
Dans la revue de l’OMS, il est clairement signalé que plus les femmes sont pauvres, plus elles accouchent par voie basse. Les césariennes sont plus répandues «chez les sous-groupes plus aisés. Ce qui indique souvent qu’on en abuse».
Et l’étude de prendre exemple sur la République dominicaine où les inégalités sociales se traduisent directement dans le type d’accouchement. Ainsi, sur cette île, parmi les 20 % de femmes les plus riches, 81 % donnent naissance par césarienne. Parmi les 20 % les moins riches, elles ne sont que 41 %.
Cependant, plusieurs raisons expliquent la disparité du recours à cette intervention. D’après les auteurs de l’enquête, là où les césariennes sont trop rares, cela semble dû à «une pénurie de personnel médical qualifié et d’infrastructures de santé, aux coûts pour la parturiente ou à des croyances culturelles sur la valeur et les dangers» de la pratique de cette opération. Là où elles sont trop fréquentes, les auteurs évoquent de nombreux facteurs, structurels (comme les incitations financières ou la peur des risques juridiques) ou personnels (crainte de la douleur, des séquelles, les questions de statut social). D’après l’OMS, un taux normal de césariennes, d’un point de vue médical, se situe entre 10 % et 15 %.
NK
La césarienne ne devrait : être pratiquée qu’en cas de nécessité médicale
A la suite de l’enquête, l’Organisation mondiale de la santé est parvenue aux conclusions suivantes :
La césarienne est efficace pour sauver la vie des mères et des nouveau-nés, mais uniquement lorsqu’elle est justifiée par une indication médicale. Au niveau de la population, les taux de césarienne supérieurs à 10 % ne sont pas associés à une réduction des taux de mortalité maternelle et néonatale. Les césariennes peuvent causer des complications majeures et parfois permanentes, des incapacités ou des décès, notamment dans les lieux ne disposant pas des infrastructures et/ou capacités nécessaires à garantir la sécurité chirurgicale et à traiter les complications chirurgicales. Dans l’idéal, la césarienne ne devrait être pratiquée qu’en cas de nécessité médicale. La priorité ne devrait pas être d’atteindre un taux spécifique, mais de tout mettre en œuvre pour pratiquer une césarienne chez toutes les femmes qui en ont besoin.
Les effets des taux de césariennes sur d’autres issues telles que la mortinatalité, la morbidité maternelle et périnatale, la santé des enfants et le bien-être psychologique ou social restent à déterminer.