
• Centraliser les participations publiques
• Dans la BCB, BADF, la Banque postale et Faso réassurance
• Pour financer des projets structurants
Un mois après les premières analyses évoquant l’arrivée de l’Etat à travers une holding bancaire publique dans le secteur financier, le gouvernement vient de franchir une étape décisive. Réuni le 12 mars 2026, le Conseil des ministres a adopté les décrets portant création de Yennenga Holding Burkina Faso SA, ainsi que l’approbation de ses statuts. Derrière cette décision administrative, se dessine en réalité une réforme plus profonde de la stratégie financière de l’État.
En créant cette nouvelle structure, les autorités entendent regrouper et mieux coordonner les participations publiques (les actions de l’Etat) détenues dans plusieurs institutions financières. « Jusqu’à présent, ces participations étaient réparties entre différentes structures de l’État et de ses démembrements, ce qui limitait la cohérence stratégique et la capacité d’influence sur les orientations des établissements concernés. Avec la création de la holding, l’objectif est désormais d’inscrire ces participations dans une logique plus structurée et plus stratégique », avait publié L’Economiste du Faso, dans son numéro de début février 2026.
Structurer l’intervention financière de l’État
Selon les informations communiquées par le ministère de l’Économie et des Finances, Yennenga Holding sera dotée d’un capital social de 10 milliards FCFA. L’État du Burkina Faso en détiendra la majorité avec 51 % du capital, tandis que plusieurs grandes institutions publiques participeront également à l’actionnariat. La Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), la Caisse autonome de retraite des fonctionnaires (CARFO), la Loterie nationale burkinabè (LONAB) et La Poste Burkina Faso détiendront chacune 10 % des parts. Le Fonds burkinabè de développement économique et social (FBDES) apportera 5 % du capital, tandis que la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) participera à hauteur de 4 %. Cette configuration traduit une volonté de mobiliser les Sociétés d’Etat, afin de renforcer la capacité d’intervention de l’État dans le secteur bancaire. Elle permet également de mutualiser des ressources qui, jusque-là, étaient mobilisées de manière éparse.
3 banques et une société d’assurance, pour centraliser les participations de l’Etat
La mission première de Yennenga Holding consistera à porter les participations détenues par l’État et ses démembrements dans plusieurs institutions financières nationales. Selon les autorités, la holding regroupera, notamment, les parts publiques dans trois banques, ainsi que dans une société de réassurance dans lesquelles l’État est déjà actionnaire majoritaire. Qui sont-elles ? Selon les explications fournies par le ministère de l’Economie, il s’agit de la Banque commerciale du Burkina (BCB), de la Banque agricole du Faso (BADF) et de la Banque postale). Pour la société d’assurance, l’Etat a décidé de porter ses parts dans l’institution Faso Réassurance. Il faut préciser que pour toutes ces compagnies, l’Etat y est actionnaire majoritaire.
Le regroupement de ces actions devrait permettre au gouvernement de mutualiser des actions liées, entre autres, au développement du système d’information des banques, à la liquidité bancaire, aux plateformes de monétiques, pour un arbitrage stratégique desdites actions. De plus, cela permettra de « mieux gérer les ressources publiques détenues par les banques, afin de financer des projets structurants de l’Etat », précise le ministère des Finances.
En améliorant la coordination entre les institutions financières dans lesquelles l’État est présent, la holding pourrait faciliter la mobilisation de ressources au profit de projets structurants.
Dans un contexte marqué par des besoins importants en matière d’infrastructures, d’industrialisation et de transformation économique, la capacité des banques à financer l’économie réelle constitue, en effet, un enjeu majeur.
Si la holding n’a pas vocation à exercer directement des activités bancaires, son apparition dans le paysage financier pourrait néanmoins modifier certains équilibres. En coordonnant plusieurs institutions financières importantes, Yennenga Holding pourrait progressivement devenir un acteur influent dans l’écosystème bancaire national. Certains observateurs s’interrogent ainsi sur la manière dont cette nouvelle organisation pourrait influencer les orientations du crédit, les stratégies d’investissement ou encore les relations entre acteurs publics et privés dans le secteur bancaire.
Une initiative aux implications régionales
Au-delà du cadre national, la création de Yennenga Holding pourrait également avoir des implications à l’échelle de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Dans cet espace financier intégré, les systèmes bancaires restent fortement interconnectés et soumis à une régulation commune assurée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et la Commission bancaire de l’Union.
Dans ce contexte, la structuration des participations publiques au sein d’une holding pourrait renforcer la cohérence de la présence financière du Burkina Faso dans le paysage bancaire régional. Elle pourrait également améliorer la capacité des institutions concernées à se positionner dans un environnement bancaire de plus en plus concurrentiel.
ESS
Précisions sur les statuts de la Holding
L’Etat burkinabè et ses démembrements détiennent des participations à hauteur de 28% dans 15 établissements de crédits, 4 sociétés d’assurance et de réassurance, 1 institution de microfinance et 3 structures financières. Pour une meilleure gestion de ces participations et une plus grande cohérence dans l’investissement des capitaux publics, le gouvernement a décidé de créer la société Yennenga Holding Burkina Faso.
La création de la société Yennenga Holding Burkina Faso vise, entre autres :
– la centralisation et la rationalisation de la gestion des participations publiques dans le secteur financier ;
– le renforcement de la gouvernance, la transparence et la performance des entreprises publiques financières ;
– l’amélioration de la contribution des entreprises publiques à la croissance économique et aux recettes publiques.
L’adoption du décret portant statut et organisation permet à la Société anonyme Yennenga Holding Burkina Faso de disposer de textes règlementaires en vue d’accomplir ses missions, conformément à la loi n°025/99/AN du 16 novembre 1999, portant règlementation générale des sociétés à capitaux publics.




