
• « Aucune prime des joueuses n’a été retenue ou coupée », soutient Annick Pikbougoum
• Un nouvel arrêté interministériel fixe désormais les primes des joueuses appelées à l’équipe nationale
• Un appel à la mobilisation pour le développement du football féminin
Si une affaire a alimenté, ces dernières semaines, la presse, les réseaux sociaux et les débats dans les kiosques, c’est bien celle des footballeuses qui ont représenté le Burkina Faso à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) féminine au Maroc. De retour de la compétition, l’ex-sélectionneur national de l’équipe nationale féminine, Pascal Sawadogo, a fait, le 10 août 2026, sur les antennes de la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB/télé), son bilan de la participation des filles à la CAN. Il a surtout pointé du doigt les conditions de préparation et les mesures de motivation pour justifier l’incapacité de ses joueuses à franchir le cap de la phase de poules. En rappel, les Etalons Dames avaient perdu face à la Côte d’Ivoire (4-1) et l’Afrique du Sud (1-0) et avaient remporté la victoire dans le match contre la Tanzanie (2-1). Les 3 points n’avaient malheureusement pas suffi pour sortir de la phase de groupes.

Pour étayer ses propos, le sélectionneur national avait évoqué le cas des primes dont le montant avait varié entre deux compétitions. « On avait dit que les primes étaient de 350.000 francs. Au moment du paiement, on a voulu servir 100.000 francs. Lorsque les filles ont refusé de prendre, on est revenu après dire qu’il y avait eu une erreur et que c’était 200.000 francs », a révélé Pascal Sawadogo, sur le plateau de la RTB/télé. En sus de cela, il avait porté à la connaissance du public des échanges entre la capitaine de l’équipe burkinabè et son homologue du Mali. « Lorsque nous sommes allés au Maroc pour le tirage au sort de la CAN, nous étions logés dans le même hôtel que la délégation malienne. Les deux capitaines se sont parlé. La Malienne a dit que leur prime de sélection était de 10 millions chacune. Cette information a jeté un froid sur la motivation des filles », a ajouté le coach.
Des propos démentis par Annick Pikbougoum dans les colonnes de Sidwaya Sport
La sortie de l’ex-patron de la sélection nationale féminine a créé un tollé général au sein de la population burkinabè. Si certains ont regretté le traitement pécuniaire servi aux filles, d’autres, les plus virulents, y ont même vu une main vaillante qui cherchait à « couper » les primes des joueuses.
Même le président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, n’est pas resté insensible à ce tollé. Lors de sa rencontre avec l’équipe U20, vainqueur du tournoi de la zone B de l’Union des Fédérations ouest-africaines (UFOA-B), il a instruit que le ménage soit fait au sein du ministère des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi, ainsi qu’à la Fédération burkinabè de football (FBF).
Face à cette situation, la Camarade Annick Pikbougoum, nommée ministre des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi, le 12 janvier 2026, a décidé d’apporter des éclaircissements, dans les colonnes de Sidwaya Sport. « Nous avons constaté que beaucoup se sont engagés dans la critique, voire dans l’invective, sans toujours disposer des éléments nécessaires à une appréciation objective de la situation. Dans un souci de responsabilité, de sagesse et d’apaisement, nous avons donc fait le choix de laisser retomber la tension avant de prendre la parole, afin d’apporter des réponses claires à celles et ceux qui étaient réellement en quête de vérité. Réagir dans la précipitation aurait pu davantage alimenter la polémique et créer des incompréhensions inutiles », a-t-elle indiqué.
« Aucune prime des joueuses n’a été retenue ou coupée »
Sur la question des primes, la ministre des Sports a été catégorique. « Je peux simplement vous assurer qu’aucune prime des joueuses n’a été retenue ou coupée », a-t-elle relevé. En effet, selon ses dires, des vérifications ont été effectuées par la sortie tonitruante du sélectionneur national. Celles-ci n’ont rien révélé d’anormal, et mieux, les filles ont perçu leurs primes conformément aux textes en vigueur. « Les vérifications effectuées auprès des acteurs chargés du paiement confirment que les joueuses et les membres de l’encadrement technique ont effectivement perçu leurs primes pour les matchs aller et retour contre le Togo, conformément aux barèmes prévus par l’arrêté conjoint en vigueur, avec deux regroupements pris en compte », a affirmé Mme le ministre. Elle a, en outre, ajouté que ses agents n’avaient jamais promis de verser des primes de 350.000 aux joueuses. « Chaque paiement donne lieu à l’établissement d’états de paiement et de pièces justificatives, permettant d’assurer la traçabilité des opérations, d’identifier les bénéficiaires et de retracer les montants effectivement versés. Il convient donc de le dire clairement : les agents du ministère n’ont ni le pouvoir ni la latitude de fixer ou de modifier arbitrairement les montants des primes », a martelé la ministre des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi.
Les primes des joueuses revues à la hausse
A propos de la comparaison avec d’autres pays, Annick Pikbougoum s’est voulue claire : « Chaque Etat définit librement sa politique de prise en charge et de motivation de ses équipes nationales en fonction de ses réalités et de ses priorités. Il n’existe donc pas de barème universel en la matière ».
Pour répondre à ce qui ressemblait à un cri du cœur, les autorités en charge du sport et de l’économie ont pris, le 15 juillet 2026, un nouvel Arrêté revoyant à la hausse les primes des Etalons Dames. Ainsi, selon ce nouveau texte, pour la CAN, la prime de sélection et de regroupement est fixée à 1 000 000 FCFA pour chaque joueuse et à 2 000 000 FCFA pour l’entraîneur national. La prime de qualification est, quant à elle, de 500 000 FCFA pour chaque joueuse et de 1 000 000 FCFA pour l’entraîneur national, servie au prorata du nombre de matchs disputés lors des éliminatoires.
Pour encourager les filles à aller le plus loin possible dans la compétition, il est prévu des primes de match de 500 000 FCFA par victoire pour chaque joueuse et 1 000 000 FCFA pour l’entraîneur national, en phase de poule. En cas de match nul, la moitié de ces montants est servie. Des primes de performance progressives sont également prévues pour récompenser les résultats obtenus, lors des tours éliminatoires et de la phase finale. A titre d’exemple, chaque joueuse bénéficie de 1. 500 000 FCFA en quart de finale, de 2. 500 000 FCFA en demi-finale et de 5. 000 000 FCFA en cas de victoire en finale de la CAN. Des primes spécifiques liées aux médailles sont également prévues en cas de podium.
Ces mesures visent à pousser les Etalons Dames à l’engagement dans les compétitions. Les autorités ont fait un pas, même s’il peut être jugé petit, la balle est désormais dans le camp des joueuses et du staff technique qui sera mis en place, à l’issue de l’appel à candidatures de la Fédération burkinabè de football.
Jacques Théodore BALIMA (Collaborateur)
Ces dernières semaines ont été très houleuses avec l’actualité autour des primes liées à la participation des Etalons Dames, à la CAN féminine
Nous avons effectivement suivi cette actualité sur la question du traitement financier réservé aux Etalons Dames, lors de la dernière CAN. Les problèmes évoqués sont vécus diversement depuis plusieurs décennies par l’ensemble des acteurs de notre sport. Et notre mission, c’est aussi trouver des solutions structurantes à toutes ces difficultés de sorte à professionnaliser le sport et permettre aux sportifs d’avoir un meilleur traitement. Mais comme vous le savez, les processus de changement butent souvent sur des obstacles et des oppositions. Mais nous avons foi que ces problèmes structurels trouveront définitivement une solution et ce, dans des délais assez brefs.


