Importations de biens: l’énergie et les équipements pèsent de plus en plus sur la facture du Faso

• Elle s’est élevée à 3.529 milliards FCFA pour 2024
• En augmentation de plus de 8% sur une année
• L’achat des produits énergétiques a coûté 1.337 milliards FCFA
En 2024, le Burkina Faso a accru ses achats de biens à l’extérieur. La facture globale des importations s’est établie à 3.529,7 milliards FCFA, en hausse de 8,1 % par rapport à l’année précédente. Cette progression, qui représente 264 milliards FCFA supplémentaires, est révélatrice des besoins croissants de l’économie nationale, mais aussi de certaines dépendances structurelles du pays, notamment, en matière d’énergie, d’équipements et de produits essentiels. Cela témoigne aussi d’une économie en pleine exploitation qui fait tourner ses machines.
Dans le rapport sur la Balance des paiements et la Position extérieure globale 2024, publié par la BCEAO, en collaboration avec le ministère de l’Economie du Burkina, cette hausse s’explique par plusieurs causes.
L’achat des produits énergétiques a coûté 1.337 milliards FCFA
Ainsi, on retient que la hausse des importations est d’abord portée par les produits énergétiques, qui constituent de loin le premier poste d’achats extérieurs. En 2024, plus d’un tiers des importations du Burkina Faso concerne l’énergie. Cette catégorie regroupe essentiellement les produits pétroliers – gasoil, essence, fuel et gaz butane – ainsi que, dans une moindre mesure, l’électricité importée depuis les pays voisins. Les produits énergétiques, avec une part de 37,9% du total des importations, occupent la première place dans la structure des biens importés. L’alourdissement de la facture énergétique ne résulte pas d’une flambée des prix internationaux, lesquels ont légèrement reculé sur la période, mais bien d’une augmentation significative des volumes importés. Le pays a consommé davantage d’hydrocarbures, notamment, pour répondre aux besoins du transport, de l’activité minière, de l’agriculture mécanisée et du fonctionnement des groupes électrogènes, etc. Cette dépendance énergétique structurelle explique à elle seule une large part de la hausse globale des importations, alourdissant ainsi la facture des produits énergétiques de 13% pour s’établir à 1.337,7 milliards en 2024. Cet alourdissement est impulsé par la progression des achats de produits pétroliers de 177,3 milliards. Par contre, les importations d’énergie électrique se sont réduites de 23,6 milliards.
Derrière l’énergie, les biens d’équipement s’imposent désormais comme le deuxième poste d’importation du pays, devant les biens intermédiaires. Elles ont représenté 18,9% des importations totales. Les acquisitions de biens d’équipement en 2024 se sont établies à 665,6 milliards, en hausse de 10,9% par rapport à 2023. Cette hausse s’explique par les efforts consentis par le gouvernement burkinabè pour investir dans le domaine de l’agriculture et stimuler la création d’industries, ainsi que par le secteur privé. Cette catégorie de produits est composée principalement de machines, d’appareils mécaniques et électriques, ainsi que de matériel de transport.
L’augmentation de ces importations reflète la volonté de renforcer les capacités productives, notamment, dans l’agriculture et l’industrialisation. À moyen terme, ces investissements peuvent contribuer à améliorer la productivité et à réduire, en particulier, certaines dépendances alimentaires.
12,6% des biens importés sont constitués de produits alimentaires
À l’inverse, les importations de biens intermédiaires ont reculé en 2024. Cette catégorie, composée en grande partie de matériaux de construction et de produits chimiques, enregistre une baisse notable des achats de ciment, de chaux, de pierres, d’engrais et d’explosifs. Ce repli peut s’expliquer par un ralentissement de certains chantiers, notamment, dans le secteur privé, mais aussi par une attitude plus prudente des investisseurs face à la hausse des coûts. En effet, selon le rapport de la BCEAO, les biens intermédiaires sont en repli de 62,3 milliards en 2024 pour s’établir à 661,6 milliards. Cette baisse est principalement imputable aux replis de 27,2 milliards des achats extérieurs des produits tels que le « Sel, soufre, terres et pierres, plâtres, chaux et ciment », de 18,4 milliards des engrais et de 10,4 milliards des explosifs. Pour le secteur du bâtiment et des travaux publics, cette évolution peut se traduire par une contraction de l’activité, avec des effets potentiels sur l’emploi et sur la dynamique de modernisation des infrastructures.
Les produits alimentaires demeurent un autre poste important des importations, représentant un peu plus d’un dixième de la facture totale. Les approvisionnements en produits alimentaires, en 2024, sont évalués à 444,9 milliards, enregistrant une augmentation de 32,1 milliards, comparativement à leur niveau de 2023. Cette hausse est consécutive principalement à la progression de 10 milliards des importations de poissons et crustacés, et de 7,9 milliards de céréales. En revanche, les achats extérieurs de produits de la minoterie ont baissé de 6,4 milliards, et ceux des boissons, liquides alcooliques et vinaigres de 2,1 milliards.
Les autres biens de consommation courante, dont les produits pharmaceutiques, ont également contribué à la hausse des importations. Elles se sont établies à 301 milliards, en hausse de 21,2 milliards, portée par l’accroissement des achats de produits pharmaceutiques à hauteur de 37,8 milliards. Par contre, les achats d’ouvrage en verre et perles se sont repliés de 4,8 milliards.
A noter que les médicaments occupent une place particulière, car ils relèvent d’un enjeu stratégique de santé publique. Le Burkina Faso importe l’essentiel de ses produits pharmaceutiques, principalement en provenance d’Europe et d’Asie.
La Russie est le premier fournisseur européen du Burkina
L’Europe est 3e de ce classement. Son poids est de 27,7%. En 2024, elle a fourni des biens d’une valeur de 978,5 milliards. Les importations en provenance de ce continent sont en repli de 3,6%. Les biens achetés en Europe sont constitués essentiellement de produits pharmaceutiques et alimentaires, de cigarettes, de matériels de télécommunication et de véhicules.
Avec une part de marché de 10,8%, la Russie est, pour la cinquième année consécutive, le premier fournisseur européen de biens au Burkina Faso. Elle ravitaille le pays en huiles minérales, en machines, en produits pharmaceutiques, en voitures automobiles et en céréales, entre autres.
ESS
Principaux déficits commerciaux bilatéraux
Les soldes commerciaux bilatéraux du Burkina Faso sont polarisés du fait de la concentration des exportations sur quelques produits. En effet, les pays de destination de l’or et du coton sont ceux avec lesquels des excédents commerciaux sont enregistrés. A l’inverse, des déficits sont établis avec les principaux pays fournisseurs. La Suisse, principal acheteur de l’or vendu par le Burkina Faso, est le pays avec lequel ce dernier réalise son plus important excédent commercial depuis plus d’une décennie. Cet excédent se chiffre à 1.915,8 milliards en 2024, en amélioration de 93,9 milliards.
Les Emirats Arabes Unis, avec un excédent de 857,3 milliards, se positionnent à la deuxième place des excédents commerciaux réalisés par le Burkina Faso en 2024. Cet excédent a connu la plus forte progression, augmentant de 640,0 milliards, soit quatre fois sa valeur de l’année précédente.
Le Mali est le pays avec lequel le Burkina Faso a réalisé son troisième plus important excédent commercial, une position qu’il occupait déjà en 2023. Cet excédent est de 55,0 milliards en 2024. Il est en baisse de 64,5 milliards. Cette évolution est dictée par l’évolution des importations d’or par le Mali.
Ces trois pays ont en commun, les achats importants de l’or non monétaire qu’ils réalisent avec le Burkina Faso.
En 2024, le Burkina Faso a enregistré son plus important déficit commercial bilatéral avec la Côte d’Ivoire. Estimé à 624,9 milliards, ce déficit s’est creusé de 170,8 milliards par rapport à 2023.
L’accroissement de 93,9 milliards des achats de produits énergétiques en provenance de la Côte d’Ivoire explique son passage à la première place des plus grands déficits bilatéraux. L’année précédente, ce pays se classait comme le deuxième pays, après la Chine, avec lequel le Burkina Faso accusait le déficit le plus élevé.
La Chine a reculé au deuxième rang des pays avec lesquels le Burkina Faso enregistre ses plus importants déficits commerciaux. Le déficit commercial avec ce pays s’élève à 500,9 milliards, en aggravation de 99,4 milliards par rapport à 2023. Ce creusement du déficit est principalement dû aux importations de biens d’équipement onéreux tels que les tracteurs et les appareils électriques.
La Russie est le pays partenaire avec lequel le Burkina Faso enregistre le troisième déficit commercial bilatéral, portant sur un montant de 378,8 milliards en 2024, après 263,9 milliards en 2023. Les importations du Burkina Faso en provenance de ce pays sont constituées essentiellement de produits pétroliers et de matériel militaire.o
Source : Balance des paiements et Position extérieure globale 2024 du Burkina Faso – Rapport annuel




