
• Lors du dialogue avec le peuple
• Le ministre est revenu sur les acquis de son département
• Et a évoqué le Plan RELANCE, pour un changement d’échelle
Comment transformer les ressources mobilisées par l’État en activité économique, en investissements et en retombées concrètes pour les populations et les entreprises ? C’est ainsi que l’on peut résumer les interrogations des Burkinabè, à l’occasion du devoir de redevabilité du ministre de l’Économie et des Finances, Dr Aboubakar Nacanabo, le 7 octobre 2026. Lors du « Dialogue avec le peuple », organisé dans le cadre de l’exposition gouvernementale, les questions adressées au ministre ont largement dépassé la seule mobilisation des recettes. Elles ont porté sur l’utilisation des ressources, le financement de l’économie nationale, la dette intérieure, la consommation locale, le secteur privé, l’équilibre territorial et l’énergie. À travers ses réponses, le Dr Nacanabo a exposé les leviers que le gouvernement entend mobiliser et les chantiers encore ouverts.
Où va l’argent mobilisé ?

Mobilisation des ressources et souveraineté économique. Cette thématique, soulevée par un des participants, a permis au ministre de présenter les principaux acquis dans ce domaine et leur contribution à l’indépendance financière du pays. Aboubakar Nacanabo a mis en avant les réalisations financées par les ressources publiques : équipements des Forces de défense et de sécurité, infrastructures, amphithéâtres universitaires, centres de santé construits et équipés, mais aussi les résultats de l’offensive agricole. Il a également évoqué ce qu’il présente comme les « fruits de la croissance », à travers, notamment, la baisse du prix du maïs, la gratuité de certains soins et la réduction du coût de certaines prestations, dont la dialyse.
Mais l’un des exemples les plus emblématiques reste le Fonds de soutien patriotique (FSP). Créé en 2023, le mécanisme a permis de mobiliser des ressources supérieures aux objectifs fixés chaque année, selon les chiffres communiqués par le ministre. En 2023, 99 milliards FCFA auraient ainsi été collectés pour un objectif de 80 milliards. En 2024, les recettes auraient atteint 175 milliards, contre 150 milliards prévus, puis 225 milliards en 2025, contre une prévision de 200 milliards. Pour 2026, l’objectif de 250 milliards était, selon le ministre, déjà atteint au 30 septembre. Ces ressources ont, notamment, servi à soutenir les Volontaires pour la défense de la patrie, à renforcer les équipements des forces combattantes et à financer plusieurs réalisations, dont des infrastructures routières et des équipements destinés à Faso Mêbo.
La question de la traçabilité a toutefois accompagné celle du volume des ressources mobilisées. Sur ce point, le ministre a présenté le dispositif du FSP comme un instrument de gouvernance : un comité technique assure le suivi des ressources, un comité de pilotage produit des rapports trimestriels et des audits sont prévus. L’objectif est de garantir que les contributions ne soient pas simplement collectées, mais que leur utilisation puisse être suivie.
La commande publique au cœur des préoccupations « Consommons Burkina » : le pays veut enfin mesurer le poids du local
La question suivante est presque naturellement venue : si l’État mobilise davantage de ressources, comment faire en sorte que cet argent profite aussi davantage à l’économie nationale ?
La question de la dette intérieure a permis d’aborder une préoccupation très concrète pour les entreprises : les délais de paiement de l’État. Interpellé sur les mesures prises pour améliorer la situation, le ministre a rappelé que la dette intérieure recouvrait, notamment, les engagements de l’État vis-à-vis du marché financier, des banques et de ses fournisseurs. Aboubakar Nacanabo a reconnu les difficultés rencontrées en 2023 et 2024, dans un contexte marqué par la guerre contre le terrorisme. Il a toutefois assuré que la situation s’était améliorée depuis 2025. « Les factures ne traînent plus », a-t-il affirmé, en indiquant que les ordres de paiement du Trésor sont exécutés en moyenne dans un délai d’environ un mois. Le ministre a également dit vouloir consolider cette capacité de paiement.
Marchés publics : faire davantage profiter les entreprises locales
La question de la dette intérieure a été suivie d’une autre préoccupation liée, cette fois, à la manière dont la commande publique peut davantage bénéficier aux entreprises burkinabè. Le public a demandé au ministre quelles mesures pouvaient permettre de faire en sorte que les marchés de l’État profitent davantage aux acteurs nationaux.
Sur ce point, Aboubakar Nacanabo a mis en avant la nécessité d’intégrer davantage de dispositions favorables aux produits locaux dans la commande publique. L’objectif est de permettre à l’État, à travers ses achats, de soutenir directement la production nationale.
Cette orientation rejoint la politique de « Consommons Burkina », mais elle pose également la question de comment mesurer la part réellement captée par les entreprises et les produits locaux dans les dépenses publiques ? C’est précisément pourquoi le ministre a évoqué le travail engagé avec l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) pour disposer de meilleurs outils de suivi. L’enjeu n’est donc pas seulement de réserver une place au « local » dans les textes. Il s’agit aussi de pouvoir mesurer, secteur par secteur, ce que la commande publique apporte effectivement à la production et aux entreprises nationales.
Le financement de l’économie a constitué un autre volet majeur des préoccupations. La question adressée au ministre portait, notamment, sur la disponibilité de l’argent et du crédit, ainsi que sur le rôle joué par le Burkina Faso, en coordination avec la BCEAO.
Aboubakar Nacanabo a commencé par rappeler une réalité institutionnelle : dans l’UEMOA, les États ont choisi une intégration monétaire. La politique monétaire relève donc de la Banque centrale, et non directement des gouvernements nationaux. L’objectif prioritaire de la Banque centrale est la stabilité des prix, tout en précisant qu’elle apporte, sans préjudice de cet objectif, son soutien aux politiques économiques de l’Union en faveur d’une croissance saine et durable, avec en ligne de mire, le taux d’inflation à 3 %. C’est précisément l’équilibre entre ces deux impératifs que le ministre souhaite voir approfondi. Selon lui, la lutte contre l’inflation ne devrait pas empêcher l’injection de liquidités nécessaires au financement de l’économie. Il estime donc que des réflexions pourraient être engagées sur certains aspects de la politique monétaire, afin de maintenir la maîtrise des prix tout en desserrant, lorsque cela est possible, les conditions de financement. Cette question intervient alors que la BCEAO a déjà abaissé ses taux directeurs de 25 points de base en mars 2026, le principal taux passant de 3,25 % à 3 %. En septembre, la Banque centrale indiquait, par ailleurs, que le crédit bancaire au secteur privé avait progressé de 6,6 % à fin juin 2026.
Une autre préoccupation a porté sur la part des ressources consacrées à la sécurité et sur le risque de voir les autres secteurs du développement relégués au second plan. Le ministre a défendu l’idée que les dépenses en faveur du capital humain restent importantes. Il a cité une proportion de 40 % du budget 2026 consacrée aux secteurs concernés, notamment la santé, l’éducation, les universités, la formation professionnelle et la protection sociale, tout en évoquant également les besoins liés à la sécurité.
La question du développement territorial a prolongé cette réflexion. Comment éviter que les investissements publics restent concentrés dans quelques zones et permettre à chaque région de développer ses propres secteurs de production ? Sur ce point, le ministre a renvoyé à la politique de développement territorial et au Plan RELANCE, avec une logique consistant à identifier les potentialités des différentes régions puis à y réaliser les infrastructures indispensables à leur exploitation.
Le secteur privé a aussi été évoqué. La question portait sur les mécanismes mis en place pour permettre aux entreprises de devenir suffisamment solides pour soutenir durablement l’investissement et le développement socioéconomique. Le ministre a cité les infrastructures, les plateformes numériques développées dans l’administration et les Fonds nationaux destinés au financement des activités privées. Il a également insisté sur le rôle que peuvent jouer les banques dans lesquelles l’État est majoritaire pour accompagner l’économie. La logique défendue est celle d’une complémentarité entre l’État et le secteur privé. L’État doit créer les conditions — infrastructures, financement, énergie, environnement administratif — permettant aux entreprises de prendre davantage de place dans la production et l’investissement.
Et l’énergie dans tout cela ?
La dernière préoccupation touche à un autre préalable de la compétitivité : l’énergie. La question portait sur l’accès des populations rurales au solaire. Le ministre a replacé cette question dans l’objectif plus large de souveraineté énergétique. Le Burkina reste confronté à une dépendance aux sources d’énergie importées et cherche à diversifier son bouquet énergétique. Selon lui, les progrès technologiques rendent aujourd’hui le solaire plus intéressant qu’auparavant, tandis que le développement de centrales thermiques doit également permettre de renforcer l’autonomie énergétique des différentes régions. Les questions du public ont permis de mettre en lumière : la souveraineté économique ne se mesure pas seulement à la capacité de l’État à mobiliser des milliards FCFA. Elle se mesure aussi à sa capacité à faire circuler ces ressources dans l’économie, à soutenir ceux qui produisent.
ESS
Les acquis du ministère de l’Economie sur 4 ans
Mobilisation de ressources :
• plus de 14.000 milliards FCFA de recettes mobilisées pour le Budget de l’Etat ;
• plus de 700 milliards FCFA mobilisés pour le Fonds de soutien patriotique ;
• 151 milliards FCFA mobilisés à travers les Diaspora Bonds.
Macroéconomie : des indicateurs au vert :
• inflation maîtrisée, passée de 14,8% en 2022 à -0,5% en 2025 ;
. déficit budgétaire passé de 11% en 2022 à 1,4% en 2024 ;
• balance commerciale excédentaire depuis 2024 ;
• taux d’extrême pauvreté passé d’environ 35% en 2022 à 30% en 2025.
Croissance économique :
• croissance économique soutenue passée de 1,8% en 2022 à 5,3% en 2025 ;
• projection de 6% en 2026.
Refondation de la gouvernance :
• 2 051 comptes de dépôts et 1 928 marchés publics examinés ;
• 108 établissements publics de l’Etat (EPE), 53 projets et programmes et 26 Sociétés d’Etat contrôlées ;
• fusion des Fonds nationaux, afin de mettre fin à la dispersion des ressources ;
• réforme des projets et programmes de développement (PPD) pour renforcer davantage l’efficacité et l’efficience des investissements publics.
Lutte contre la fraude:
• 5.000 produits prohibés illicites et frauduleux saisis d’une valeur de près de 145 milliards FCFA ;
• plus de 8.000 vérifications électroniques et 133 contrôles effectués.
RELANCE 2026-2030 : CHANGER D’ÉCHELLE
«Nous avons consolidé. Nous avons réformé. Nous avons créé des instruments. Il nous faut maintenant changer d’échelle. C’est toute l’ambition du Plan RELANCE 2026-2030. Plus de 36.000 milliards FCFA seront mobilisés sur la période. Et près des deux tiers du financement devront provenir des ressources propres de l’État.
Plus de 12.000 milliards FCFA d’investissements structurants seront consacrés, notamment, aux infrastructures, à l’énergie, à l’industrialisation, à l’agriculture, au numérique et au développement du capital humain. Notre ambition est d’atteindre une croissance économique moyenne de 7,2 % par an, d’accroître nos exportations de plus de 10 % par an, de renforcer l’industrie manufacturière, d’accélérer la souveraineté alimentaire et énergétique et de réduire significativement la pauvreté. Mais derrière les 36 000 milliards, il faut voir autre chose : des barrages, des routes, de l’électricité, des industries, des exploitations agricoles modernes, des écoles, des hôpitaux, des emplois, des entrepreneurs. Bref, il faut voir le Burkina Faso que nous voulons construire.
Le Plan RELANCE repose sur quatre piliers majeurs : la consolidation de la sécurité et de la cohésion sociale ; la refondation de l’État et de la gouvernance ; le développement du capital humain et la transformation durable de l’économie à travers des infrastructures modernes et des investissements productifs.
Notre ambition ne doit pas être seulement de mieux gérer la pauvreté. Notre ambition doit être de créer la prospérité. Notre ambition ne doit pas être seulement de financer les dépenses courantes. Elle doit être de financer la transformation du pays. Notre ambition ne doit pas être de rester éternellement dépendants des ressources extérieures. Elle doit être de construire progressivement les moyens de notre autonomie.
Car, au bout du compte, la véritable souveraineté commence lorsque nous sommes capables de financer nous-mêmes une part croissante de nos propres ambitions ».
Extrait de l’exposé du ministre de l’Economie



