• Sn Citec, Sn Sosuco, Sopamib, etc.
• Après la politique de nationalisation des secteurs stratégiques
• Cap sur la gestion managériale

«Nationalisation ». S’il y a un mot à retenir dans le secteur des industries en 2025, au Burkina Faso, c’est bien celui-ci. Il s’est imposé au cœur du débat économique au Faso. Une orientation entamée par le gouvernement qui veut renforcer la souveraineté économique du pays. Transformant ainsi l’Etat en actionnaire unique de certaines unités et garant de la continuité industrielle. Durant l’année, cette politique gouvernementale a permis la sécurisation d’outils industriels stratégiques, la maîtrise des chaînes de valeur, notamment dans l’agro-industrie et les ressources minières et la stabilisation de milliers d’emplois. Ainsi, au cours de l’année, L’Economiste du Faso a retenu quelques décisions majeures, prises en Conseil des ministres, qui témoignent du processus de nationalisation.
SN-CITEC : sécuriser la transformation locale des oléagineux
L’adoption du décret portant nationalisation de la Société nouvelle Huilerie et Savonnerie Citec (SN-Citec), le 20 novembre 2025, est sans doute l’un des actes les plus emblématiques de cette nouvelle politique industrielle entamée au Faso. La nationalisation fait suite à la décision de l’actionnaire majoritaire, GEOCOTON, de se retirer et de vouloir vendre ses parts (53 %).
Il faut noter qu’à la Sn Citec, la campagne 2024-2025 a été marquée par la hausse du prix de cession de la graine de coton. Il est passé de 90 FCFA à 150 FCFA le kilogramme hors taxes, soit une hausse de +66,67%. De plus, les graines de coton réceptionnées (10.864 tonnes) représentent 27 jours d’activités sur 345 jours possibles sur la base de 400 tonnes/jour, soit 8,56% de la totalité des 126.947 tonnes de graines de coton distribuées. Toujours selon le rapport d’activités de la société, on retient que les manques à gagner cumulés au 30 novembre 2025 en valeur absolue sont de 1,34 milliard sur le chiffre d’affaires ; un manque à gagner à hauteur de 613.129.617 FCFA pour le Trésor public au titre de la non-facturation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) sur les nouveaux prix validés par l’Observatoire en février 2025. Une situation qui porte un impact négatif très significatif sur l’équilibre financier de la société et les intérêts des actionnaires.
Ainsi, face à une impasse dans les négociations de rachat, l’État a décidé sa nationalisation. Selon les autorités, la nationalisation de la SN-CITEC répond à une vision de long terme. Elle vise à préserver un outil industriel jugé vital pour l’économie nationale, garantir la transformation locale d’un produit stratégique comme le coton, renforcer la sécurité alimentaire à travers la production d’huile et d’aliments de bétail, repositionner l’entreprise comme levier de développement industriel national. Cette décision marque une rupture assumée, avec une approche purement marchande, et consacre le retour de l’État dans la gestion directe des secteurs clés.
SN SOSUCO : reprendre le contrôle d’une industrie sensible
Le décret portant expropriation des actionnaires minoritaires du portefeuille résiduel de la Société nouvelle sucrière de la Comoé (SN-SOSUCO) s’inscrit dans la même logique. Après le rachat des parts de l’actionnaire majoritaire, l’État a poursuivi, en 2025, la consolidation de son actionnariat. En septembre, le Conseil des ministres a acté l’expropriation d’actionnaires minoritaires non coopératifs, permettant à l’État de détenir la totalité du capital. Après avoir racheté ses parts à Sucre Participation qui était l’actionnaire majoritaire dans le capital social de la Sn Sosuco, le gouvernement s’est retrouvé avec un portefeuille résiduel de 1.824 actions détenues par 45 actionnaires minoritaires. Une offre de rachat a été faite à ces actionnaires dans le processus de reprise de contrôle de la société. C’est ainsi que l’Etat a pu reprendre les participations de huit actionnaires minoritaires, dont sept à titre onéreux et un à titre gratuit, pour un nombre total de 1519 actions acquises. Le portefeuille résiduel restant est de 305 actions, soit 0,0375% du capital social. Face à la non-réactivité des 37 actionnaires détenant ces 305 actions, le gouvernement a décidé de procéder à l’expropriation des actionnaires concernés. L’adoption de ce décret consacre l’expropriation des actionnaires minoritaires du portefeuille résiduel et la prise de contrôle total de la SN SOSUCO par l’Etat du Burkina Faso. Une reprise complète qui vise à stabiliser la production sucrière nationale, un produit à forte sensibilité sociale, tout en relançant un outil industriel longtemps fragilisé.
Mines : la souveraineté par la maîtrise des actifs

La politique de nationalisation ne s’est pas limitée à l’agro-industrie. Dans le secteur minier, pilier des exportations, l’État a renforcé son contrôle à travers la Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB). En juin 2025, un décret a officialisé le transfert à cette structure publique des actifs et participations de plusieurs sociétés minières étrangères. En Conseil des ministres du 11 juin 2025, un décret a été adopté pour officialiser le transfert des anciens actifs miniers de cinq sociétés à la Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB). Les sociétés concernées sont : Wahgnion Gold SA, SEMAFO Boungou SA, Ressources Ferké SARL, Gryphon Minerals Burkina Faso SARL et Lilium Mining Services Burkina Faso SARL. Ce transfert intervient après une opération de cession directe d’actions et de parts sociales, intervenue le 24 août 2024 entre l’État burkinabè et deux groupes miniers internationaux : Endeavour Mining, l’un des plus gros producteurs d’or d’Afrique de l’Ouest, et Lilium Mining, une société plus récente dans le paysage régional. À travers cette opération, l’État est devenu pleinement propriétaire des participations de ces groupes dans les sociétés minières citées.
Cette opération s’inscrit dans une stratégie plus large d’appropriation des ressources naturelles, afin d’accroître la part de valeur ajoutée captée localement et de repositionner l’État comme acteur central de l’exploitation minière. Une orientation qui s’est accélérée sous la Transition, avec l’adoption du nouveau Code minier en juillet 2024 (loi n°016-2024/ALT), qui consacre l’État comme acteur central dans la gouvernance minière.
L’objectif est multiple : maximiser les retombées économiques pour les populations, mieux contrôler la gestion environnementale des sites miniers, mais aussi renforcer la transparence et la redistribution des revenus issus de l’or, ressource stratégique pour l’économie burkinabè.
A noter que la Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB), créée en 2023, a pour mission principale : détenir et gérer les participations de l’État dans les sociétés minières d’exploitation ou de recherche, tout en s’assurant de leur performance économique. La SOPAMIB est également chargée de valoriser les projets miniers, en favorisant des partenariats techniques ou financiers, et de percevoir les dividendes revenant à l’État actionnaire.
Parallèlement aux nationalisations, l’année 2025 a vu émerger et se structurer de nouvelles initiatives industrielles, souvent soutenues par des décisions gouvernementales. Des unités de production de détergents, de matériaux de construction ou encore de transformation agro-alimentaire ont été inaugurées, traduisant une volonté de diversification industrielle. Ces projets, portés par le secteur privé national, confirment que la collaboration entre l’Etat et le privé sur le secteur industriel est un duo compatible.o
ESS
Perspectives 2026 : l’épreuve de la gouvernance
À l’horizon 2026, le défi sera moins de nationaliser que de réussir la gestion post-nationalisation. Performance économique, transparence, autonomie managériale et partenariats ciblés avec le secteur privé seront déterminants. L’État burkinabè est désormais attendu non seulement comme protecteur, mais comme industriel efficace. Une des conditions afin que la nationalisation de 2025 devienne le socle d’un nouveau modèle industriel durable et souverain.
Toutefois, cette politique comporte des risques réels :
Risque budgétaire : les entreprises nationalisées peuvent nécessiter des recapitalisations régulières si leur rentabilité n’est pas rapidement rétablie ;
Risque managérial : sans autonomie réelle des directions et sans culture de performance, l’entreprise publique peut perdre en efficacité.
Ces risques ne sont pas inhérents à la nationalisation elle-même, mais à sa mise en œuvre et à sa gouvernance. L’année 2026 s’annonce donc décisive.




