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Espace culturel Yelba: le « Savoir-fer» du Dr Lassina Simporé au cœur des échanges littéraires

• Un livre qui remonte aux origines d’une technologie millénaire au Faso

• Déconstruisant les préjugés coloniaux par les preuves archéologiques

• Disponible au prix de 5.000 FCFA à la librairie Mercury

Le 8e siècle avant Jésus-Christ marque la plus ancienne trace du fer au Burkina Faso. Cette découverte établit la métallurgie ancienne du pays comme la plus ancienne à l’ouest du Niger, a déclaré Dr Lassina Simporé. C’était à l’occasion de la présentation de son livre intitulé « Le Savoir-fer chez les Moose du Burkina Faso ». L’ouvrage, qui traite des techniques ancestrales utilisées par les Moose pour obtenir le fer, a été présenté lors des « Soirées littéraires » de l’Espace culturel Yelba, le 30 janvier 2026, à Ouagadougou.

Pour Dr Lassina Simporé, ce livre est une contribution pour rendre
«l’Africain fier de ses ancêtres ». (Ph. DR)

À travers une démarche empirique, l’auteur détaille la chaîne opératoire de la métallurgie ancienne des Moose : prospection du minerai, fabrication du charbon, construction des fourneaux, réduction et transformation du fer. Le livre met également en lumière la figure du forgeron, artisan essentiel qui dotait la communauté d’outils indispensables, de la naissance à la mort.

Le fer burkinabè, pionnier à l’ouest du Niger dès le 8e siècle avant J.-C

En abordant les questions de datation, Dr Lassina Simporé a pu situer cette activité à l’échelle nationale et internationale. Ses recherches concluent que la plus ancienne date du fer au Burkina Faso remonte au 8e siècle avant J.-C. Cette antériorité a d’ailleurs plaidé en faveur de l’inscription de ces sites au patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Selon l’auteur, les vestiges matériels subsistent encore dans la brousse burkinabè, contrairement à d’autres régions où seules les dates subsistent.

L’ouvrage souligne également le rôle crucial de la femme dans ce processus, bien que l’activité soit majoritairement masculine. Les femmes assuraient le lien entre le village et les sites de réduction en apportant nourriture et informations aux métallurgistes.

Déconstruire les préjugés coloniaux par les preuves archéologiques

« Certains auteurs ont écrit que l’Afrique n’a pas d’histoire ou que le Noir n’a pas contribué à l’avancée des connaissances », a déploré Dr Lassina Simporé, enseignant-chercheur à l’Université Joseph Ki-Zerbo. Pour lui, ce livre démontre le contraire en prouvant que 800 ans avant J.-C., des populations locales maîtrisaient des techniques complexes sans contact avec ces Européens. « C’est une contribution pour rendre l’Africain fier de ses ancêtres, afin que nous ne soyons plus complexés devant ceux qui qualifient l’Africain d’accident de l’histoire », a-t-il affirmé.

Le ministre de la Culture était représenté par Dr Dramane Konaté, Conseiller technique. Ce dernier a salué une œuvre à caractère « culturel, civilisationnel et universel ». Il a exprimé la volonté du ministère d’accompagner la promotion de ce « trésor » via le réseau des bibliothèques publiques et des partenariats avec les ministères de l’Éducation nationale et de de la Recherche.

« Le Savoir-fer chez les Moose du Burkina Faso » est un ouvrage de 103 pages paru en 2021 dans les Éditions Mercury. Structuré en trois chapitres, il intègre l’alphabet mooré pour désigner les objets locaux, une volonté de l’auteur de limiter les erreurs de transcription et de valoriser la langue. Le livre est vendu au prix de 5 000 FCFA à la librairie Mercury et disponible dans toutes les autres librairies de la place.

La dédicace s’est tenue dans le cadre des « Soirées littéraires », un évènement mensuel de l’Espace culturel Yelba. L’initiative vise à promouvoir le livre en favorisant le dialogue entre les auteurs et le public, a rappelé le promoteur, Koba Boubacar Dao.

IT

Qui est Dr Lassina Simporé ?

Anciennement professeur certifié d’histoire et de géographie des lycées et collèges, Dr Lassina Simporé est actuellement Maître de conférences en archéologie à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. Spécialiste de la gestion du patrimoine culturel immobilier et de la conservation préventive des biens culturels, il est Officier de l’Ordre du mérite et expert auprès de la Convention de 1972 de l’UNESCO.

Ses recherches portent sur l’archéologie, le patrimoine culturel et historique, la muséologie et l’évaluation des impacts socioculturels et patrimoniaux des projets de développement.

Auteur d’une dizaine d’ouvrages sur l’archéologie et la culture du Burkina Faso, il a également publié plusieurs centaines d’articles scientifiques et de vulgarisation. Ses expériences de terrain incluent des fouilles archéologiques, la formation d’archéologues et l’évaluation de biens culturels en vue de leur inscription sur la liste du patrimoine mondial.

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