• Sécurité, agriculture, mines, finances et industrie
• L’Etat, principal moteur de la croissance
• Une structuration expliquée par le PM à l’ALT
Une semaine après la lecture de l’exposé sur la situation de la Nation (DSN) à l’Assemblée législative de transition (ALT), le modèle économique porté par le gouvernement burkinabè apparaît plus clairement. Au-delà de l’exercice institutionnel, l’intervention du Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, le 30 janvier dernier, a permis de comprendre le choix stratégique du pays. Faire de l’État le principal moteur de la croissance et de la souveraineté économique, dans un contexte sécuritaire toujours contraignant.
Avec une croissance annoncée de 6,5 % en 2025, un excédent commercial historique de près de 1.975 milliards FCFA et une mobilisation accrue des ressources internes, le discours du PM dessine les contours d’un modèle de souveraineté économique en construction. Ce modèle repose sur la sécurité, l’agriculture, les mines, les finances publiques et aussi l’industrie.
Quand la guerre structure l’économie
Dès l’entame de son exposé, le PM a mis en avant le premier front de la Révolution progressiste populaire (RPP), à savoir la défense de la patrie. « L’intensification des actions de reconquête à travers plusieurs opérations militaires emblématiques a permis de détruire plusieurs bastions terroristes et de mettre l’ennemi en déroute dans de nombreuses localités, favorisant ainsi le contrôle intégral de près de 74% du territoire », a affirmé le Premier ministre, devant les Députés de l’ALT. En plus de cela, Jean Emmanuel Ouédraogo a annoncé la réouverture de 73 Préfectures et Mairies, plus de 600 écoles et 38 formations sanitaires et 442 villages libérés et réinstallés.
Il met ainsi en avant la reconquête progressive du territoire, la réouverture de services publics dans les zones sécurisées et la réinstallation de populations déplacées. Une approche qui permet au gouvernement de justifier un effort sécuritaire soutenu tout en l’inscrivant dans une logique de rendement économique indirect. Celui-ci se manifeste par le redémarrage des activités agricoles, commerciales et artisanales.
Quel modèle de développement économique inventer ? Pour le Premier ministre, la réponse est simple, « pour qu’un Etat puisse jouer pleinement le rôle régalien qui est le sien, il lui faut une souveraineté sur les leviers fondamentaux de son développement ».
Cette vision se traduit par un retour assumé de la planification sectorielle et par le renforcement d’entreprises publiques ou à participation étatique. L’État ne se positionne plus seulement comme régulateur ou facilitateur, mais comme acteur économique à part entière, capable d’intervenir directement dans la transformation des ressources nationales, la logistique, ou encore l’industrialisation. Ce choix marque un tournant dans le développement économique du Faso. L’Etat décide de faire de l’investissement public le levier central de développement. Et cela se concrétise à travers la création ou la montée en puissance de structures comme la Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB), FASO RAILS ou encore TEXFORCES.
L’agriculture, pilier central ?
Premier pilier concret de ce nouveau modèle, l’agriculture est présentée comme le socle de la souveraineté économique à court terme. Et devant la représentation nationale, le PM a mis en avant des résultats jugés historiques en matière de production céréalière.
Des résultats rappelés, lors de l’évaluation du ministre d’État, ministre de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques, Ismaël Sombié, le 03 février, dans le cadre de la mise en œuvre du contrat d’objectifs 2025-2026. 9 objectifs majeurs et 13 orientations stratégiques, essentiellement axés sur la satisfaction durable des besoins alimentaires du Burkina Faso, avaient été assignés au ministre d’État par le chef du gouvernement. À ce titre, la couverture des besoins céréaliers a atteint un niveau remarquable, avec un taux de 126,4 %. De même, l’objectif de couvrir 80 % des besoins nationaux en poisson, notamment en clarias et en tilapia, a été globalement atteint, malgré certaines contraintes pour lesquelles des orientations ont été reçues, afin d’améliorer davantage les performances.
Parmi les autres résultats notables figure le renouvellement de 15 % des vergers de manguiers, grâce à la mise à disposition de plants améliorés au profit des producteurs. La relance de la production du blé a également été effective, avec environ 2.500 hectares emblavés, pour une production estimée à près de 9.000 tonnes au titre de la campagne 2025-2026. Les filières avicoles et des petits ruminants ont, quant à elles, connu des avancées significatives, à travers la mise à disposition d’intrants et de reproducteurs améliorés, contribuant au renforcement de la production nationale.
En réduisant la dépendance aux importations alimentaires, l’État cherche à limiter l’inflation des prix, à améliorer la balance commerciale et à stabiliser le pouvoir d’achat des ménages. L’agriculture devient ainsi un amortisseur des chocs extérieurs.
Les subventions aux intrants, l’aménagement de périmètres irrigués, la mécanisation et l’encadrement des producteurs traduisent une intervention publique massive. L’objectif affiché est double : assurer l’autosuffisance alimentaire et transformer le secteur agricole en moteur de croissance, de création d’emplois et de revenus durables.
Mines et énergie : capter la rente pour financer la transformation
Deuxième pilier stratégique, le secteur minier occupe une place centrale dans le financement du modèle économique. La hausse des recettes issues de l’or, combinée au renforcement de la lutte contre la fraude et à une meilleure gouvernance, permet à l’État de dégager des marges budgétaires importantes.
La SOPAMIB incarne cette volonté de capter une part plus importante de la rente minière, à travers la reprise ou la gestion directe d’actifs stratégiques. L’enjeu n’est pas seulement fiscal, mais structurel : utiliser les ressources extractives comme levier de financement de l’industrialisation, des infrastructures et des services sociaux. Ainsi, 11 actifs miniers stratégiques ont été transférés à la SOPAMIB. A noter que la production aurifère a été de plus de 94 tonnes en 2025. Le pays a enregistré des recettes budgétaires issues des mines de l’ordre de 776 milliards FCFA. La contribution au Fonds minier de développement a été de 85 milliards FCFA.
Dans le domaine de l’énergie, la diversification des sources – thermique, solaire, électrification rurale – vise à soutenir la production nationale et à réduire les délestages. Ce qui va lever les contraintes pesant sur l’activité économique.
La question centrale demeure toutefois celle de la transformation de la rente : la capacité de l’État à convertir des recettes minières volatiles en investissements productifs durables sera déterminante pour la crédibilité du modèle.
Finances publiques et numériques : la colonne vertébrale de la crédibilité
Le discours du PM accorde une place importante aux finances publiques, présentées comme le socle de la crédibilité de l’État. La hausse des recettes, la réduction du déficit budgétaire et l’amélioration de la balance commerciale sont mises en avant comme des signaux de résilience économique.
La digitalisation aussi y joue un rôle clé. La dématérialisation des procédures fiscales, douanières et de passation des marchés publics est présentée comme un outil de lutte contre la corruption, d’élargissement de l’assiette fiscale et de sécurisation des recettes. Les investissements dans les datacenters nationaux participent d’une logique de souveraineté numérique, perçue comme indissociable de la souveraineté financière.
Cette modernisation de la gestion publique vise à renforcer la capacité de l’État à mobiliser des ressources internes, condition indispensable à la poursuite d’une politique économique interventionniste sans dérive budgétaire majeure.
Sur ce secteur, quelques chiffres à retenir :
Recettes budgétaires : 3.309 milliards FCFA en 2025, contre 3.019 milliards en 2024.
Déficit budgétaire : 462 milliards FCFA, en baisse par rapport à 568 milliards FCFA en 2024.
Inflation : passage de +4,2 % en 2024 à une déflation de -0,5 % en 2025.
Deux datacenters nationaux mis en service.
Retrait du Burkina Faso de la liste grise du GAFI (octobre 2025).
Notons que l’exposé du Premier ministre dessine un modèle économique fondé sur une mobilisation des ressources nationales et une recherche de souveraineté accrue. Quelques incertitudes demeurent cependant. Il s’agit, entre autres, de la soutenabilité de l’effort sécuritaire, de la capacité d’exécution de l’Administration, de la place accordée au secteur privé et la dépendance persistante aux ressources extractives ….
NK
Industrialisation et infrastructures: reconstruire la base productive
L’offensive industrielle annoncée s’inscrit dans la continuité de cette logique d’un nouveau modèle économique. Les unités comme TEXFORCES dans le textile ou FASO RAILS dans le ferroviaire traduisent une ambition de transformation locale des matières premières et de réduction de la dépendance aux importations.
Les investissements dans les infrastructures routières, le désenclavement rural et les transports visent à réduire les coûts logistiques, améliorer l’intégration territoriale et soutenir la compétitivité des entreprises locales. L’Initiative Faso Mêbo, qui mobilise les populations autour de projets de construction et d’urbanisation, complète cette approche en misant sur une dynamique endogène de développement.
11 nouvelles unités industrielles inaugurées.
Investissements industriels : plus de 66 milliards FCFA.
660 emplois permanents créés.
Routes : 102 km de routes nationales bitumées, 697 km de pistes rurales.
Acquisition de 530 bus pour le transport urbain.
Objectif 2026 : 1.000 logements sociaux dans un programme global de 50.000.


