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Marché financier régional: de nouvelles ambitions pour le Faso

Les bonnes performances du Burkina ne cessent de tomber. Cette fois-ci, c’est du côté du Togo, à Lomé, où s’est tenue la 8e édition des Rencontres des marchés et titres publics (RMTP), les 27 et 28 janvier 2026. Cet évènement du marché financier régional a réuni l’ensemble des acteurs du Marché des titres publics autour des enjeux liés au financement des Etats et au développement durable des économies de l’Union. Moment de rencontre et d’échanges sur l’actualité de la bourse, elle a réuni des invités de marque tels que le Gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, qui était présent à la cérémonie d’ouverture. C’est durant ces rencontres que la « qualité Burkina » a été présentée aux acteurs. Umoa-Titres est revenu sur les bonnes performances du pays, dans son bilan sur l’activité sur le marché des titres publics 2025. On retient des présentations que l’environnement régional a été marqué par un durcissement des conditions de financement. De plus, sur les émissions de titres, une forte sélectivité des investisseurs a été constatée. Malgré cela, le Burkina Faso, grâce à la qualité de son titre, continue de faire du marché financier régional de l’UEMOA un pilier central de sa stratégie budgétaire. Membre à la fois de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de la Confédération des États du Sahel (AES), le pays évolue dans un contexte institutionnel et sécuritaire particulier, qui renforce à la fois la nécessité d’un accès régulier aux financements et l’exigence de crédibilité financière. Ainsi, au cours de l’année dernière, il s’est distingué par une présence soutenue sur le marché des titres publics. Cette régularité, saluée par de nombreux acteurs du marché, ne doit toutefois pas occulter les contraintes persistantes en matière de coûts de financement, de perception du risque souverain et de structure de la dette. Sur le marché financier régional, le Burkina Faso a mobilisé, en 2025, principalement des Bons du Trésor à court terme et des Obligations du Trésor de maturités plus longues, émis par adjudication. Cette stratégie s’appuie sur une planification plus rigoureuse, matérialisée par la publication de calendriers d’émissions prévisionnels et par une concertation régulière avec les spécialistes en valeurs du Trésor.

Des levées de fonds effectives, mais à un prix plus élevé

Les résultats des émissions réalisées en 2025 montrent que le Burkina Faso parvient globalement à mobiliser les montants recherchés. Les taux de couverture enregistrés traduisent un intérêt réel des investisseurs, principalement des établissements bancaires de la sous-région. Ainsi, le pays a enregistré une hausse de plus de 30% des montants levés entre 2024 et 2025. Ainsi, après 802,41 milliards FCFA levés en 2024, le pays a réussi à lever 1.057,27 milliards une année après.

Toutefois, cette capacité de mobilisation s’est accompagnée d’un coût de financement relativement plus élevé.

Les rendements servis sur les titres burkinabè se situent à des niveaux qui traduisent une prime de risque non négligeable. Cette situation reflète à la fois le contexte régional de resserrement monétaire et les facteurs spécifiques au pays, notamment, les contraintes sécuritaires et budgétaires. Autrement dit, le marché répond présent, mais exige une rémunération plus importante pour compenser les risques perçus. Par ailleurs, la forte concentration des souscriptions entre les mains des banques, qui représentent l’essentiel de la demande, limite la concurrence et pèse sur les conditions financières. L’élargissement de la base d’investisseurs demeure ainsi un enjeu majeur pour réduire durablement le coût des émissions.

Des fondamentaux économiques en amélioration progressive

Sur le plan macroéconomique, le Burkina Faso a enregistré une amélioration notable de certains indicateurs clés. La croissance économique s’est raffermie en 2025, tandis que l’inflation a amorcé un mouvement de décélération. Les autorités ont également engagé des réformes visant à renforcer les recettes publiques, à rationaliser les dépenses et à accélérer la consolidation budgétaire, parfois plus rapidement que prévu dans les programmes de référence.

Sur les réformes pour accroître les recettes de plus de 12%, on peut citer, entre autres, l’élargissement de l’assiette fiscale, la digitalisation des procédures, la lutte contre la fraude, le faux et la corruption, ainsi que la promotion du civisme et le patriotisme.  Des réformes pour la rationalisation et l’efficacité des dépenses ont été entamées. Il s’agit de la réduction des dépenses de fonctionnement de l’Etat, la prise de mesures pour encadrer les dépenses de personnel et la suppression de certaines agences du gouvernement.

Ces efforts sont reflétés dans certains indicateurs institutionnels, notamment la note CPIA, produite par la Banque mondiale, qui situe le pays au-dessus de la moyenne des pays à faible revenu en Afrique subsaharienne. Ils témoignent d’une capacité de résilience et d’adaptation dans un contexte contraint. Malgré ces avancées, la perception du risque souverain demeure prudente. La notation attribuée par Standard & Poor’s maintient le Burkina Faso dans la catégorie spéculative, signalant une vulnérabilité élevée face aux chocs économiques et sécuritaires. Cette notation continue d’influencer négativement certains investisseurs institutionnels, en particulier, les acteurs non bancaires, et contribue à maintenir des taux d’intérêt élevés sur le marché régional. Ce décalage entre l’amélioration progressive des fondamentaux internes et la perception externe du risque constitue l’un des principaux défis de la stratégie financière du pays.

Une dette maîtrisée, mais exposée à des risques spécifiques

La dette publique du Burkina Faso demeure inférieure au plafond communautaire de l’UEMOA, ce qui constitue un signal positif pour les décideurs et les partenaires régionaux. Sa structure est dominée par la dette intérieure, principalement constituée de titres publics libellés en monnaie locale, limitant ainsi le risque de change. Selon le document présenté, lors des RTMP 2026, la dette publique du pays est caractérisée par une prédominance de sa composante intérieure (59,7%) constituée essentiellement de titres publics (80,7%).

La composante extérieure (40,3%), quant à elle, est composée principalement de dettes multilatérales à hauteur de 89,6%, essentiellement libellée en euro.

Une configuration qui expose le pays à un risque de refinancement accru, une part significative de la dette arrivant à échéance à court terme. Conscientes de cet enjeu, les autorités envisagent, à partir de 2026, d’allonger la maturité moyenne de la dette et de recourir à des opérations de rachat et d’échange de titres. Elles ont aussi prévu le maintien du recours aux ressources concessionnelles pour le financement des besoins de l’économie ; et le recours à des emprunts extérieurs non concessionnels qui seront consacrés au refinancement de la partie courte de la dette intérieure et aux investissements productifs.

2026 : ambition affirmée, équilibre à préserver

Avec une levée de fonds projetée de 1.180 milliards FCFA sur le marché financier régional en 2026, le Burkina Faso affiche des ambitions élevées. L’enjeu ne réside pas uniquement dans la capacité à mobiliser ces ressources, mais dans la qualité du financement obtenu, en termes de maturité, de coût et de diversification des investisseurs.

Dans un espace régional en recomposition, à la croisée de l’UEMOA et de l’AES, la trajectoire financière du Burkina Faso sera observée de près. Elle constituera un test de sa capacité à transformer une résilience conjoncturelle en crédibilité durable sur le marché financier régional.

ESS

Encadré pédagogique: retour sur la note CPIA

Sur la situation économique récente du pays, la bonne performance vient de sa note CPIA. Le rapport annuel d’évaluation des politiques et des institutions nationales 2025 de la Banque mondiale affiche sur une note de 3,4 en 2024.

L’évaluation CPIA attribue une note à chaque pays et établit un score régional sur une échelle de 1 (faible) à 6 (élevé) dans quatre domaines : la gestion économique, les politiques structurelles, les politiques en faveur de l’inclusion sociale et de l’équité, et la gestion et les institutions du secteur public. Les notes permettent aux gouvernements de mesurer l’impact de leurs efforts en matière de soutien à une croissance inclusive et de réduction de la pauvreté. La note régionale, de son côté, aide la Banque mondiale à déterminer l’ampleur des prêts concessionnels et des dons à accorder aux pays d’Afrique subsaharienne à faible revenu. Les bons points à retenir pour 2025 dans la note du pays sont : l’amélioration du déficit budgétaire, favorisée par un programme soutenu par le FMI et par la mise en œuvre effective de la politique de financement du développement durable, qui a permis de donner la priorité aux dépenses sociales dans un contexte d’aggravation de la crise sécuritaire. La note évoque aussi l’augmentation des budgets de sécurité et de défense qui reflète la réponse du gouvernement aux menaces actuelles.

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