
• Et de deux pour la semaine des mets locaux
• Des transformateurs saluent l’initiative
• La promotrice veut s’imposer à Ouaga
Du 19 au 25 octobre 2026, la population de Ouagadougou pouvait se faire servir des mets locaux au restaurant Mam Sank, dans le quartier Patte d’Oie de l’Arrondissement 12 de la capitale. Pour la deuxième année consécutive, la promotrice, Mariam Sankara, a choisi de consacrer une semaine entière à un buffet de mets du terroir à ses convives. «Initier une journée, deux jours, trois jours de valorisation encore, ça donne une valeur ajoutée à mon métier. Et les deux dernières années, j’ai commencé à mettre sur une semaine complète pour le bonheur de tout le monde, parce que les gens n’ont pas les mêmes programmes », explique-t-elle.

Pour celle qui a décidé de faire son trou dans la cuisine typiquement locale, tout est parti il y a pratiquement une dizaine d’années. Alors sur les bancs de l’école, elle avait mis en place une petite boutique pour vendre des mèches, faire de la pédicure et manucure par la pose d’ongles. Avec l’école, elle n’arrivait pas à s’y consacrer entièrement et la fille qui l’aidait non plus ne s’impliquait pas comme il le fallait. Faute de rentabilité, la boutique a été progressivement transformée en un lieu de restauration. D’abord, du thé et du café. Ensuite, du riz. De la soupe par la suite. De la boisson et c’est parti.

Depuis 9 ans, elle a quitté Pissy pour s’installer sur son site actuel, à la Patte d’Oie. Sa renommée et sa longévité, Mariam Sankara les doit à son option de valoriser uniquement les plats locaux. Babenda, gonré, tô, boilboala, zamnè, koumvando, gnon, souman, haricot, tchèguèlgvando, ainsi que des jus naturels comme le gingembre, bissap, pain de singe, etc. « Un client a la chance de trouver le plat de sa région ici, alors qu’il aura du mal à trouver ce plat chez lui-même aujourd’hui », indique un habitué du site pour justifier l’affluence sur les lieux.
Pour la semaine d’octobre 2026, d’autres acteurs de la transformation ont été invités à la fête, avec des stands installés à l’entrée du restaurant, en constituant une haie et un passage obligé pour les clients. C’est le cas de Rasmata Segda de Poisonnerie Yennenga. Cette dame, spécialisée dans la vente et la transformation du poisson et de la volaille locale, est venue exposer dans un stand ses silures, carpes et capitaines d’eau douche fumés, des pintades et poulets fumés. « Au-delà des ventes, cela nous donne de la visibilité au niveau des clients et réseaux sociaux », s’est-elle réjouie. Pour Delphine Douamba, l’objectif est clair : « c’est de faire découvrir nos produits aux clients qui viennent pour la semaine du consommer local, s’ils ont aimé, ils vont nous recontacter ». Son entreprise, Faso céréales et farine, expose sur les lieux de la farine de céréales et des légumineuses, des bonbons de pain de singe avec plusieurs saveurs. Avec Zaka Distribution, Adrien Compaoré a fait le déplacement muni de ses purées de piment vert et du rhum arrangé pour « contribuer à l’éclat de cette semaine, à travers la promotion des produits locaux, et montrer qu’on n’a rien à envier à l’extérieur ».
Moumouni SIMPORE
« Ce que je veux, c’est d’abord m’imposer vraiment à Ouaga », Mam Sank
Concrètement, qu’est-ce que les gens qui viennent ici peuvent avoir ? Pour vous approvisionner, afin de préparer vos plats, comment faites-vous ?
Venir au restaurant Mam Sank, c’est venir consommer local, c’est-à-dire du gonré, du koumvado, du zamné, du babenda, du souman, du haricot, un peu de tout avec comme accompagnement de la viande, du poisson, voilà. Alors, j’ai mon fournisseur depuis des années, qui me fournit. J’ai également mon petit champ où je produis une partie de nos besoins. Chaque année, chaque mois, je fais une commande spéciale avec mon fournisseur qui vient me fournir les céréales surtout.
Avez-vous une idée du nombre de personnes que vous recevez ?
Ici même au restaurant, non. Je n’ai pas une idée approximative. Mais je dirais que par jour, nous dépassons 100 personnes en moyenne, parce que j’ai mis vraiment un barème de prix pour que ça soit accessible à tout le monde. Nos plats commencent à partir de 500 FCFA
Quand on décide de s’investir dans le local, quelles sont les difficultés qu’on peut rencontrer en termes d’approvisionnement, de sécurité alimentaire?
En termes de transformation locale, d’abord, je dirais que c’est le courage. Et en termes de difficultés, moi, je dis toujours que l’entrepreneuriat, c’est comme cela. Il faut prendre les difficultés comme des défis et les transformer à ce que ça soit vraiment bon pour ton entreprise.
En matière d’approvisionnement, souvent, oui, il y a le manque de matières premières ou bien il y a la hausse du prix. Mais nous, à notre niveau, c’est compliqué d’augmenter les prix à tout moment au niveau des clients. Mais on s’adapte, même si c’est au niveau de la quantité qu’on va diminuer un peu pour pouvoir aller encore avec notre entreprise.
Aujourd’hui, Mam Sank est une référence à Ouagadougou dans les mets locaux. Qu’est-ce qui manque encore pour qu’on ait une autre Mam Sank à un moment donné dans toutes les régions ?
Ça veut dire ce qui est primordial, c’est Mam Sank qui doit travailler pour son entreprise. Ce que je veux, c’est d’abord m’imposer vraiment à Ouaga avant d’aller ailleurs, parce que la main d’œuvre, ce n’est pas du tout facile. Même déjà à Ouaga, où il y a du monde, souvent, il y a des manques de main d’œuvre. Avec ce que j’ai comme idée, je pense que dans les années à venir, Mam Sank sera accentuée dans les autres villes. Et si le gouvernement voit le travail, ils viendront en accompagnement.Inch’Allah.



