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3e Forum international sur l’investissement boursier (FIIB): «Nous avons un bilan globalement positif », dixit Constantin Dabiré, PDG de la SA2IF

Et de 3 pour le Forum international sur l’investissement boursier (FIIB). Tenu les 25 et 26 février 2026, à Ouagadougou, par la Société africaine d’ingénierie et d’intermédiation financière (SA2IF), il s’impose comme le rendez-vous de la Bourse au niveau régional. Organisée sous le thème « Innover pour attirer, repenser les marchés boursiers africains, à l›ère de la finance numérique », la rencontre a réuni près de 800 personnes, étudiants, monde professionnel et médias. 

A la clôture du Forum, le 26 février 2026, L’Economiste du Faso a approché le Président-Directeur général de la SA2IF. M. Dabiré revient, dans cette interview, sur l’importance du numérique dans la bourse et aussi sur le suivi des recommandations prises au cours de la rencontre. 

L’Economiste du Faso : Nous sommes à la 3e édition du Forum international sur l’investissement boursier, quels regards portez-vous sur le Forum, depuis le lancement de la première édition.

Constantin Dabiré, PDG de la SA2IF : Je tiens d’abord à vous remercier pour cette opportunité que vous me donnez pour m’exprimer sur le Forum. Je crois que c’est de remercier l’ensemble des hommes et des femmes de médias qui n’ont cessé de croire en la SA2IF et qui ont toujours accompagné la SA2IF depuis sa création et qui sont toujours présents à nos différentes activités. Ceci dit, aujourd’hui, après trois éditions, je pense que nous avons un bilan globalement positif.

Lorsque nous regardons la première édition, nous avions reçu environ 150 participants qui sont venus de diverses origines, sans compter les Burkinabè, les étudiants, le monde professionnel. Lorsque j’ai regardé la deuxième édition, nous étions déjà aux alentours de 400 personnes. Cette fois-ci, je crois que nous devons être autour de 800 personnes pour cette édition.

C’est-à-dire qu’il y a donc un engouement que suscite cette édition, qui est une plateforme de communication, une plateforme d’échanges, qui réunit les différents acteurs, je ne dirais pas seulement les experts, mais les différents acteurs du monde de la finance, pas seulement du monde boursier, pour échanger autour des thématiques liées à la bourse, la finance, en vue de favoriser une amélioration des pratiques boursières, des pratiques financières. 

Alors, en quoi cette édition de 2026 se distingue-t-elle des précédentes éditions?

Cette édition de 2026 se distingue des précédentes déjà par le thème. Si vous regardez bien, le thème est intitulé comme suit : « Innover pour attirer, repenser les marchés boursiers africains, à l’ère de la finance numérique ». Cela montre que la finance numérique, aujourd’hui, est un élément incontournable. La finance numérique est au cœur de la finance, au cœur de la bourse.

On ne peut pas faire de finance aujourd’hui, on ne peut pas parler de bourse sans parler de la finance numérique. Aujourd’hui, à partir de votre plateforme téléphonique, vous avez la possibilité de suivre vos opérations bancaires, de suivre vos opérations boursières, vous avez la possibilité de donner des ordres de bourse, de donner des ordres de virement à votre banquier. Lorsque nous regardons l›évolution de la finance aujourd›hui, nous avons un certain nombre de nouveaux acteurs qui ont fait leur apparition.

Quand je parle de nouveaux acteurs, je vois déjà les mobiles money, je vois les différentes Fintechs que nous avons, je vois un peu l’émergence des sociétés de télécommunications qui ont, notamment, une dimension financière depuis une dizaine d’années et qui développent cette dimension financière. La preuve, aujourd’hui, nous avons une société de télécommunications comme Orange, qui a sa banque digitale, et je pense que c’est le témoignage de l’évolution de la finance. Et la finance de demain, pour moi, sera entièrement numérique.

D’ailleurs, la finance du jour au lendemain est numérique. Je peux rester à Ouagadougou et donner des ordres de bourse aux Etats-Unis, en France, etc. Donc, il était tout à fait normal que nous puissions aborder ce sujet de la digitalisation, pour montrer comment, à travers ces nouveaux outils, ce nouveau système de la finance, on peut bien développer les marchés financiers et surtout montrer que, c’est vrai, ce n’est pas le passé, on disait que l’Afrique était en retard, était à la traîne, mais aujourd’hui, avec ce nouvel écosystème, je pense que l’Afrique est en train de rattraper son retard et c’est toujours l’occasion pour nous d’aborder également ce sujet.

Alors, comment la SA2IF compte-t-elle convaincre les épargnants locaux que la bourse est une alternative crédible et sûre à l’épargne classique ? 

Je pense déjà qu’en organisant ce Forum, pour lequel nous sommes accompagnés par les hommes de médias que vous êtes, la SA2IF est en train de « démocratiser » la pratique boursière, elle est en train de démocratiser la pratique financière et à travers de telles initiatives, elle apprend au grand public à se servir des terminaux pour donc s’intéresser à la bourse. Au-delà donc de ce Forum, qui est à sa troisième édition, la SA2IF organise chaque mois une formation en ligne, sur un sujet en relation avec la finance, en relation surtout avec la bourse, pour apprendre aux utilisateurs à se servir des terminaux, à se servir de la bourse pour faire des investissements. Nous avons également des partenariats avec des médias de la place et c’est l’occasion de remercier L’Economiste du Faso avec qui nous travaillons depuis deux ans et qui nous accompagne et qui nous permet donc de faire des publications hebdomadaires sur des sujets en lien avec la bourse.

Pour nous, toutes ces initiatives que nous avons développées avec l’appui de nos partenaires, l’appui de la presse, L’Economiste du Faso, Faso7, nous parvenons donc à démontrer aux populations que la finance n’est plus réservée à une élite, mais que la finance est une affaire de tous. 

Le secteur privé reste le bras à nez du développement de nos pays et les PME constituent les éléments déterminants dans ce secteur privé. Les petites et moyennes entreprises ont souvent du mal à s’aider à la côte. Le sujet a-t-il été au cœur des réflexions menées au cours de ce Forum ? 

Oui, c’est vrai que l’accès des PME à la porte, à la bourse, n’était pas le sujet central du Forum, mais le sujet a été abordé. Vous avez vu avec moi qu’on ne peut parler de finance, on ne peut parler de bourse, notamment dans un contexte africain, dans un contexte de l’Uemoa, sans parler des PME. À ce niveau, je dirais que les PME sont le poumon de nos économies, il est vrai, elles n’ont pas pour le moment cette capacité pouvant leur permettre d’accéder directement à la bourse, mais des initiatives sont développées, un certain nombre de programmes ont été mis en place justement pour permettre à ces PME de pouvoir accéder à la bourse.

C’est un exercice qui, certes, sera long, mais je crois et je pense que, tôt ou tard, ces PME accéderont à la bourse et seront le cœur de cette bourse. D’ailleurs, ça me rappelle, dans les années 2010, il y a un patron de la BOAD qui avait dit publiquement que les PME d’aujourd’hui, donc de 2010, seraient les grandes entreprises de demain qui allaient piloter nos économies régionales. Lorsque nous regardons des Groupes comme Coris, Ebomaf, nous voyons que les grands leaders de nos économies ont été d’abord des PME il y a 10, 15, 20 ans.

Donc, c’est dire, effectivement, qu’il suffit de travailler, d’accompagner ces PME pour les amener à pouvoir entrer progressivement dans la bourse, à être les acteurs de la bourse. 

Alors, pour finir, après le Forum, une fois les rideaux tombés, comment comptez-vous assurer le suivi des recommandations ? 

Comme nous avons l’habitude de le faire, à l’issue du Forum, nous allons donc transmettre les recommandations aux différents organes de l’UEMOA, que ce soit la Commission de l’UEMOA, que ce soit la BOAD, l’Association professionnelle des SGI, l’AMF, la BRGM ou le CBR (Banque de règlement). 

Nous aurons plus tard les conclusions de ce Forum. Je pense que c’est une façon de contribuer également à la réflexion au niveau de ces organes.

Propos recueillis par JB

Quelles réformes faudrait-il mettre en place par les différents acteurs de l’AMF pour promouvoir davantage l’activité boursière au sein de l’espace urbain ? 

« Je crois déjà qu›il y a des réformes qui sont faites. Parce qu›aujourd›hui, je pense que l›AMF accompagne un peu ce type d›initiative que nous organisons. L’AMF a même ses programmes également de formation des journalistes, des hommes de médias, pour leur permettre donc de pouvoir comprendre l’activité financière, l’activité boursière, en vue de pouvoir communiquer sur cette activité. Quand on parle de bourse, nous avons tendance à voir simplement le comportement de la Bourse régionale des valeurs mobilières. Alors qu’aujourd’hui, je parlerai plus de place financière. Lorsqu’on parle de place financière, vous avez, certes, le comportement de la bourse, mais on a aussi le comportement du marché monétaire. Lorsque nous regardons ce comportement du marché monétaire, précisément le compartiment ou sous-compartiment des titres publics, nous voyons également qu’un certain nombre d’actions sont faites pour permettre au grand public de comprendre comment fonctionne le marché financier, comment fonctionnent les places financières. Et d’ailleurs, lorsque nous voyons les dernières réflexions, il est question de voir comment démocratiser le compartiment de titres publics et favoriser son accès aux populations, son accès au ménage. 

Donc c’est dire que quelque part déjà, des initiatives sont développées et continuent à être développées. Et donc nous pensons, comme l’a dit le ministre des Finances, qu’il faille approfondir ces réflexions pour permettre l’accès des PME, l’accès des populations à la bourse aux différentes places financières », a répondu le PDG de la SA2IF, Constantin Dabiré.

 

A l’image du FESPACO et du SIAO, l’Etat devrait mieux accompagner le FIIB, selon M. Traoré de la BOAD

La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) était présente à cette 3e édition du Forum international sur l’investissement boursier (FIIB). L’institution a été représentée par Ibrahim Traoré, Responsable du développement des Projets climat. Dans cet entretien accordé à L’Economiste du Faso, il a rappelé le rôle de la Banque régionale à accompagner le marché financier. Il a aussi invité l’Etat burkinabè à mieux accompagner le Forum, à l’image de son apport au FESPACO et au SIAO.

L’Economiste du Faso : Au cours de votre intervention, vous avez rappelé le rôle des différents organes du marché financier. Pouvez-vous revenir sur les actions de la BOAD dans la structuration de ce marché ?

Ibrahim Traoré, Responsable du développement des Projets climat (BOAD) : Les autorités de la BOAD ont souhaité que je sois là, c’est évidemment pour jouer une partition. Mais comme je vous l’ai rappelé aussi, pendant mon intervention, dans l’Union, nous avons plusieurs organes, chacun est appelé à jouer un rôle qui est complémentaire.

La BOAD. Son rôle c›est de financer les projets de développement. C›est pourquoi j›ai rappelé avec insistance que la question de la maturation, la question de l›originalité était primordiale dans tout ce que nous faisons. Pour aller sur les marchés, si vous avez évidemment des grands portefeuilles de projets matures, il va sans dire que derrière, les investisseurs auront plus d’appétit, ça c’est inévitable.

Donc nous, nous sommes dans ce rôle-là, nous allons conseiller, nous allons porter, nous allons faire de l’éducation en matière de développement des projets, nous allons accompagner aussi l’AMF en termes de conseils, en termes d’échanges, même de bonnes pratiques, pour faire en sorte que les marchés soient structurés, que les acteurs soient à l’aise pour aller rechercher de l’argent aussi bien sur les marchés qu’auprès des banques. 

Dans un contexte de souveraineté économique accru, pensez-vous que vous avez un rôle à jouer ? Quel est le rôle que doit jouer la bourse pour financer les économies sans dépendre forcément d’endettements extérieurs ? 

Bien sûr, vous voyez que la rareté aujourd’hui de l’aide publique est actée, ce qui veut dire qu’il faut aller chercher de l’argent partout. Docteur Aboubakar Nacanabo, ministre de l’Economie et des Finances, l’a dit, il faut innover, et pour innover, ce sont des niches de ressources qu’il faut aller chercher.

Le niveau de bancarisation aujourd’hui de notre zone est très faible, mais ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de l’argent dans nos Etats, qu’il n’y a pas de l’argent dans les ménages. Donc le thème de cette année qui est relatif aux numériques que j’ai loué, c’est aujourd’hui d’aller lever même, excusez-moi le terme, les nattes, les coussins dans nos foyers et dénicher les ressources. Et je vous assure que souvent, vous serez étonné des montants qu’on peut récupérer à ce niveau.

Le Burkina est un exemple dans sa capacité à aller mobiliser sa diaspora, à mobiliser même l’épargne interne aujourd’hui, c’est extraordinaire. Donc, ce qui veut dire qu’il y a une profondeur, il faut juste qu’elle soit structurée pour pouvoir servir le développement. 

Des défis injustes, il y a aussi des barrières, on peut les citer. Le manque de culture boursière reste un défi majeur. Quelles sont les actions concrètes que vous pensez qu’on peut mener pour démystifier cela ? 

La première action, c’est ce que SA2IF est en train de faire. C’est un Forum qui a trois ans aujourd’hui, mais ça permet de rassembler. C’est un Forum qui est international et je pense que l’État devrait mieux accompagner. Parce qu’on a vu que tous les processus au niveau du Burkina, comme le FESPACO, le SIAO, ce sont des processus qui ont commencé de manière embryonnaire, mais aujourd’hui, qui ont une résonance dans toute l’Afrique. Donc cette initiative de SA2IF, l’État devrait voir peut-être un intérêt public derrière et voir comment accompagner cette structure pour l’agrandir.

Comme vous voyez, tous les partenaires, tous les organes de l’Union y participent. Donc ça veut dire qu’on voit un intérêt public, même régional, derrière cette initiative. Et c’est comme ça, comme je l’ai dit, qu’il faudra amener la régulation pour inciter à avoir un microcosme structuré pour aller lever des ressources.o

Propos recueillis par JB

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