La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) a procédé, ce jeudi 12 mars 2026, au lancement d’une opération de cotation au Bénin. Une première opération de titrisation portée par la NSIA Banque-Bénin au service du financement des petites et moyennes entreprises. En marge de l’évènement, Théodore GANFLE, Directeur général de la SGI-AGI, est revenu sur l’importance de l’opération et ses avantages pour la sous-région. Théodore GANFLE est un professionnel du marché financier disposant de plus de vingt années d’expérience sur le marché financier régional. Il possède une expertise reconnue dans la structuration d’institutions financières, la mobilisation de l’épargne longue, la gestion collective, ainsi que le financement du secteur productif à travers le marché des capitaux. Il accorde également un intérêt particulier aux évolutions technologiques du marché financier et à leur impact sur le développement des services financiers.
Quelle est l’importance de la première opération de titrisation portée par NSIA Banque-Bénin ?
Cette opération revêt une importance historique et structurelle pour le Bénin et pour l’espace UEMOA. D’abord, elle marque l’émergence d’un nouveau paradigme de financement : les banques ne sont plus condamnées à porter indéfiniment leurs créances dans leur bilan. En transformant des actifs illiquides en titres négociables, NSIA Banque-Bénin ouvre une voie nouvelle pour mobiliser des ressources longues, indispensables au financement de l’économie réelle. Ensuite, cette opération envoie un signal fort aux investisseurs institutionnels — compagnies d’assurance, fonds de pension, caisses de retraite — qui cherchent des instruments à rendement stable et à duration longue. Elle élargit donc concrètement la palette des produits disponibles sur notre marché. Enfin, sur le plan macroprudentiel, la titrisation contribue à améliorer les ratios de solvabilité des banques, leur permettant de libérer du capital règlementaire pour accorder de nouveaux crédits. C’est un cercle vertueux pour le financement de l’économie béninoise.
Comment comprendre cette opération de titrisation ?
La titrisation est un mécanisme par lequel une institution financière, ici NSIA Banque-Bénin en tant qu’originateur, cède un portefeuille de créances à une entité juridique dédiée appelée Fonds commun de titrisation de créances (FCTC) (BOAD TITRISATION).
Ce Fonds émet ensuite des titres de différentes natures, obligations senior, mezzanine, junior qui sont proposés aux investisseurs sur le marché. Chaque tranche présente un profil risque/rendement distinct :
– La tranche Senior offre le plus de sécurité avec un coupon plus faible ;
– La tranche Mezzanine offre un rendement intermédiaire ;
– La tranche Junior porte le risque résiduel mais offre le rendement le plus élevé.
L’investisseur n’achète donc pas une créance unique mais une part d’un portefeuille diversifié, ce qui réduit son risque de concentration et lui offre une exposition calibrée selon son appétit pour le risque.
Ce qui rend cette opération particulièrement remarquable, c’est qu’elle s’inscrit dans le cadre règlementaire de l’UEMOA, prouvant que nos institutions sont capables de structurer des produits financiers sophistiqués en conformité avec les meilleures pratiques internationales.
Qu’est-ce qu’une entrée de ces titres à la cote de la BRVM peut avoir comme effets sur les économies de la sous-région ?
L’admission de ces titres à la cote de la BRVM est une étape décisive dont les effets se feront sentir à plusieurs niveaux.
-Sur la liquidité du marché : la cotation offre aux investisseurs une porte de sortie avant l’échéance finale. Cela réduit la prime d’illiquidité et rend ces instruments plus attractifs, notamment pour les investisseurs institutionnels de toute la zone UEMOA, du Sénégal à la Côte d’Ivoire, en passant par le Burkina Faso.
-Sur la profondeur du marché financier régional : l’introduction d’une nouvelle classe d’actifs enrichit l’écosystème de la BRVM, longtemps dominé par les actions et les obligations classiques. Cela favorise une meilleure allocation du capital à l’échelle régionale.
-Sur le financement de l’économie réelle : en permettant aux banques de recycler leurs bilans, la titrisation libère de nouvelles capacités de crédit vers les ménages, les PME et les projets d’infrastructures. C’est un multiplicateur de financement au service du développement.
-Sur la confiance des investisseurs étrangers : une titrisation notée, cotée et transparente envoie un signal de maturité règlementaire et financière. Cela peut attirer des capitaux étrangers à la recherche d’opportunités de diversification sur les marchés émergents africains.
La BRVM a procédé, en marge de l’évènement, à la remise des plaques commémoratives pour la contribution au développement du marché. En tant que récipiendaire, quel est votre sentiment ?
C’est avec une profonde humilité et une immense fierté que j’accueille cette distinction.
Humilité, parce que ce travail n’a jamais été un travail solitaire. Il est le fruit d’une collaboration étroite avec les régulateurs, les équipes juridiques, les agences de notation, les investisseurs et bien sûr nos clients qui ont accepté d’innover avec nous. Fierté, parce que cette reconnaissance valide une conviction que je porte depuis longtemps : l’Afrique de l’Ouest a les ressources humaines, les institutions et l’ambition pour développer un marché financier sophistiqué, capable de financer son propre développement sans dépendre indéfiniment de l’aide extérieure. Cette distinction est aussi, à mes yeux, un appel à aller plus loin, à former la prochaine génération de professionnels de la finance structurée, à démocratiser la culture financière, et à construire des instruments toujours plus adaptés aux réalités de nos économies. Le chemin accompli est encourageant. Mais le chemin à parcourir est encore plus exaltant.o
Entretien réalisé par Gédéon VEGBA
Journaliste économique
Collaboration extérieure



