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Insécurité et lutte contre la fraude:  des recommandations pour des actions plus efficaces et des systèmes plus résilients

• A l’issue d’un Colloque international

• A l’initiative de la CNLF

• Vers une action publique plus coordonnée

Après trois jours de réflexions et de partage d’expériences, les rideaux sont tombés, le 8 avril 2026, à Ouagadougou, sur le Colloque international sur la fraude au Burkina Faso. Premier du genre, cet évènement, faut-il le rappeler, a été organisé par la Coordination nationale de lutte contre la fraude (CNLF), sous l’égide du ministère burkinabè de l’Economie et des Finances.

Au moment de clôturer la rencontre, ses initiateurs ont estimé que l’objectif a été atteint. En effet, il s’agissait de fournir aux décideurs des éléments d’analyses, en vue de renforcer l’efficacité des dispositifs nationaux de lutte contre la fraude. Et cela, par l’identification des liens que ce phénomène entretient avec l’insécurité, défi majeur pour la région sahélienne.

Justement, les réflexions ont porté sur le thème central : « La lutte contre la fraude dans le contexte de défi sécuritaire dans l’espace AES : enjeux, résilience des systèmes et perspectives d’action ». Cette thématique a été décortiquée, à travers plusieurs panels, par des experts de différents profils : universitaires, douaniers, financiers, environnementalistes, etc. Une preuve, selon plus d’un, que la question de la lutte contre la fraude nécessite un engagement collectif et une réponse holistique.

Parmi les nombreux sous-thèmes développés, l’un d’eux aura reçu une attention particulière :  la manifestation et les effets de la fraude. Avec la modération du Directeur général de l’Institut des finances publiques du Burkina (IFPB), Barthélémy Dabré, ce sous-thème a été traité par cinq personnalités : l’Inspecteur des Douanes Sié Francis Tiolé ; Napougarim Zabré et Yassiya Bélem de la Direction générale des Impôts, le chef du département des investigations, de la lutte contre la fraude et la contrefaçon du ministère du Commerce, Kassoum Pagabelem, et le Directeur marketing et commercial de la Société nationale des hydrocarbures (SONABHY), Dieudonné Ouédraogo.

Faisant l’état des lieux de la contrebande au Faso, Francis Tiolé a d’abord souligné que la situation de carrefour qu’occupe le Burkina était de nature à favoriser la circulation des produits illicites. Toutefois, des facteurs économiques, socioculturels et politiques nourrissent la fraude au Faso. Et de citer, entre autres, les barrières tarifaires, la multiplicité des produits dont l’importation ou l’exportation sont soumises à des autorisations spéciales ; la pauvreté et le chômage ; la porosité des frontières ; l’exploitation artisanale de l’or ; …. Selon l’Inspecteur des Douanes, les produits objet de la fraude sont essentiellement les produits pharmaceutiques, le carburant, les stupéfiants, la cigarette, ainsi que les explosifs et leurs accessoires. A titre d’exemple, la fraude liée aux médicaments prohibés s’est chiffrée à jusqu’à 2,6 milliards FCFA en 2025.

Yassiya Bélem qui s’est, lui, intéressé à la fraude fiscale par le biais des technologies de l’information et de la communication, a alerté sur l’apparition de nouveaux risques d’érosion fiscale avec le développement numérique. Cette érosion part, selon lui, de l’exercice d’activités de manière virtuelle, sans une immatriculation préalable des acteurs économiques auprès de l’administration fiscale. Pour l’expert, ces activités en ligne, aidées par la « fragmentation des moyens de paiement », rendent la fraude fiscale quasi invisible.

Comme la fraude fiscale, la contrefaçon est aussi préoccupante au Faso. C’est ce qu’a souligné Kassoum Pagabelem. Ce fléau soutenu par le développement du commerce informel et la recherche de produits à bas pris par le consommateur a la vie dure au pays des Hommes intègres, note l’investigateur en chef contre la fraude à la Brigade mobile de contrôle économique et de répression des fraudes (BMCRF). Chiffre illustratif : pas moins de 21 500 pagnes contrefaits ont été saisis entre 2024 et 2025.

Dans le secteur des hydrocarbures, la réalité de la fraude n’est pas moins interpellatrice. Selon Dieudonné Ouédraogo, des milliards FCFA se sont évaporés ces dernières années du fait de la fraude dans le secteur. Cette fraude, selon lui, se manifeste par la contrebande du carburant, son siphonage, le changement de destination du carburant subventionné ou encore le reconditionnement. Pour Napougarim Zabré, les conséquences socioéconomiques de tout cela sont énormes : compromission de l’équité fiscale ; réduction des capacités de financement de l’Etat ; fragilisation du tissu économique et social ; dégradation des indicateurs macroéconomiques, pertes d’emplois du fait de la concurrence déloyale, effritement de la crédibilité de l’Etat, etc.

Selon le Secrétaire général du ministère de l’Economie et des Finances, qui a présidé la clôture du colloque, ce cadre d’échanges est d’un intérêt stratégique pour le gouvernement, en ce sens qu’il devrait marquer « un point de départ vers une action publique plus coordonnée, plus anticipative et plus efficace ». Toujours selon Souleymane Nabolé, ce colloque marque également le départ vers une coopération renforcée entre les États et vers une transformation durable des systèmes de contrôle, fondée sur la modernisation, la digitalisation et le partage d’informations.

Béranger KABRE (Collaborateur)

Quelques recommandations du colloque

Intensifier les opérations conjointes ;

Renforcer les coopérations interinstitutionnelles et internationales à travers la mise en place d›une plateforme d’échange des données ;

Intégrer la lutte contre la contrefaçon dans la stratégie de lutte contre la fraude ;

Acquérir des moyens stratégiques pour une lutte adaptée ;

Partager les expériences du voisinage par les échanges stagiaires ;

Sensibiliser sur le civisme fiscal pour inciter au paiement de l’impôt ;

Spécialiser la formation des acteurs pour la détection rapide du fléau ;

Former continuellement les agents des structures de contrôle, afin de leur permettre de faire face à la fraude liée à l’insécurité ;

Renforcer la capacité opérationnelle des structures de contrôle ;

Intégrer le datamining et l’intelligence artificielle dans la traque des réseaux de fraudeurs ;

Digitaliser les services fiscaux pour une réponse coordonnée et innovante, accélérer la transformation numérique ;

Moderniser les systèmes et les distributions par l’utilisation des cartes pour les produits subventionnés ;

Impliquer les associations des droits de consommateurs et des secteurs privés pour une efficacité dans la lutte ;

Confisquer les produits de la fraude ;

Judiciariser les cas de fraude en rendant les poursuites obligatoires,

Prévoir les régimes fiscaux particuliers pour les entreprises numériques locales pour une incitation aux civismes fiscaux.

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