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Lutte anti-fraude dans l’AES: Brainstorming à Ouaga

• Sur les enjeux, la résilience des systèmes et les perspectives d’action

• Organisé par la CNLF

• Pour une lutte plus efficace contre le phénomène

Chaque année, les pertes liées à la fraude représentent environ 5 % du PIB mondial.  Au Burkina Faso, les flux financiers illicites dans le seul secteur extractif ont été estimés à plus de 3.000 milliards FCFA sur la dernière décennie, soit l’équivalent d’une année de recettes fiscales. Ces chiffres donnent un aperçu de l’ampleur du phénomène à l’échelle mondiale et pour les pays pris individuellement. Difficile d’éradiquer le fléau, selon les spécialistes, mais pas question de baisser la garde. C’est dans cette dynamique que la Coordination nationale de l’lutte contre la fraude (CNLF) au Faso, sous l’égide du ministère de l’Economie et des Finances, a organisé un Colloque international du 6 au 8 avril 2026, à Ouagadougou.

La rencontre était placée sous le thème : « La lutte contre la fraude dans le contexte de défi sécuritaire dans l’espace AES : « enjeux, résilience des systèmes et perspectives d’action ». Elle a réuni un large éventail d’acteurs du Burkina et des pays de la sous-région (Togo, Bénin, Mali, etc.) engagés dans la lutte contre la fraude. Une mobilisation qui a rappelé le caractère transfrontalier du phénomène de la fraude et ses nombreuses conséquences pour les pays. « Ce fléau mondial affecte gravement les économies, fragilise les systèmes fiscaux et douaniers, érode la confiance des citoyens envers les institutions et prive les États de ressources essentielles à la mise en œuvre de leurs politiques publiques », pour reprendre les propos du ministre burkinabè de l’Economie, Dr Aboubakar Nacanabo.

Pour le coordonnateur de la CNLF, la pertinence du thème réside dans le fait qu’au sein de l’espace AES, la problématique de la fraude est amplifiée par un environnement marqué par l’insécurité, qui favorise l’émergence de circuits illicites, le blanchiment de capitaux, le financement d’activités criminelles et la porosité des frontières économiques. « Dans ce contexte, la fraude ne se contente plus d’affaiblir les finances publiques, elle alimente et entretient les menaces qui pèsent sur la stabilité de nos États », a déclaré Dr Mahamadi Compaoré. Pour lui, il s’agit là d’une approche nouvelle, intégrée et résolument collaborative que le présent colloque entend promouvoir, en réunissant experts, décideurs, praticiens et partenaires autour d’un objectif commun, celui de renforcer la résilience des systèmes et bâtir des réponses adaptées aux défis du moment.

Le colloque a réuni experts, décideurs, praticiens et partenaires autour d’un objectif commun, celui de renforcer la résilience des systèmes et bâtir des réponses adaptées aux défis. (Ph. Yvan Sama)

Le présent colloque vise aussi des objectifs de souveraineté. Le ministre de l’Economie et des Finances l’a dit, la fraude constitue un défi économique, mais aussi un défi de souveraineté, dans un contexte où chaque franc compte. « Ces ressources détournées ou éludées représentent autant de manques à gagner pour financer la sécurité, l’éducation, la santé et les infrastructures », a expliqué le Dr Aboubakar Nacanabo.

Pour le gouvernement burkinabè, les réflexions menées dans le cadre de ce forum s’inscrivent pleinement dans la dynamique du Plan national de développement-Relance. Ce plan qui fait de la mobilisation optimale des ressources domestiques, la sécurisation des recettes et la lutte contre les pertes liées à la fraude des leviers essentiels pour financer les priorités nationales, notamment en matière de sécurité, d’infrastructures et de services sociaux de base.o

Béranger Kabré (Collaborateur)

Un lien étroit entre la fraude et l’insécurité au sein de l’AES

Le colloque a permis de mieux cerner les enjeux de la lutte contre la fraude, notamment, le lien étroit qui existe entre ce phénomène et l’insécurité auquel font face les Etats du Sahel. Le Pr Thomas Yonli, auteur de la leçon inaugurale du colloque, s’est attardé sur ce lien en soulignant que l’insécurité, ajoutée à la porosité des frontières, favorise la fraude autant que la fraude alimente l’insécurité. L’universitaire a expliqué que l’inaccessibilité de certaines zones était de nature à faciliter des activités illicites, tandis que des produits frauduleux nourrissent les activités criminelles. L’orpaillage, du fait de sa faible traçabilité, le commerce numérique, les transactions via mobile money sont autant d’autres nids de développement de la fraude, selon le Pr Yonli. Et de suggérer, entre autres, la relecture des Codes miniers pour prendre en compte les activités d’orpaillage, la digitalisation des flux économiques via une fiscalisation à la source, la construction d’un renseignement financier intégré au sein de l’espace confédéral. En gros, repenser la lutte contre la fraude, pour en faire un levier stratégique de stabilité, de développement et de souveraineté économique.

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